A 70 ans, Anthony Hopkins, l’acteur principal de La Faille, est toujours aussi actif et vient de finir sa seconde réalisation. Retour sur une carrière marquée par une centaine de films et téléfilms.
Les débuts
Anthony Hopkins est né le 31 décembre 1937 au Pays de Galles. A cause de sa dyslexie, son parcours scolaire est chaotique et il préfère assez rapidement concentrer son énergie sur la pratique des arts. Il excelle ainsi derrière un piano ou pinceau en main. C’est toutefois le théâtre qui gagnera sur toutes ses passions, sûrement grâce à ses rencontres. Après avoir reçu les rapides encouragements du célèbre acteur gallois
Richard Burton à 15 ans, il rejoint la Royal Academy of Dramatic Art à l’invitation de
Roy Marsden.
Anthony Hopkins commence alors à se produire sur les planches anglaises pendant 7 ans. Le grand
Laurence Olivier, directeur artistique du National Theatre fondé en 1963, remarque le jeune acteur deux ans plus tard et l’invite à rejoindre la nouvelle structure. Il peut y apprendre son métier sous l’aile de celui qui triomphe dans le rôle d’Othello sur les planches. Le directeur artistique et interprète principal de la compagnie est victime d’une appendicite alors qu’il devait jouer
La Danse de la Mort. Hopkins le remplace et impressionne. Toutefois, l’acteur de 30 ans est fatigué de répéter chaque soir le même rôle et décide de figer ses performances sur pellicules.
La fin des années 60 et les années 70 au Royaume-Uni
Il fait ses débuts à la télévision anglaise BBC en 1967 dans A flea in her ear, l’adaptation d’une pièce de
Georges Feydeau. Il continue avec un moyen métrage nommé
The White Bus avant d’être remarqué dans
Un lion en hiver. Ce film historique réalisé par
Anthony Harvey et où il côtoie Katharine Hepburne et Peter O’Toole gagne 3 oscars. Il y joue Richard, le fils du Roi Henri II et futur roi d’Angleterre, commençant ainsi une longue série de glorieux personnages historiques. Il jouera par exemple pour la télévision le rôle principal dans les biographies de
Danton et de Charles Dickens. Il devient même le nouveau visage de David Lloyd George, premier ministre anglais pendant et après la Première Guerre Mondiale, puisqu’il a interprété son rôle pendant un épisode d’une série, dans le film
Young Winston, et dans un téléfilm dont il est le personnage principal, le tout entre 72 et 73. Le début de carrière d’
Anthony Hopkins dans les années 70 est marquée par une alternance entre films, pièces de théâtre (qu’il abandonne peu à peu) et productions pour la BBC, que ce soient téléfilms ou séries. Après avoir commencé dans des seconds rôles, dont Claudius dans
Hamlet en 1969, il s’impose peu à peu et finit par tenir la tête d’affiche.
L’arrivée sur les écrans américains
Progression logique, ce grand acteur gallois arrive sur les écrans américains, tout d’abord par l’exportation des films anglais puis par des coproductions avec les Etats-Unis. Il rejoint le casting de All creatures great and small en 1975 pour un second rôle avant de tourner dans des téléfilms américains, ajoutant le premier ministre israélien Yitzhak Rabin à sa collection de personnages historiques. Nommé pour différents prix, Hopkins obtient le premier rôle masculin du film d’horreur de
Robert Wise,
Audrey Rose. Il retrouve ensuite le réalisateur de Young Wilson,
Richard Attenborough, pour la très grosse coproduction anglo-américaine
Un pont trop loin. Il fait ainsi parti d’un casting impressionnant montrant sa nouvelle importance. Il donne en effet la réplique à
Dirk Bogarde,
James Caan,
Michael Caine,
Sean Connery, Elliot Gould, Ryan O’Neal,
Robert Redford ainsi que son mentor
Laurence Olivier. Le lieutenant colonel John Frost, personnage interprété par
Anthony Hopkins, se rend sur le tournage, ce qui a fortement impressionné l’acteur gallois. Le vétéran lui donne même des consignes de jeu pour rendre le film plus réaliste d’après son expérience. Ainsi, il conseille à Hopkins de ne pas courir lorsqu’il se fait tirer dessus, car un soldat anglais marche pour narguer l’ennemi. Le futur Hannibal Lecter fut incapable d’exécuter cette consigne, bien trop effrayé par les détonations. Après
Sarah de
Bryan Forbes,
Anthony Hopkins tourne à nouveau sous la direction
Richard Attenborough pour
Magic en 1978. Dans ce thriller où il joue le rôle d’un ventriloque, il était sensé retrouver aussi
Laurence Olivier avant que celui n’abandonne le tournage à cause d’une maladie. Malgré sa renommée grandissante, il accepte aussi un second rôle dans un téléfilm sur les pèlerins américains. En effet, même lors de ses heures les plus glorieuses, Hopkins continuera à faire des apparitions à la télévision qui l’a fait connaitre.
