Véhicule à la gloire de Kiefer Sutherland, la cinquième saison de 24 heures chrono pose ses valises chaque samedi en seconde partie de soirée, sur TF1.
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Dix huit mois se sont écoulés depuis la disparition de Jack Bauer suite à la mise en scène de sa mort pour fuir les autorités chinoises. Accusé d'être à l'origine de la triple tentative de meurtre qui vient d'avoir lieu, l'ex-agent du CTU est obligé de sortir de sa retraite, armé de sa veste à capuche et de sa besace.
Phénomène télévisuel débarqué en 2001,
24 heures chrono avait des allures d'ondes de choc avec son concept inédit proposant de suivre en temps réel l'intégralité d'une journée de la cellule anti-terroriste de Los Angeles, et plus particulièrement de l'agent spécial Jack Bauer. Redéfinissant alors les codes télévisuels par la continuité et la simultanéité de sa narration, par le prisme des split-screens, la série s'inscrivait aussi dans l'air du temps puisqu'elle débuta le 06 novembre 2001. Après une première saison au cordeau à l'accueil quasi-unanime où la quotidienneté avait sa place par l'intermédiaire de la famille de Bauer, elle bascula progressivement au fil des saisons vers le tout suspense, se focalisant sur le personnage iconique de
Kiefer Sutherland, capitalisant sur son concept et se vidant de son sens pour aboutir à une saison 4 nawak et caricaturale, blindée de private-jokes, qui remplissait cependant parfaitement sa fonction de divertissement.
L'appréhension est donc de mise à l'orée de cette cinquième saison et se confirme lors du premier tiers de la saison faisant de la suspension d'incrédulité une profession de foi. Suite à un point de départ a priori absolument idiot, les scénaristes réutilisent à foison les éléments des saisons précédentes, nous resservant ainsi les classiques taupes, triangles amoureux, relations houleuses du couple présidentiel… alignant les personnages fonctionnels sans profondeur puisque uniquement au service de la mécanique du récit, et semblant nous infliger la sempiternelle menace terroriste basique.
Passée cette mise en bouche amer et la mise en échec d'un premier semi-complot, le récit commence à s'affirmer lors de la traque des terroristes menaçant une nouvelle fois la Cité des anges. Les protagonistes inutiles sont alors évincés, permettant de réellement se focaliser sur ceux restants, et d'ainsi développer des relations cohérentes et fortes ne servant plus uniquement les impératifs narratifs. A la mi-saison, le suspense est alors total pour prendre une tout autre dimension à l'entame de son derniers tiers, où la majeure partie des réticences engendrées par l'entame de saison sont gommées ou pardonnées, prenant une tournure des plus sombres, voyant ses enjeux amplifiés pour s'achever lors d'un final impeccable doublé d'un cliffhanger extrêmement jouissif et prometteur.

La principale réussite de cette saison repose essentiellement sur une trame à l'inspiration retrouvée. Faisant mine de capitaliser une nouvelle fois sur le terrorisme et les peurs contemporaines qu'il génère, elle préfère s'orienter vers des problématiques autrement plus intéressantes et inédites pour la série, comme le questionnement du pouvoir, du président des Etats-Unis dans ce cas, ou les pressions et enjeux économiques et politiques liées au pétrole. Elle livre ainsi une réflexion patriotique, au sens noble, à propos des moyens mis en œuvre pour servir son pays et de leur pertinence, s'éloignant des dérives réactionnaires qu'on a pu leur prêter. Outre ce léger questionnement politique et moral, ce cinquième opus se dote d'un thème transversal concernant l'individualisme et l'ambition personnelle. La majorité des personnages voit ainsi ses actes conditionnés par cette composante, dressant par là-même une ébauche de la société moderne. On retrouve également la volonté de dépeindre un univers plus vaste et crédible prenant en compte la situation internationale, par la représentation du terrorisme et de sa lutte à l'échelle mondiale, et l'effort constituant à désamorcer les clichés et codes inhérents au terrorisme dans les œuvres de fictions, voire de s'en jouer. L'influence prépondérante des médias est aussi dépeinte à travers sa gestion dans la communication des politiques, l'impact direct qu'elle peut exercer sur les décisions politiques et autres, entraînant ainsi diverses réflexions, telles que les dérives sécuritaires. Et toujours, la prépondérance de la technologie, retranscrite par les diverses utilisations dont en font Jack ou ses assaillants. Même si tout cela n'est qu'une facette parcellaire de la série, elle contribue néanmoins à apporter le sens qui lui faisait grandement défaut.

