En seulement trois longs-métrages d'animation (mais témoins d'une riche expérience dans le domaine), Brad Bird est devenu une personnalité incontournable du milieu.
Reconnu par ses pairs (deux Oscars au compteur pour
Les Indestructibles et
Ratatouille), plébiscité par le public, le travail de
Brad Bird a littéralement bousculé le monde des images animées qu'il a toujours plus considéré comme un art à part entière que comme un simple genre. Pourtant, il lui fait une infidélité en signant
Mission : Impossible, protocole fantôme, son premier film en prises de vue réelles qui devrait atteindre des sommets au box-office et marque déjà un tournant décisif (et logique) dans sa carrière s'ouvrant sur de nouveaux horizons. Cela méritait bien de faire un petit portrait.
L'oiseau prend son envol
A l'instar d'un Obélix tombant dans la potion magique,
Brad Bird chute dans le monde de l'animation dès son plus jeune âge lors d'une visite des locaux de fabrication de
Walt Disney. Sa décision est prise : il sera réalisateur. Haut de ses 11 ans, le garçon originaire de Kalispell dans le Montana se lance dans la confection de son premier film
Le lièvre et la tortue qu'il achèvera trois ans plus tard avant de se faire remarquer par l'un des animateurs vedettes de la firme aux grandes oreilles, Mitt Khal. Mais avant,
Brad Bird passe par la case université. Son diplôme de la « California Institute of the Arts » en main, il débute en tant qu'animateur chez Disney en compagnie d'un certain
Tim Burton (notamment sur
Rox et Rouky) et ne tarde pas à offrir ses services à d'autres compagnies telle la
20th Century Fox. Nous sommes à l'aube des années 90 et un nouveau dessin animé prometteur voit le jour. Il s'agit des
Simpson de
Matt Groening qui va connaître un triomphe fulgurant à travers toute l'Amérique et le monde entier ensuite. Après avoir réalisé seulement deux épisodes de la série,
Brad Bird accède aux titres de consultant et de producteur exécutif qu'il abordera pendant huit ans. Parallèlement, il œuvre dans les mêmes fonctions sur
Les rois du Texas, mais ce surdoué ayant gravit les échelons un à un n'est pas décidé à en rester là. Prochaine étape : le cinéma.
L'aventure Pixar
C'est la
Warner Bros. qui lui offre l'opportunité de diriger son premier long,
Le géant de fer. Beaucoup plus adulte que la moyenne de la production en 1999, le film évoquant la rencontre d'un garçon et d'un immense robot venu de l'espace sur fond de guerre froide est boudé par les spectateurs alors que la presse est très largement conquise.
Brad Bird le ressent comme un échec personnel. Son ascension pourrait s'arrêter ici mais c'était sans compter sur l'intervention de son ami
John Lasseter, fondateur de l'enseigne Pixar – le département d'animation en image de synthèse de Disney - rencontré sur les bancs de la fac. Ce dernier lui fournit une deuxième chance en prenant la tête du projet
Les indestructibles, histoire d'une famille de super héros vivant dans l'anonymat.
Brad Bird aurait pu se contenter de la jouer docile en s'adaptant aux usages de la société rodée par plusieurs succès mondiaux, or il va bousculer les méthodes de travail préconçues de ses collègues. Et si quelques frictions se font sentir pendant la production, l'association sera bénéfique pour les deux parties. Pixar enrichit son savoir-faire et
Brad Bird fait un carton planétaire dans les salles et chez la critique. Rebelote trois ans plus tard avec
Ratatouille, récit d'un rat d'égout parisien rêvant envers et contre tous de devenir chef cuisinier. Si le sujet semble taillé sur mesure pour
Brad Bird (lui qui a toujours refusé les étiquettes), il s'agit en fait d'un renvoi d'ascenseur du réalisateur qui accepte à un an et demi de la sortie du film de reprendre entièrement le travail de
Jan Pinkava, jugé peu convaincant par
John Lasseter et ses collaborateurs.
Impossible n'est pas Brad Bird
Encore une fois, la carrière de
Brad Bird se voit offrir une voie toute tracée qu'il choisit sciemment d'ignorer pour se lancer dans un nouveau défi : le cinéma traditionnel dont il avait déjà pu tâter à l'occasion de l'épisode «
Family Dog » de l'anthologie produite par
Steven Spielberg,
Histoires fantastiques. Plus facile à dire qu'à faire. En effet, dur de faire entendre raison à Hollywood et ses préjugés économiques qui refuse de débourser les fonds nécessaires pour son évocation du tremblement de terre de San Francisco de 1906. Qu'à cela ne tienne, il est débauché par
Tom Cruise et
J.J. Abrams cherchant à remettre sur pied la franchise ciné
Mission : Impossible. Un choix judicieux ? Après tout, la star est connue pour vampiriser les volontés de ses réalisateurs quand ils ne sont pas en position de force – surtout sur une saga milliardaire. Profitant de la popularité déclinante de l'oncle Tom occupé à satisfaire son aura d'action man en s'exécutant dans des cascades dangereuses,
Brad Bird semble jouir d'une liberté plus accrue que ses prédécesseurs. Liberté qu'il met à profit pour cultiver son goût du film d'espionnage (plus que visible dans
Les Indestructibles) dans un divertissement décomplexé repoussant les limites de la prise de vue réelle. Quoi de plus normal de le voir livrer un véritable cartoon avec des acteurs de chair, lui qui s'était vu reprocher à l'époque des Indestructibles de faire du cinéma live dans un film d'animation !