Nicole Kidman a pendant quelques années été considérée comme la plus grande actrice du moment – et pas seulement à cause de sa taille. Puis, quelques films mal choisis plus tard, on se rappelle seulement qu'elle a eu de bons rôles. Ce mercredi sort Invasion : l'occasion de faire le point sur une carrière tout en contrastes.
Débuts en Australie
Nicole Mary Kidman est née le 20 juin1967, à Honolulu sur l'île d'Hawai, d'un père biochimiste qui fit avancer les recherches sur le cancer du sein et d'une mère infirmière. Ses débuts sur scène se firent à trois ans avec la danse mais, après avoir tenu le rôle d'un mouton dans une pièce pour l'école deux ans plus tard, elle se tourne vers le mime et le théâtre, ce dernier art devenant au fil du temps une sorte de refuge. Jouant régulièrement au Philip Street Theater dans la troupe duquel elle est entrée à 14 ans, elle reçut un jour une lettre admirative d'une certaine
Jane Campion, alors encore étudiante en cinéma. Kidman abandonna par la suite le lycée pour se concentrer entièrement au théâtre.
Elle eu son premier rôle à l'écran pour
Bush Christmas à l'âge de 16 ans, en 1983. Ce rôle lui assura de nombreuses propositions pour la tv et le cinéma ; on la vit donc la même année dans
BMX Bandits, un film à la qualité plus que douteuse sur l'univers des BMX mais qui parvint curieusement à trouver son public, parmi les préadolescents principalement. Continuant tranquillement à se faire connaître, elle commence à se faire un nom en Australie.
C'est en 1989 que
Nicole Kidman débarque à Hollywood avec
Calme Blanc de son compatriote
Phillip Noyce ; elle y joue la femme de
Sam Neill et se retrouve sur un bateau à la merci d'un psychopathe joué par
Billy Zane. Le film, qui a maintenant très mal vieilli, avait pourtant réussi à trouver son public et même à se faire une place dans les thrillers, et les cris terrifiés de la jeune actrice ont dû convaincre puisqu'elle commence à faire parler d'elle aux Etats-Unis. A moins que ce ne soient les scènes dénudées.
Toujours est-il qu'avec
Calme Blanc les producteurs de
Jours de tonnerre la repèrent et
Nicole Kidman fait alors la connaissance de
Tom Cruise, qui n'avait rien à prouver depuis
Top Gun mais espérait remettre le couvert avec ce film étrangement similaire dont il avait écrit le scénario. La rencontre des deux acteurs déclencha un divorce (
Tom Cruise était alors marié à
Mimi Rogers), un mariage qui enchanta la presse people (la demande aurait été faite lors d'un saut en parachute, dont on pouvait trouver les photos dans beaucoup de tabloïds), et la construction de l'un des couples préférés des Américains. Problème pour
Nicole Kidman : réussirait-elle à monter sa propre carrière alors que tout le monde la voit à ce moment-là comme la femme de
Tom Cruise ?
L'arrivée à Hollywood : de la femme de Tom Cruise à l'actrice ?
Un an plus tard, en 1991, sortent deux films mineurs, tant dans la carrière de l'actrice que dans le monde du cinéma :
Flirting, dans lequel elle est la copine sexuellement frustrée du personnage féminin principal, et
Billy Bathgate, les aventures simplifiées d'un petit jeune dans le monde de la mafia : elle y joue la maîtresse du parrain local. Si ce film parvient tant bien que mal à trouver un petit public,
Flirting passe complètement à la trappe : ce n'est pas cette année que
Kidman parviendra à se faire un nom à Hollywood.
