Détesté par beaucoup, Michael Bay est devenu en un peu plus d'une décennie le symbole du succès international du cinéma américain.
Les débuts d'un clippeur
Né en 1965 et élevé par ses parents adoptifs,
Michael Bay semble s'intéresser très tôt au cinéma. En effet, alors qu'il n'est encore qu'adolescent, il travaille chez ILM, la société de
George Lucas qui deviendra un de ses plus proches amis, au département des story-boards. Malgré ce contact ô combien précieux, il décide de suivre des études de cinéma à l'université avant de se lancer dans la profession. Pur réalisateur technicien dans la tradition de l'industrie du cinéma américain, il se lance vers la fin des années 80 dans le monde de la publicité et du clip, marché en pleine expansion à l'époque. Il s'impose comme une pointure dans ce milieu et rejoint même Propaganda Films, une des plus fameuses sociétés de production de clips où ont travaillé
David Fincher,
Spike Jonze,
Antoine Fuqua,
Alex Proyas ou
Mark Romanek. Il réalise ainsi des vidéos pour Tina Turner ou
Lionel Richie. Si une majorité de ses pubs n'ont sûrement jamais été diffusées à la télévision française, elles ont eu un énorme succès outre-Atlantique et dans les festivals du monde entier. Reconnu par ses pairs,
Michael Bay gagne tous les prix les plus prestigieux grâce ses campagnes.
Les années Bruckheimer
Après un documentaire sur une playmate en 1990, le cinéma commence à lui faire les yeux doux. C'est ainsi qu'il se retrouve à participer en tant que consultant à une scène du film
Proposition indécente. Ne souhaitant pas jouer les seconds rôles longtemps, le réalisateur à la tête de golden boy va vite trouver son bonheur chez
Jerry Bruckheimer. Ce producteur à succès, déjà à l'origine de la saga des
Flics de Bervely Hills et des films de
Tony Scott, qui sont considérés comme préfigurateurs du style de Bay, l'engage pour son nouveau projet,
Bad Boys. Le film est destiné à être porté par deux stars des séries comiques black américaines,
Martin Lawrence et
Will Smith, à l'époque encore en tête d'affiche du
Prince de Bel-Air. Sensé mélanger action et humour,
Michael Bay laisse la partie comédie à ses acteurs pour s'attacher à montrer qu'il est un réalisateur de films d'action. Loin d'être fan du script original, il laisse donc la liberté à ses deux stars d'improviser sur les dialogues. Pour ce qui est d'en mettre plein la figure, le réalisateur s'investit. Déjà pourvu d'un compte en banque bien garni grâce à sa carrière dans la pub, il prête sa Porsche pour les besoins du film et paye 25 000$ pour financer une seconde prise d'une explosion lors du climax que la production lui avait refusée pour des questions budgétaires. Produit pour 23 millions de dollars, le film en rapporte 140 millions à travers le monde. De quoi ravir les deux producteurs associés,
Jerry Bruckheimer et
Don Simpson, et imposer le style du clippeur
Michael Bay auquel il restera fidèle : ralentis exagérés, grosses scènes d'action, moneyshots tape-à-l'œil…
Toujours heureux de trouver un nouveau poulain de qualité, les deux producteurs engagent à nouveau
Michael Bay pour
Rock, leur nouveau film d'action produit cette fois pour le compte de Disney. Surfant moins sur une mode jeuniste que
Bad Boys, le scénario (auquel a participé un Tarantino non crédité) montre d'anciens militaires devenant des terroristes pour se venger de la façon dont le gouvernement les traite, et qui s'installent dans la prison d'Alcatraz. Menaçant de détruire San Francisco à l'aide de missiles volés, ils ne pourront être stoppés que par l'association entre un agent du FBI et un vieux prisonnier qui est la seule personne à s'être déjà évadée de l'île prison. Les exécutifs de Disney sont nerveux de voir un jeune trentenaire avec un seul film au compteur à la tête d'un budget de 75 millions, et mettent quelque peu la pression à
Michael Bay, soutenu par son producteur et ses acteurs. Il continue ainsi de définir son style de cinéma avec un film long (2h16) et coupé très rapidement (les plans durent en moyenne 2,5 secondes, pratique très reprochée au réalisateur et qui définit son style selon lui). Ce film, dédié à
Don Simpson qui est mort pendant la production, est un nouveau succès énorme puisqu'il atteint 325 millions de dollar au box-office, soit plus du double de
Bad Boys. Ce film reste pour beaucoup comme le meilleur film de
Michael Bay, jugement que le réalisateur semble partager avec les critiques et le public.