D'un point de vue dramatique,
24 heures chrono reste prisonnier de son parti-pris initial. Devant rendre compte en temps réel et simultanément de diverses progressions, elle n'a d'autres choix que de se contenter de sa caméra à l'épaule et de ses écrans partagés, toutes évolutions stylistiques étant proscrites sous peine de briser la marque de fabrique qu'est son identité visuelle. D'autant plus que la musique alterne bizarrement entre des compositions passables, emphatiques, emplies de pathos, à la facture classique, et des morceaux autrement plus ambitieux mêlant rock, instruments classiques et sonorités électroniques rehaussant intelligemment le propos et conférant à l'ensemble une identité musicale trouble. Le cœur se trouve alors être l'écriture. Se révélant d'abord caricaturale et surdialoguée, elle brosse ensuite un canevas scénaristique tentaculaire et complexe quasi cohérent se montrant totalement à l'aise dans la construction du suspense et l'action. Elle peine cependant parfois dans les scènes intimistes ou mélodramatiques, pouvant virer à l'outrance mais parvient toutefois à glisser quelques relations touchantes basées sur les non-dits.
Devant composer avec une obligation d'efficacité et une course à la surenchère symptomatique de l'industrie du spectacle actuelle, les scénaristes se heurtent aussi à la difficulté de tenir le spectateur en haleine sans trop y sacrifier la crédibilité. Cela demeure l'écueil principal de
24 heures chrono puisque, si l'addiction est bien présente, il faut avouer qu'à quelques exceptions près, l'on est rarement surpris par les rebondissements tant ils s'enchaînent de façon métronomique. De plus, pour tenir cette cadence infernale et sustenter l'audience en sensations fortes, les auteurs procèdent à une pluie de morts, sacrifiant ainsi une bonne part du casting principal et une multitude de victimes désignées. Notons tout de même que la dramaturgie gère parfaitement les conditions naturelles impliquées par le temps réel en installant la partie la plus sombre du récit de nuit, amplifiant fortement son impact, et amenant sa résolution au petit matin avec l'arrivée des premiers rayons du soleil porteur d'espoir.
Contrairement à nombre d'autres séries américaines,
24 heures chrono ne brille pas particulièrement par son casting et son interprétation. Les personnages, même les plus élaborés, sont avant tout caractérisés efficacement, et n'offrent pas la substance nécessaire à des performances plus profondes de par leur évolution au cours d'une seule journée. Cependant, certains d'entres eux nous gratifient tout de même de très bonnes prestations, comme le couple présidentiel,
Gregory Itzin et
Jean Smart, ou les personnages d'Aaron Pierce (
Glenn Morshower) et Mike Novic (
Jude Ciccolella), tandis que d'autres opèrent dans l'efficacité (
Kiefer Sutherland,
Kim Raver,
Peter Weller) ou la caricature comme Chloe (
Mary Lynn Rajskub) ou Edgard (
Louis Lombardi). On retrouve également dans cette saison
Sean Astin, ayant bien du mal à renouveler une performance équivalente à celle de Sam Gamgee, et quelques transfuges d'autres séries :
Connie Britton (
Spin City),
Paul McCrane (le Dr. Romano d'Urgences) ou l'excellent
Kirk Acevedo (mythique Miguel Alvarez de
Oz) qui ne fait malheureusement qu'un court passage.
Addictive et passionnante, cette cinquième saison de 24 heures chrono se révèle être un véritable renouveau dont on peut attendre la suite avec une véritable impatience. L'on se prend tout de même à rêver d'une hypothétique digression repue de sensationnalisme et suivant Jack dans une journée classique du CTU jusque dans sa quotidienneté blafarde, tentant de recoller les morceaux de sa famille éparse, lui laissant le temps de s'alimenter ou sifflant sa bière seul devant son plateau télé, avec ses doutes, ses aspirations, en tant qu'homme tout simplement…