Avec Roman de gare, Dominique Pinon revient sur nos écrans. Célébré comme la figure de l'univers de Caro et Jeunet, on ne connaît pourtant que peu la carrière de cet acteur incontournable mais discret qui a tourné dans plus de 100 films en 25 ans. Découverte d'un parcours peu connu…
Des débuts marqués par Beineix
Né à Saumur en 1955, on voit pour la première fois le visage de
Dominique Pinon sur les écrans français en 1981 dans un court métrage d'
Arthur Joffé, remarqué et nommé aux Césars. Il commence à enchaîner les courts métrages, habitude qu'il gardera tout au long de sa carrière. Sa première chance sur grand écran lui est donné par
Jean-Jacques Beineix. Cet ancien assistant réalisateur lui propose un second rôle dans son premier long métrage,
Diva. Ce film policier est un succès est propulse Beineix au premier plan avec 4 Césars. Pinon multiplie alors les tournages, qu'il s'agisse de courts-métrages, d'apparitions télé ou de seconds rôles au cinéma. On retiendra surtout son rôle au côté de
Gérard Depardieu dans
Le Retour de Martin Guerre, un film médiéval qui lui vaudra à 27 ans une nomination du meilleur jeune espoir aux Césars.
Dominique Pinon semble avoir bâti sa carrière sur le fait qu'il se rend indispensable aux réalisateurs qui l'ont dirigé une fois. On le retrouve ainsi à l'affiche du nouveau court métrage d'Arthur Joffé, Palme d'Or du meilleur court métrage au festival de Cannes en 1982, puis dans le second film de
Jean-Jacques Beineix,
La Lune dans le caniveau. Il y retrouve aussi
Gérard Depardieu. Malheureusement, ce film sur la descente aux Enfers d'un homme suite au viol et au suicide de sa sœur est un échec. On aperçoit ensuite l'acteur au physique si particulier dans de nombreux seconds rôles, dont un dans le film de
Claude Lelouch :
Partir, revenir. Il prend ensuite part au tournage de
37°2 le matin, le nouveau film de
Jean-Jacques Beineix qui va révéler
Béatrice Dalle. Il ne participera toutefois pas à l'énorme succès du film car son personnage de dealer est coupé au montage.
En quelques années,
Dominique Pinon est donc devenu une figure incontournable du court-métrage, apprécié de ses réalisateurs. Son physique atypique semble toutefois lui fermer la voix d'un vrai rôle principal malgré le fait qu'on salue son interprétation.
L'égérie de Caro et Jeunet
En 1989, la chance sourit vraiment à
Dominique Pinon. Depuis quelques années, un duo de génies sévit sur le court métrage :
Jean-Pierre Jeunet, un ancien publicitaire, et
Marc Caro, un dessinateur. Les deux amassent les récompenses depuis des années. En 1989, Jeunet va réaliser
Foutaises, alors que Caro s'occupe du son.
Dominique Pinon obtient le rôle principal. Ce court métrage vous rappellera forcément quelque chose puisqu'il s'agit d'une préfiguration du
Fabuleux destin d'Amélie Poulain. On y suit en effet un homme qui énumère la liste de ce qu'il aime et de ce qu'il n'aime pas. L'accueil est chaleureux et le film reçoit même un César du meilleur court-métrage, ouvrant grand la voie du long-métrage aux deux réalisateurs. Si
Dominique Pinon continuera à tourner dans une moyenne de quatre films ou longs-métrages par an, son visage restera maintenant associé aux réalisations de Caro et Jeunet. En effet, si son physique pouvait refroidir les autres réalisateurs à lui confier autre chose que des seconds rôles atypiques, il s'intègre à merveille dans l'univers graphique du duo.