L'année suivante, elle joue avec son mari dans
Horizons Lointains. Ecrit et réalisé par
Ron Howard, joué par l'un des couples en vue à Hollywood – le célèbre
Tom Cruise et sa grande et blanche femme, le film est censé avoir du succès mais n'en a pas vraiment. Le couple est nominé aux MTV Awards en tant que meilleur duo, mais le film ne parvient pas à attirer le moindre prix prestigieux. Il faut dire aussi que l'histoire est peu intéressante et les personnages plus que superficiels. En 1993, un autre film passe à la trappe :
My Life, ou les larmoyants adieux, via un caméscope, d'un homme sur le point de mourir à son enfant pas encore né. L'actrice y est la femme courage, qui soutient son mari – c'est beau – tout en terminant sa grossesse. Sans être mauvaise – dire que
Nicole Kidman est mauvaise nous ferait presque frôler l'hérésie – l'actrice ne parvient toujours pas à décoller. La faute, sans doute, à l'absence totale d'intérêt des rôles qu'elle interprète. Si elle joue juste, aucun n'est un challenge assez haut pour montrer ce qu'elle peut faire.
C'est finalement
Malice, la même année, qui lui permettra de montrer une partie de son talent. Ayant abandonné avec raison la coupe « frisures de mouton », elle entre par la même occasion dans le classement des 50 plus belles femmes selon le magazine People. Cette première entrée dans un classement sera loin d'être la dernière, puisqu'on la trouve, encore cette année, dans celui d'FHM par exemple.
Après une parenthèse « copine du héros » pour
Batman Forever, le troisième volet des Batman, dans lequel elle semblait avoir développé une forte attirance pour les costumes en latex,
Nicole Kidman joue dans
Prête à tout de
Gus Van Sant.
Nous sommes alors en 1995, et l'actrice, qui entend parler du film mais pense ne pas pouvoir l'avoir, appelle le réalisateur pour le convaincre de lui donner le rôle : c'est ce qu'il fait. Le film suit les progrès d'une présentatrice météo pour une petite chaîne qui est – justement – prête à tout pour arriver sur une chaîne nationale. Faire tuer son mari qui n'a pas suffisamment d'ambition, par exemple. Et là, c'est l'explosion pour
Nicole Kidman, la reconnaissance de la part des critiques et de ses pairs. Nominée pour la seconde fois aux Saturn Awards mais aussi aux Bafta et aux MTV ainsi qu'à de nombreux prix plus « petits » comme au festival de Boston, elle gagne son premier « grand » prix avec le Golden Globe de la meilleure actrice dans un film comique ainsi que d'autres prix secondaires. Ayant pour l'occasion franchit la barre des 2 millions,
Nicole Kidman commence à se faire un nom dans le petit monde du cinéma, et les critiques, pendant un instant, ne parlent que de sa performance.
En 1996, elle retrouve son admiratrice de la première heure,
Jane Campion, pour
Portrait de femme, un film à la qualité indéniable ; il faut dire que
Jane Campion a parfaitement su rendre à l'écran l'univers d'Henry James et les luttes intérieures de son héroïne, partagée entre ses volontés d'émancipation dans un XIXème siècle anglais étouffant et son amour destructeur pour l'implacable Osmond, joué par
John Malkovich. Aucun doute, ici encore, sur les qualités d'actrice de
Nicole Kidman, impeccable et corsetée pour l'occasion. Malheureusement, le film ne rencontre pas réellement le succès qu'il mérite. Quant aux récompenses, c'est
Barbara Hershey, qui tient le rôle secondaire de Serena Merle, qui les attire toutes.
L'année suivante – nous sommes donc en 1997 – Kidman change de registre et de niveau et joue une dynamique responsable des bombes nucléaires qui s'associe avec un colonel des forces spéciales baroudeur joué par
George Clooney dans
Le Pacificateur de
Mimi Leder. Alignant gaiement les clichés qui vont avec les films à menace nucléaire, le film ne vole pas très haut mais reste un bon divertissement et présente une morale légèrement différente du traditionnel coup des méchants terroristes. Et permet à
Nicole Kidman de montrer qu'elle peut dire « passer moi le président » sans que ce soit ridicule. On remarquera quand même que l'actrice est payée 5 millions de dollars pour ce rôle, soit le double de son précédent film. Deux ans plus tard, elle est une sorcière coquine et aguicheuse dans le très moyen
Les Ensorceleuses de
Griffin Dunne, avec
Sandra Bullock.