Les années 80
Anthony Hopkins marque son entrée dans les années 80 avec un rôle culte, celui du Docteur Frederick Treves dans
Elephant Man. Pour ce second long métrage de
David Lynch, il donne la réplique à
John Hurt, qui se glisse dans la peau du difforme John Merrick. S’il ne tient pas le rôle principal, Hopkins impressionne tout de même. Mais avec la gloire vient aussi la déception par moment. Ainsi, la même année, il joue dans, l’oublié depuis,
Changement de saisons de
Richard Lang. Il y joue un mari volage, rôle qui lui faudra une nomination aux Razzie Awards, performance qu’il a failli renouveler pour
Alexandre en 2005 arrivant de peu derrière les nominés. La plupart de la carrière très prolifique d’
Anthony Hopkins dans les années 80 se passe au final sur petit écran, avec un grand succès. L’acteur gallois s’attaque en effet à des rôles d’exceptions, que ce soit avec des personnes réels (Hitler ou le beau-fils et ministre des affaires étrangères de Mussolini) ou des personnages classiques de la littérature (Othello ou Quasimodo). Son parcours au théâtre est tout autant remarqué et récompensé. C’est en 1984 qu’il réapparait sur grand écran grâce à
Le Bounty, remake du classique par
Roger Donaldson qui lui permet d’ajouter un personnage réel à sa panoplie et qui est doté d’un casting impressionnant. On y retrouve en effet
Mel Gibson en tête d’affiche, soutenu notamment par
Daniel Day-Lewis,
Liam Neeson et
Laurence Olivier, pour sa dernière collaboration cinématographique avec son élève. La grosse production ne rencontre toutefois pas le succès public escompté. Malgré ses nombreuses apparitions télévisuelles dans la deuxième partie des années 80,
Anthony Hopkins fait aussi de nombreuses incursions sur grand écran, parmi lesquelles
The good father de
Mike Newell en 1985 ou Desperate hours de
Michael Cimino en 1990. Toutefois la période glorieuse de l’acteur gallois semble passée. De retour en Angleterre où il est nommé Commandeur de l’Ordre de L’Empire Britannique, il se consacre au théâtre et pense finir sa carrière en tournant pour la BBC.
Le choc Hannibal Lecter
C’est alors qu’un rôle vient sortir
Anthony Hopkins de ce destin. En 1986 sort
Le sixième sens, adaptation par
Michael Mann de Dragon rouge de
Thomas Harris où apparaît pour la première fois le personnage du Docteur Hannibal Lecter, joué par
Brian Cox. Après le flop au box-office de sa production, Dino de Laurentiis laisse à Orion Pictures les droits du livre suivant où apparait le serial killer,
Le Silence des Agneaux. Les deux films n’ont rien en commun ni les producteurs, ni le réalisateur, ni les acteurs. Chargé de le diriger,
Jonathan Demme cherche son Hannibal Lecter. Après avoir pensé à
Robert De Niro,
Jack Nicholson,
Robert Duvall ou encore
John Hurt, le réalisateur repense au rôle du Docteur Frederick Treves dans
Elephant Man et décide de confier le rôle à
Anthony Hopkins. L’acteur gallois, comme le reste du casting, se renseigne énormément sur les serials killers et finit par composer en partie les caractéristiques de son personnage à partir de ses recherches. Il prend ainsi à Charles Manson le fait de ne jamais cligner des yeux pendant qu’il parle. Il crée aussi de toute pièce sa voix ou le dialogue où il se moque de l’accent de
Jodie Foster. La prestation d’
Anthony Hopkins est ce qui marque le plus dans le film, qui remporte les cinq principaux Oscars en 1992 (meilleur film, scénario, réalisateur, acteur principal et actrice principale). Le personnage d’Hannibal Lecter devient absolument culte, effaçant parfois le reste du film. Et pourtant, avec
Le Silence des Agneaux,
Anthony Hopkins rentre dans l’histoire comme l’Oscar du meilleur premier rôle le moins présent dans à l’image puisqu’on ne le voit que 16 minutes !