Après un passage par la case
Arthur Joffré pour
Alberto express et dans d'autres productions,
Marc Caro et
Jean-Pierre Jeunet lui offrent la possibilité d'exploser dans leur premier long-métrage,
Delicatessen. Dans cette comédie noire post-apocalyptique, il joue un ancien clown qui arrive dans un immeuble dont le propriétaire est l'inquiétant boucher du rez-de-chaussée. Film à part dans le paysage cinématographique français, l'oeuvre reflète l'émergence de cette génération de réalisateurs qui arriveront à conquérir l'international en imposant leur personnalité barrée. Le film est ainsi aussi bien salué en France (4 Césars) qu'à l'étranger. Il permet à
Dominique Pinon de gravir un échelon dans la hiérarchie des acteurs. Il fait maintenant partie des rôles principaux de films qui, malheureusement, soit sont passés inaperçus à l'époque, ou soit ont été totalement oubliés comme
Les arcandiers, écrit par
Jackie Berroyer et nominé au César de la meilleure première œuvre, mais dont le réalisateur n'a plus rien fait depuis.
C'est en encore Caro et Jeunet qui vont lui donner l'occasion de briller. Après le court métrage de
Marc Caro,
KO Kid, il enchaîne avec
La Cité des enfants perdus. Dans ce film de science-fiction à la pointe point de vue effets-spéciaux, un savant-fou vivant sur une plate-forme kidnappe les enfants pour leur voler leurs rêves, sensés lui redonner sa jeunesse. Les réalisateurs reprennent un casting proche de
Delicatessen, en y ajoutant en premier rôle l'américain
Ron Perlman qui se fond à merveille dans leur univers visuel. Ils gardent un morceau de choix pour
Dominique Pinon, qui joue de nombreux clones, mais aussi le scaphandrier qui leur a servi de modèle. Petit bijou de cinéma, le film ne marche pas aussi bien que prévu, surtout aux Etats-Unis.
Dominique Pinon retourne à des courts-métrages et des seconds rôles, jusqu'à ce que
Jean-Pierre Jeunet fasse à nouveau appel à lui. Il vient en effet d'être engagé pour diriger
Alien, la résurrection, quatrième volet de la célèbre saga, alors que Caro s'occupe du design. Pinon y trouve un rôle qui semble être fait sur mesure pour lui, tout comme celui joué par
Ron Perlman.
En dehors des aventures que lui confie Jeunet, la carrière française de
Dominique Pinon suit son tranquille cours. On le voit ainsi dans
Quasimodo d'El Paris ou dans des premiers films sans suite qui montrent que malgré son côté sympathique et les succès auquel il a participé, Pinon est loin d'être un acteur bankable. C'est à nouveau
Jean-Pierre Jeunet qui va lui offrir l'opportunité de jouer dans son nouveau film, un certain
Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain. Comme à son habitude, Jeunet s'est amusé à remplir son scénario de nombreux personnages atypiques. Cette fois, Pinon se retrouve dans la peau d'un amoureux jaloux qui passe sa journée à épier son ex en crevant du papier bulle. Le succès phénoménal du film popularise définitivement son réalisateur ainsi que son actrice principale,
Audrey Tautou. Si les seconds rôles bénéficient aussi de cet aura,
Dominique Pinon ne semble pas avoir vraiment rebondi sur ce succès. On continue à le voir dans des courts-métrages. Il enchaîne aussi de petits rôles dans des comédies comme
Bienvenue chez les Rozes,
Ze film ou
Camping à la ferme. On peut aussi le voir dans un second rôle dans
Se souvenir des belles choses. La collaboration avec la metteuse en scène
Zabou Breitman et l'actrice
Isabelle Carré se concrétisera aussi sur scène avec la pièce
L'hiver sous la table, pour lequel il obtient le Molière du meilleur comédien en 2004.
Comme régulièrement,
Dominique Pinon fait un retour à la case Jeunet grâce à la nouvelle grosse production du réalisateur qui se sent pousser des ailes. Celui-ci adapte le roman
Un long dimanche de fiançailles pour une diffusion à l'international mais n'oublie pas d'y incorporer ses acteurs préférés. C'est ainsi que
Dominique Pinon se retrouve en oncle protecteur d'
Audrey Tautou pour une performance toujours aussi appréciée. Après un passage dans
Dikkenek et ses retrouvailles avec
Claude Lelouch dans
Roman de gare, l'avenir de
Dominique Pinon semble encore lié au duo Caro/Jeunet. En effet, il est déjà annoncé pour le casting de
Life of Pi, le prochain
Jean-Pierre Jeunet, et on le retrouvera bien au générique de
Dante 01, le premier long métrage de
Marc Caro qui sera l'événement du mois de janvier 2008.