1999 marque aussi son retour au théâtre, pour la pièce
The Blue Room. Les critiques de théâtre ricanent et s'interrogent sur les motivations des spectateurs : la pièce de
David Hare est une suite de scènes de sexe.
Nicole Kidman et
Iain Glen jouent 5 personnages différents chacun qui apparaissent chacun dans deux scènes mais avec deux partenaires différents. Pour, donc, 10 scènes au total, qui font varier les plaisirs – et les positions – pendant 2h30. Bien sûr, la pièce est jouée à guichet fermé. Et certains magazines n'ont pas hésité à faire un plan de salle pour indiquer les meilleures places si l'on voulait avoir une bonne vue de l'anatomie de l'actrice, qui n'a pas dû être trop gênée puisqu'elle a presque toujours refusé d'utiliser une doublure pour les scènes de nu dans ses films. Ceux qui ne s'étaient pas déplacés pour la voir nue (ou du moins pas seulement) sont cependant admiratifs devant le jeu de
Kidman, et celle-ci se voit décerner quelques récompenses. Précisons au passage que la pièce a une réelle trame et que les deux acteurs ne font pas que simuler :
The Blue Room pose quelques interrogations bien senties sur notre société. Et c'est tout de même
Sam Mendes, réalisateur d'
American Beauty et de
Jarhead, qui l'a mise en scène.
La même année sort une bombe dans sa filmographie :
Eyes Wide Shut. Même si beaucoup pensent que le film est l'un des moins bons – voire le moins bon – de
Stanley Kubrick, sa performance est impeccable. Ce film, troisième et dernier film montrant les époux Cruise-Kidman ensemble, a fait beaucoup parlé de lui pour cela : ils vivaient sur le lieu de tournage, portaient leurs vêtements. On a vendu
Eyes Wide Shut, au départ, comme une sorte d'invasion de l'intimité du célèbre couple, et beaucoup de critiques ont crié au génie pour la simple scène du début où l'on voit
Nicole Kidman aux toilettes. Le fait est que s'ils ne l'avaient pas soulignée, on ne l'aurait sans doute pas remarquée. Le jeu sur le rapport voyeur/exhibitionniste, accentué par le célèbre coup du regard de côté dans le miroir, réellement dérangeant, fonctionne tout de même bien. Et, alors que sa carrière recommence à s'effacer devant son couple aux yeux du public commun, se passe une petite révolution dans sa vie : fin décembre 2000, le couple annonce sa séparation. Et la nouvelle doit être importante, parce qu'elle passe même au journal de 20h.
La consécration
Nicole Kidman apparaît cependant à Cannes pour la présentation de
Moulin Rouge, qui sort en France fin 2001. Et si entre-temps, les tabloïds parlent de la rupture, les racontars s'arrêtent rapidement quand le film sort : l'actrice danse (et se casse une côte …), chante, déploie toute une palette d'émotion, et, en mourant en chanson, fait pleurer la moitié de la salle de ciné – même si ladite salle est composée en bonne partie de préadolescentes. Le film remporte des récompenses partout, et
Nicole Kidman est nominée pour la plupart des grands prix – et en gagne une bonne partie. Appréciant grandement son expérience dans la chanson, elle chantera par la suite, en duo avec
Robbie Williams, une nouvelle version de Something stupid dont on peut voir le clip ci-dessous :
L'accident sur le tournage de
Moulin Rouge l'empêchera de tourner dans
Panic Room : elle laisse la place à
Jodie Foster et, prix de consolation, donne sa voix à la femme de l'ex-mari de Foster.