Les années 90
Après sa performance dans
Le Silence des Agneaux,
Anthony Hopkins devient un acteur incontournable qui cherche à se séparer de son image de serial killer. Il reste fidèle à ses principes enchainant les films et les téléfilms, en plus de doubler
Laurence Olivier dans certaines scènes de la restauration de
Spartacus. Après Retour à Howard End de
James Ivory, il joue la même année le professeur Van Helsing dans la grosse production de
Francis Ford Coppola,
Dracula mais tient aussi un plus petit rôle dans
Chaplin, trois films nommés aux Oscars sans pour autant que l’acteur ne récolte aucune nomination. Il obtient une nouvelle statuette dès l’année suivante grâce à Les Vestiges du jour, où il forme à nouveau un couple avec
Emma Thompson sous la caméra de
James Ivory. Il enchaîne ensuite le bon et le moins bon, aux Etats-Unis ou en Angleterre avant de se fixer définitivement sur des grosses productions hollywoodiennes à partir de 1994 et de Légendes d’automne. Il ne sacrifie pas pour autant sa collection de personnages réels. Il joue ainsi
Nixon dans le film d’
Oliver Stone avant de jouer un autre président, John Quincy Adams, dans
Amistad, deux rôles qui lui vaudront des nominations aux Oscars. Lui-même peintre exposé, il se glisse aussi dans la peau de Picasso dans
Surviving Picasso de nouveau sous la caméra de
James Ivory, avec une étonnante ressemblance. Cette année 1996 marque pour la première fois le passage d’
Anthony Hopkins derrière la caméra avec August, un drame passé assez inaperçu qu’il joue, réalise et compose. Il continue ensuite d’œuvrer dans de plus grosses productions pour des résultats mitigés au box-office. Si Le Masque de Zorro, dans lequel il joue le vieux Don Diego de la Vega remplacé par un nouveau Zorro, marche, on ne peut pas en dire autant d’
A couteaux tirés et
Instinct, deux thrillers vendus sur la présence de l’acteur gallois qui montre que, malgré son rôle culte, il est loin d’être bankable. Quatre ans après Légendes d’automne,
Anthony Hopkins retrouve
Brad Pitt pour
Rencontre avec Joe Black, remake du drame fantastique de 1934
Trois jours chez les vivants, qui lui aussi se plante au box-office en plus de recevoir une nomination aux Razzie pour le pire remake. L’acteur finit cette décennie qui l’a vu à son apogée par une note plus étrange avec
Titus, transposition à mi-chemin entre l’époque romaine et notre siècle où il tient le rôle titre. Plus encore que le film en lui-même, c’est le souvenir du tournage qui laisse un souvenir étrange à Hopkins. L’acteur de 62 ans trouve les conditions de travail trop stressantes, lâche un doigt d’honneur à la caméra à la fin de la dernière prise et décide de prendre sa retraite.
Les années 2000
Tout juste affublé de sa nouvelle nationalité américaine, on retrouve
Anthony Hopkins dans les années 2000 mais sous une autre forme d’abord, puisqu’il n’apparaît pas dans ses deux seuls films de l’année. Non crédité dans le rôle du Mission Commander Swanbeck (la voix qui donne les ordres) dans
Mission : Impossible II, il est aussi la voix du narrateur de
Le Grinch de
Ron Howard. Il réendosse alors le costume d’Hannibal Lecter pour
Hannibal. Produit par Dino de Laurentis, le projet fait fuir
Jodie Foster, remplacée par
Julianne Moore, et le réalisateur
Jonathan Demme, à qui succède
Ridley Scott. Malgré un accueil critique mitigé, le film marche bien et permet à de Laurentiis d’enchainer avec la préquelle
Dragon Rouge, qu’il avait déjà adapté sous le nom
Le sixième sens.
Edward Norton, qui cachetonne pour financer
La 25ème heure, reprend le rôle de William Petersen et
Brett Ratner remplace
Michael Mann derrière la caméra. Le film marche moins fort que le précédent opus mais, largement rentable, il permet à Dino de Laurentiis de réfléchir à un quatrième volet. Pour
Anthony Hopkins, c’est décidé, il ne reprendra plus le rôle du serial killer. Reste à l’acteur de retrouver des rôles ainsi intéressants que ce qu’il a pu faire par le passé. C’est au début assez difficile puisqu’Hopkins joue soit dans des films qui passent assez inaperçus soit dans des échecs cuisants (
Bad company). Après un petit rôle dans le décrié
Alexandre d’Oliver Stone, qu’il retrouvait près de dix ans après
Nixon,
Anthony Hopkins semble se concentrer sur de plus petits films, refusant ainsi des rôles dans
Batman begins et
Superman returns après le départ de
Brett Ratner. Il choisit donc des projets plus personnels comme
Burt Munro qui rejoint sa passion pour les voyages en voiture ou
Bobby avec un rôle qui réfléchit sur son âge. Plus étonnant, à 70 ans et 10 ans après August, le gallois a décidé de repasser à la réalisation avec
Slipstream, un film barré entre réalité et délires d’un acteur qui se veut scénariste. Loin de s’arrêter là, l’acteur s’engage sur de nombreux projets parmi lesquels
Beowulf de
Robert Zemeckis,
The Wolfman de
Mark Romanek ou
City of your final destination à nouveau réalisé par
James Ivory.
Rien ne semble donc arrêter Sir Hopkins, acteur anglais par excellence qui restera une grande figure d'Hollywood grâce à ce rôle myhtique d'Hannibal Lecter. Une chose est sûre : sa carrière est loin d’être sur le déclin.