Le duo Bay/ Bruckheimer passe la vitesse supérieure et délaisse les films d'action pour s'orienter vers le pur blockbuster catastrophe avec
Armageddon, sorti en 1998 en pleine vogue de ce genre de films. Le réalisateur star y acquiert même le statut de producteur. On y suit une équipe travaillant de foreurs travaillant sur une plate-forme pétrolière se faire engager pour être envoyée dans l'espace et détruire une astéroïde menaçant la Terre. Avec ce tournage pharaonique de 140 millions se déroulant au milieu de véritables équipements de la NASA,
Michael Bay affine son art : 2h30 avec des plans durant en moyenne 1,5 seconde ! Il crée ainsi un film dont on ne sait si il devient instantanément culte ou cliché (ah ! ce plan de toute l'équipe sortant d'un hangar de front et au ralenti …). Mené par la star
Bruce Willis et par une pléthore de seconds rôles (
Steve Buscemi,
Billy Bob Thornton,
Liv Tyler,
Owen Wilson,
Michael Clarke Duncan et la nomination à l'Oscar pour
Ben Affleck), le film est un succès immense et accumule 550 millions de dollars de recettes.
Michael Bay, en trois films, devient ainsi à 33 ans le plus jeune réalisateur à dépasser le milliard de dollars engendré au box office.
Armageddon est toutefois moins bien reçu que
Rock par les critiques et une partie du public. Il est ainsi souvent moqué soit pour le côté abusif de sa réalisation, soit pour la stupidité de son scénario. Le film contient en effet un nombre incalculable d'erreurs scientifiques, la plupart connues et laissées par les scénaristes et les producteurs sous prétexte de conventions cinématographiques (et oui ! même si
Star Wars vous l'a fait croire pendant des années, un feu ne peut pas prendre dans l'espace !). La légende dit même qu'à la question de
Ben Affleck « Ne serait-il pas plus simple d'entraîner une équipe d'astronaute à forer ? », le réalisateur-producteur lui aurait simplement demandé de la fermer…
Cette petite mésaventure n'empêchera pas
Ben Affleck d'être en tête d'affiche de la nouvelle production de Bay/Bruckheimer aux côtés de
Josh Hartnett et
Kate Beckinsale.
Michael Bay reprend pour
Pearl Harbor les mêmes recettes que
Armageddon (faire tout péter et y mettre une histoire d'amour), pousse le concept le plus loin (record du monde du film ayant utilisé le plus d'explosifs et un triangle amoureux avec lutte fratricide entre deux meilleurs amis !) et le place dans le concept de l'attaque de
Pearl Harbor, attaque surprise des japonais sur une base militaire américaine se situant à Hawaï, et ayant encouragé les Etats-Unis à s'investir plus avant dans la Seconde Guerre Mondiale. Les deux producteurs voient encore plus grand avec un film de 3 heures et un tournage où tout explose dans tous les sens et qui aura, avec la promotion, finalement coûté plus que l'attaque (le budget est estimé à 145 millions de dollars, un record à l'époque). Si l'ambiance était bonne au début, chacun faisant des efforts sur son salaire contre une partie des recettes, le tournage s'est apparemment plutôt mal passé,
Michael Bay quittant à quatre reprises le projet suite à des disputes. Le destin du film après sa sortie n'est pas beaucoup plus glorieux. Avec 450 millions de dollars, le film est un succès, mais rapporte moins que prévu (et surtout moins que
Armageddon).
Pour s'être attaqués à un événement douloureux de l'histoire américaine comme ils se seraient investis dans une course poursuite écervelée,
Jerry Bruckheimer et
Michael Bay s'en prennent plein la tête : scénario inepte réduisant la Seconde Guerre Mondiale à une histoire d'amour, têtes d'affiche jamais crédibles choisies pour séduire les ados, irrespect total envers les évènements historiques,
Michael Bay's style à outrance… Devenu une véritable star,
Michael Bay fait pour la première fois parler de lui dans les journaux à cause de sa vie privée. Jusque là entrevu avec des playmates, il est cette fois au cœur d'une affaire plus importante. Un journal révèle en effet que le réalisateur, élevé par ses parents adoptifs, est persuadé depuis des années d'être le fils de John Frankenheimer. Le réalisateur de
Ronin, mort une année après d'une attaque cérébrale, a toujours nié la paternité et a effectué un test ADN dans les années 80 qui s'était révélé négatif. Toutefois,
Michael Bay considère que la technologie n'était pas assez fiable à l'époque et continue de penser que Frankenheimer est son père.
Le couple Bay/Bruckheimer semble donc avoir pris du plomb dans l'aile.
Michael Bay perd son statut de producteur et ils reviennent aux basiques avec
Bad Boys II, leur dernière collaboration. Comme pour son premier film, il prête sa propre voiture pour le tournage, qui fait exploser des véhicules à travers tout Miami. Le retour de
Will Smith et
Martin Lawrence dans leurs rôles de flics, servis par un budget de 130 millions, attire les foules et cumule 273 millions au box office, rentrant dans un nouveau standard de blockbusters incapables de gagner de l'argent sur le seul sol américain.
Bad Boys II ne déchaîne les passions ni pour ni contre lui de la part des critiques et du public.