La même année sort
Les Autres, excellent film et autre révélation du talent de l'actrice. Produit par la compagnie de
Tom Cruise, le film fait un carton partout et particulièrement aux Etats-Unis où le succès étonne, et ramasse une autre pelleté de récompenses. Les critiques s'extasient sur le physique et le charisme de
Kidman, la comparant aux héroïnes Hitchcockiennes.
Amenabar, heureux réalisateur du film, dit d'elle qu'elle a « l'élégance et la sérénité de
Grace Kelly avec la force et l'intensité de
Vivien Leigh ». Et ça tombe bien, Hollywood adore voir revivre ses anciennes stars. Le contraste entre
Les Autres et
Moulin Rouge est frappant, tant les deux rôles sont différents, l'un criant de couleur, l'autre tout en ombres et lampes à pétrole. Dans les deux cependant ressort l'un des grands talents de l'actrice, cette capacité qu'elle a de jouer sur le fil du rasoir, comme prête à tomber de l'autre côté. Les émotions sourdent, tremblantes.
Elle joue aussi cette année-là une Russe qui est censée ne pas parler un mot d'Anglais dans
Nadia, un film de
Jez Butterworth. Revoyant son salaire à la baisse pour l'occasion (1,5 millions au lieu des 7 habituels à ce moment-là de sa carrière) tout comme ses partenaires
Ben Chaplin,
Vincent Cassel et
Mathieu Cassovitz,
Kidman apprend ses répliques en russe par cœur et on y croit complètement. Le film, cependant, bien que présenté à Sundance, ne marchera pas ; il faudra attendre 2003, année où la cote de
Nicole Kidman n'est plus du tout à démontrer, pour qu'on puisse le voir dans les salles françaises.
L'année suivante, en 2002, sort
The Hours, ou l'adaptation, filmée par
Stephen Daldry, de l'excellent roman de
Michael Cunningham. Son interprétation habitée de la grande Viginia Woolf à la fin de sa vie, c'est-à-dire au moment où ses troubles mentaux étaient les plus pesants, transcende l'écran. Il faut dire que pendant le tournage l'actrice est dans une phase difficile de sa vie, et elle a sans doute fait sienne la dépression de l'écrivain. Métamorphosée physiquement – elle porte une prothèse nasale pour se rapprocher plus de l'écrivain et gommer cette caractéristique physique qui lui est propre – Kidman change aussi sa voix et, étant gauchère, apprend à écrire de la main droite. La scène d'ouverture, sur le suicide de Woolf, remue les trippes. Le rôle lui apporte l'oscar qu'elle n'avait pas eu pour
Moulin Rouge. Elle produit en même temps
In the Cut, le film de
Jane Campion, dans lequel elle devait jouer – mais un problème de planning lui fit céder le rôle à
Meg Ryan, qui en profita pour torpiller en beauté son image de reine de la comédie romantique.
Dernier film de cette période faste,
Dogville sort en 2003.
Nicole Kidman a reçu en janvier l'insigne honneur de se faire marcher dessus par n'importe qui (comprenez : elle a eu son étoile sur Hollywood Walk of Fame) et elle se retrouve une nouvelle fois sur la croisette, avec
Lars von Trier cette fois-ci. Le film laisse perplexe : répondant au Dogme mais d'une façon décalée, tout se déroule sur une scène ; les murs sont dessinés sur le sol. Une voix off raconte platement l'histoire, avec quelques mesures du Salve Regina de Vivaldi en fond. Interrogation sur le pouvoir sur l'autre et sur le pardon,
Dogville transforme l'actrice en bonne à tout faire, surexploitée par une population hargneuse. Une nouvelle performance pour l'un des derniers de ses films ayant une valeur certaine. La même année, elle retravaille avec
Baz Luhrmann pour la fameuse pub pour Chanel. Cela la fait entrer dans le Guiness Book : elle est payée 3, 71 millions de dollars pour les 4 minutes de ce petit cours métrage qui a couté, en tout, autour de 44 millions.