Une carrière internationale insoupçonnée
Si le parcours de
Dominique Pinon est assez connu, on connaît moins une sorte de seconde carrière qu'a menée l'acteur à l'international. On ne sait pas grand chose de cette partie de son travail car la plupart de ces films n'ont jamais atteint les écrans français. Dès 1981, il joue un petit rôle dans
Samantha, une production pour la télévision canadienne. Jusqu'ici rien d'étonnant puisque le téléfilm est en français. Deux ans plus tard, alors qu'il vient de recevoir sa nomination aux Césars pour
Le Retour de Martin Guerre, il passe aux rôles dans les productions anglaises avec
Ghost dance, un film dont l'action se déroule en partie à Paris.
Dominique Pinon va ainsi rencontrer Ken McMullen, un réalisateur anglais de fictions, de documentaires et d'installations. Il fera appel à l'acteur à trois reprises, que ce soit pour des longs ou des courts-métrages.
On peut ensuite apercevoir
Dominique Pinon dans des seconds rôles en Allemagne en 1985 et 1987, avant qu'il ne rejoigne en 1987 la production franco-américaine
Frantic de
Roman Polanski. Il tournera avec McMullen jusqu'en 1992, avant de délaisser quelque peu sa propre carrière internationale pour se concentrer sur ses activités avec Caro et Jeunet qui vont le mener au sommet avec
Alien, la résurrection.
A partir de 2000,
Dominique Pinon replonge intensivement dans sa carrière internationale et part pour un grand tour d'Europe, entre courts-métrages et seconds rôles dans des co-productions. Hors de notre pays, l'image de
Dominique Pinon semble s'associer de plus en plus au film d'horreur. On le retrouve avec surprise dans un Troma belge (?!) puis dans une série de petits films de genre de pauvre réputation tout droit venus d'Angleterre. Il devient ainsi la tête d'affiche de
Darkhunters, où il joue un fantôme recherché à la fois par les forces du Bien et par celles du Mal, ou de
Hellbreeder, un thriller fantastique où il joue un flic alcoolique sensé arrêté une série de meurtres d'enfants, alors qu'en France il joue presque exclusivement des seconds rôles dans des comédies.
On retrouve
Dominique Pinon en 2004 dans
Le Pont du Roi Saint Louis, une co-production française, anglaise et espagnole en costumes, où il côtoie Robert DeNiro et
Harvey Keitel entre autres. Après un petit rôle dans une production luxembourgo-polonaise (et oui, l'U.E. s'est élargie !), il s'attaque aux pays de l'Est en 2007 pour tenir l'un des principaux rôles de
Midsummer Madness, une comédie romantique au côté de
Maria de Medeiros. Il revient en Angleterre pour
Morris : a life with bells on et
When Evil calls, la première série d'horreur pour téléphone portable ! C'est maintenant l'Espagne qui lui fait les yeux doux. Il a ainsi tenu le rôle d'un français dans la comédie
La Luna en botella de
Grojo, qui l'avait déjà dirigé dans un court métrage. Plus étonnant, il sera au générique d'un film espagnol joué en anglais,
Oxford Murders, qui n'est autre que le prochain film du génie
Alex de la Iglesia avec
John Hurt et
Elijah Wood !
Entre obscurs films étrangers, courts-métrages rarement visibles et premiers films oubliés, la carrière du prolifique
Dominique Pinon est donc difficile à saisir. Il semble aimer brouiller les pistes en jouant de petits rôles entre les magnifiques personnages que lui concoctent Caro et Jeunet. Si il n'est pas le plus connu ou le plus côté,
Dominique Pinon est assurément le plus déroutant des acteurs français !