L'indépendance selon Michael Bay
Loin de vouloir rester dans l'ombre, le golden boy qui se fait volontiers photographier à cadrer ui-même ses films décide de sortir de l'ombre du producteur
Jerry Bruckheimer, qui n'a maintenant d'yeux que pour ses séries TV et ses pirates. Il fonde avec d'autres producteurs Platinum Films, une société de production qui annonce vouloir faire du film d'horreur sans se soucier des interdictions. Très vite, on se rend surtout compte que
Michael Bay et compagnie ne se soucient pas de l'originalité. En maintenant quatre ans d'existence, Platinum Fillms n'a produit que des remakes de productions des années 70, allant du gentiment réussie (
Massacre à la tronçonneuse) au totalement foiré (
Amityville ou
Hitcher). Et l'on tremble face à son projet de remaker
Les Oiseaux d'
Alfred Hitchcock !
Loin de Bruckheimer et de Disney,
Michael Bay redevient producteur de ses propres films pour le compte de
DreamWorks SKG (nul doute que l'amitié entre
Michael Bay et
George Lucas n'est pas pour rien dans cette collaboration soudaine avec la compagnie de
Steven Spielberg). Il revient au gros film d'action qui tache avec
The Island, présenté comme sa définition du « film d'auteur ». Dans ce film de Science-Fiction dans l'esprit des années 70, il essaie de mélanger une intrigue avec des thématiques fortes et de gros passages d'action. Dans un monde futuriste, Lincoln Six Echo (
Ewan McGregor) et Jordan Two Delta (
Scarlett Johansson) jouent deux personnes ayant toujours vécu dans une enceinte où habitent tous les hommes ayant survécu à un cataclysme qui a ravagé la Terre. Après plusieurs cauchemars, Lincoln commence à douter de la véracité de ce qu'on lui a raconté depuis sa naissance. Avec un budget de 126 millions de dollars, la première tentative de
Michael Bay hors Bruckheimer est accueillie très froidement. Le film ne rapporte que 36 millions aux Etats-Unis et n'arrive qu'à engendrer 160 millions à travers le monde, se rapprochant dangereusement des résultats du premier
Bad Boys. Critiqué pour des placements publicitaires abusifs,
Michael Bay se fait aussi sévèrement taper sur les doigts pour le manque d'originalité du scénario. Les créateurs de
The Clonus Horror, film sorti en 1979, ont même porté plainte pour plagiat contre
The Island, prétextant que la production de
Michael Bay était un remake de leur film.
Classé dans la liste des 50 personnes les plus puissantes d'Hollywood en 2005,
Michael Bay est loin d'être grillé et DreamWorks lui propose une seconde production/réalisation avec l'adaptation de la série télé
Transformers, où deux groupes de voitures pouvant se transformer en robots (ou de robots pouvant se transformer en voitures…) se battent, l'un pour conquérir le monde, l'autre pour le défendre. Malgré la présence de
Steven Spielberg à la production,
Michael Bay refuse, considérant le projet comme un « stupide film de jouets ». Il se rappelle ensuite que lorsqu'il travaillait à ILM comme storyboarder dans son adolescence, il avait dit la même choses des
Aventures de l'Arche Perdue et, se disant qu'il serait bête de commettre deux fois la même erreur de jugement il se décide d'accepter le projet, convaincu aussi par Spielberg. Si l'omniprésence des effets numériques semble gêner un réalisateur qui a l'habitude de détruire de vraies voitures et de vrais bateaux, il faut avouer que le mélange « voitures qui vont vite » et « robots qui détruisent tout » semble avoir été pensé pour
Michael Bay ! Il parvient même à dépenser une grosse partie du budget dans des scènes d'action réelles plutôt que dans les images de synthèse, réalisées par ILM. Le réalisateur, fortement critiqué pour le nombre d'invraisemblances dans ses films, impose une volonté réaliste au scénariste et aux concepteurs des effets spéciaux. Il parvient surtout à maintenir le budget à 147 millions de dollars, ce qui paraît ridicule pour un tel film actuellement (à titre de comparaison, le budget de
Spider-Man 3 est estimé à 258 millions et
Evan tout-puissant à 175 millions !). Porté par la valeur montante
Shia LaBeouf, le film fait un départ canon au box-office et est en passe de remplacer
Rock comme meilleur film de
Michael Bay dans le cœur des fans, le côté fun assumé du concept collant parfaitement à son style.
L'avenir s'annonce donc radieux pour Michael Bay. Si un Bad Boys 3 paraît très peu probable, Transformers deviendra bien une trilogie, avec un plus gros budget alloué. Si le réalisateur n'a pas officialisé sa participation, il a déclaré déjà avoir des idées ! En attendant, son prochain film, prévu pour 2010, s'appelle 2012 : The War for Souls. Entre Stargate et la série Sliders, on y suivra un homme qui, grâce à un portail donnant accès à un monde parallèle, pourra rentrer en contact avec son double et ainsi stopper l'Apocalypse prévu selon les Mayas pour 2012. Connaissant le Michael Bay, on peut parier qu'une partie de la Terre sera détruite, juste pour le show !