En deux ans et 5 films, elle a donc montré qu'elle sait tout faire, de la danseuse de revue à l'émigrée russe, de l'artiste follement géniale à l'héroïne années 30. Tour à tour forte et fragile, elle est la plupart du temps à la limite de la rupture émotionnelle – surtout dans
The Hours, filmé peu de temps après son divorce qui l'avait laissée complètement dévastée. Cependant, même pendant ces années de gloire professionnelle, sa vie personnelle n'est pas mise de côté. Les interviews se succèdent dans lesquelles elle parle de son divorce, exposant ses sentiments, sa dépression. Les rumeurs mettant en doute la véracité de leur mariage s'accumulent, les journaleux rigolent un peu plus de la différence de taille entre les deux acteurs et s'émerveillent de voir l'actrice seule mais en talons, la presse people proclame qu'elle « croit encore en l'amour » et « espère se remarier plus tard ». Curieusement, donc, tout en parvenant à gagner ses galons en tant qu'actrice,
Nicole Kidman ne quitte pas les tabloïds et parvient même à se forger une figure médiatique propre, maintenant séparée de celle de
Tom Cruise. Ses actions pour l'enfance et les femmes, ainsi que pour le cancer du sein, lui donnent aussi une facette « bienfaitrice » qui plaît bien aux Etats-Unis. Et comme, pendant qu'elle se morfond sur son mariage terminé et s'interroge sur l'intérêt de continuer sa carrière,
Tom Cruise s'affiche avec
Penelope Cruz,
Nicole Kidman est la parfaite image de la femme abandonnée : sa cote monte encore plus outre-Atlantique, tandis qu'elle conquiert en même temps les cinéphiles.
Les choix douteux : une évolution de carrière oscillante
Malheureusement, après ces quelques années propres à faire pâlir d'envie n'importe quelle actrice,
Nicole Kidman entre dans une nouvelle phase : celle des films qui ne valent pas grand'chose. Et on ne comprend pas vraiment pourquoi. L'actrice est alors connue et reconnue, son salaire tourne autour des 15 millions, et nul doute qu'elle doit avoir accès à d'excellents scénarios. Pourtant, on la retrouve après
Dogville dans
La couleur du mensonge, adaptation du roman à succès The Human Stain de Philip Roth. Si le livre n'était déjà pas tellement palpitant, le film est raté et coupe la plupart des passages intéressants pour ne s'intéresser qu'à la vague histoire d'amour. Kidman, femme de ménage, est jolie mais sans éclat face à un
Anthony Hopkins loin d'être au mieux de sa forme ; il faut dire que le rôle est loin de ses challenges précédents.
Le même constat peut être fait pour les trois films sortis en 2004 :
Retour à Cold Mountain,
Et l'homme créa la femme,
Birth. Tous trois de qualité médiocre, tous trois n'offrant pas de rôle réellement marquant à une actrice au talent indiscutable. Même si on peut comprendre l'envie de jouer pour
Anthony Minghella, cette histoire de femme riche qui se retrouve à la tête d'une ferme et attend son amour parti à la guerre manque de force. Kidman en profite tout de même pour montrer que non contente de chanter juste, elle sait aussi jouer du piano : c'est elle qui interprète les morceaux que son personnage joue. La comédie de
Frank Oz laisse perplexe, sans doute parce que tout le potentiel du film est parti au fur et à mesure des réécritures, mais le rôle qu'elle tient est meilleur que le précédent, lui permettant de jouer sur plusieurs registres. Quant à
Birth, si sa performance est très bonne, c'est loin d'être le cas pour le film.
Petit sursaut cependant, au niveau qualité de film, avec
L'Interprète l'année suivante. Sidney Pollack nous offre un thriller efficace mais, là encore,
Nicole Kidman, même si toujours impeccable, n'a pas vraiment un rôle à sa hauteur. Et même si en y réflechissant bien tous ces films ne méritent pas réellement nos foudres, c'est frustrant, quand on l'a vue enchaîner des interprétations complètement opposées, de la voir maintenant dans des rôles plus classiques. Le film suivant,
Ma sorcière bien aimée, continue d'enfoncer le clou : la qualité du film est plus que douteuse – sinon inexistante, et
Nicole Kidman, cheveux blonds impeccablement bouclés et regard faussement pétillant de malice, enchaîne les idioties pour enfants et agite son nez sur une musique ridicule. Listée pour recevoir un Razzie Award, elle ne sera pas nominée : l'honneur est sauf. On se prend à regretter
Les Ensorceleuses, dans lequel elle campait, pourtant 7 ans avant, une sorcière bien plus convaincante.
Malgré les qualités souvent douteuses de ses derniers films, Kidman se retrouve parmi les actrices les mieux payées, avec 17, 5 millions de dollars pour ses deux dernières prestations. Elle prête aussi la même année sa voix à la mère du petit héros de
Happy Feet, et en profite au passage pour chanter un peu. Pendant cette période, l'actrice ne quitte pas la presse people, qui suit son aventure amoureuse avec
Lenny Kravitz – analysant leur relation et criant au scandale quand celui-ci s'avère infidèle – puis son mariage, dernièrement, avec
Keith Urban ; on a alors des détails sur leur vie sexuelle.
Nicole Kidman continue donc de conserver ses rapports avec la presse, mais sa carrière perd fortement en qualité.
Début 2007 est sorti
Fur, portrait imaginaire de la photographe Diane Arbus par
Steven Shainberg, réalisateur de la géniale
Secrétaire. Et là, ouf,
Kidman revient en force, et on se prend à espérer : peut-être n'était-ce qu'une mauvaise phase ? En tout cas, elle explose complètement l'écran et les limites du film, trop étriqué pour contenir sa performance de femme bridée qui s'éveille.
Cette semaine, on la verra dans
Invasion ; en décembre, dans l'adaptation du roman de Pullman
A la croisée des mondes : la boussole d'or. L'auteur avait expressément demandé que Mme Coulter soit interprétée par Kidman, qui s'est empressée d'accepter. Période chargé pour l'actrice puisqu'en mars sortira aussi
Margot va au mariage, dans lequel elle se rend au mariage de sa sœur, même si elle ne comprend pas le choix de celle-ci. Quant à ses projets, on ne sait pas beaucoup de choses. Elle retournera cependant en Australie avec
Baz Luhrmann et
Hugh Jackman pour
Australia, et devrait retrouver
Stephen Daldry pour
Le Liseur.

Pendant un moment, on la connaissait sous le nom de « femme de Tom Cruise ». Après son divorce, on l'a dite « meilleure actrice du monde ». Personnalité médiatisée, actrice au talent subjuguant, cette dualité semble entièrement la diriger. Il est certain que ces dernières années étaient loin d'être intéressantes pour les cinéphiles que nous sommes. Mais on n'oublie pas son sourire carnassier dans Prête à tout, sa fragilité dans Portrait de femme, et surtout ces années d'explosion de talent qui nous ont fait penser qu'elle pouvait tout faire. Rarement une actrice aura pu nous faire ressentir comme elle l'a fait le trouble des émotions – quelles qu'elles soient, rarement on se sera trouvé face à une telle force dans la grâce et la fragilité. Et cet état de perfection qu'elle a atteint il y a quelques années, quand, complètement bouleversée par son divorce d'avec Tom Cruise, le moindre sentiment hurlait à travers un geste de la main ou une inclination de la tête, illustre parfaitement la théorie disant qu'il faut avoir vécu pour faire ressentir. Mais hauts les cœurs, tout n'est pas perdu : Fur a montré que Nicole Kidman ne s'était pas trop fourvoyée dans des rôles secondaires.