C'est dans l'un des grands hôtels parisiens proches de la place Vendôme que la presse française avait rendez-vous avec le réalisateur Gore Verbinski et l'actrice Abigail Breslin venus assurer la promotion Rango. L'occasion pour demander au metteur en scène des trois premiers Pirates des caraïbes de nous parler de son expérience dans le cinéma d'animation et bien évidemment d'évoquer avec lui le cas du western.
Rango est-il une hommage ou une parodie du western ? Ou un peu des deux ?
Gore Verbinski : Je dirais qu'il est les deux car il prend la forme d'un film à l'intérieur d'un film lui-même à l'intérieur d'un autre film… Vous avez le chœur de mexicains qui chante l'histoire du héros qui est un acteur et connaissant sûrement Shakespeare, Homère… et
Sergio Leone. C'est donc une parodie mais c'est aussi une approche réflexive sur l'iconographie du genre, ses archétypes… Encore une fois le personnage central est un comédien qui a probablement vu ces films et qui crée un héros basé sur sa connaissance du genre. Donc je répondrai « les deux ».
Le film - qui s'adresse autant aux grands qu'aux petits - est riche en références. Quels ont été les repères pour ne pas aller trop loin dans les clins d'œil ?
G.V : C'est une bonne question… (il réfléchit). Les limites de
Rango se sont construites durant la recherche du style. Il y a du burlesque, du vaudeville, des moments surréalistes et d'autres plus sérieux et tout cela vient de manière intuitive, et non de façon innée. C'est comme lorsque vous faites une soupe : vous changez la recette, vous variez les ingrédients au fur et à mesure selon ce dont elle a besoin. A l'image d'un enfant dont on cherche à connaître ce qu'il veut et si cela ne lui convient pas il le rejette de lui-même. C'est de cette façon que s'est construit le film.
Jusque là le western nous parlait de la quête de l'or ou du pétrole. Aujourd'hui c'est l'eau. Est-ce un signe de la décadence de notre génération ou un message écologique ?
G. V : C'est amusant car l'idée de l'eau nous est venue simplement car nous avions besoin d'une intrigue. Je suis assez des fans de ces westerns postmodernes où les mythes de l'Ouest sont en train de mourir. Dans ceux de Sam Peckinpah, les personnages n'ont plus de raisons d'exister à cause de la venue du chemin de fer ou des autres inventions du progrès. En quelque sorte, le scénario nécessitait une « monnaie » et nous avons choisi celle de l'eau. C'est aussi une référence à Chinatown (de
Roman Polanski ndlr.) qui était basé sur des faits réels survenus en
Californie quand l'eau de Los Angeles a été manipulée par les autorités de la ville, mais il est difficile aujourd'hui de ne pas évoquer le progrès sans discourir sur l'environnement et de son impact sur nous qui sommes un peu comme ces cow-boys perdus, se demandant s'ils doivent prendre en marche le train du progrès. Est ce que nous n'oublions pas de nous demander où ce dernier nous emmène ?
Pourquoi et quand avez-vous eu l'envie de participer à un film d'animation ?
Abigail Breslin : j'avais déjà fait quelques voix par le passé mais jamais pour un film entier. Personnellement, je ne suis pas le genre d'actrice qui dit « Je veux faire ce genre de film maintenant ». Je suis plus intéressé par le scénario ou les personnages et ici les deux me plaisaient ainsi que le casting et le réalisateur et c'est pour toutes ces raisons que j'ai voulu y participer.
G.V : A mon sens l'animation n'est pas étrangère à la plupart des réalisateurs puisque lorsque vous faites un film à l'heure d'aujourd'hui vous vous servez des effets spéciaux digitaux. Je connaissais donc des artistes dans ce domaine et je suis également un fan de l'animation, non pas en tant que technique ou genre mais en tant qu'outil narratif. Voilà pourquoi je me suis dit « essayons quelque chose de nouveau ».
Et justement quel est le travail d'un réalisateur de film « live » sur un film d'animation et quelle est la différence entre faire du doublage et jouer devant la caméra ?
G.V : L'explication la plus simple serait de dire que le cinéma d'animation implique de tout prévoir d'avance, aucun cadeau ne vous est fait car on est obligé de créer le film de A à Z. La procédure est assez longue : il a fallu plus de 3 ans et demi en tout. A peu près un an et demi pour écrire l'histoire, environ vingt jours pour travailler avec les acteurs et un an et demi passé aux côté des gens de chez ILM. Je n'avais donc que ces fameux vingt jours pour travailler de façon intuitive et recevoir la contribution de mes comédiens.
A.B : Ce fut très amusant et très différent de la plupart des autres films d'animation. D'ordinaire vous êtres tout seul dans un studio d'enregistrement avec un micro et un écran devant vous alors qu'ici nous étions tous ensemble dans une pièce et c'était super car nous pouvions réagir aux répliques des uns et des autres comme on peut le faire dans un film traditionnel. C'est beaucoup plus facile de répondre face à quelqu'un plutôt qu'à un écran.
Dans les dessins animés d'aujourd'hui, on a pris l'habitude d'inclure des voix de gens célèbres. C'est le cas dans Rango mais uniquement dans la version originale. Est-ce un choix délibéré ?
G.V : Je ne suis pas impliqué dans ce processus pour l'étranger donc je ne sais pas. Je suis ami avec
Alain Chabat, (il se tourne vers la traductrice) il ne le fait pas ? Non il fait uniquement Shrek… On a fini le film il y a trois semaines donc je ne saurais dire ce qu'il en est pour le casting en-dehors des Etats-Unis.
Pour l'apparition surprenante mais évidente de Clint Eastwood (doublé par Timothy Olyphant, ancien shérif de Deawood ndlr.), il y a-t-il eu des négociations et quelle a été sa réaction au film s'il l'a vu ?
G.V : J'ai très peur qu'il le voie (rires). Pour nous cela a toujours été clair que c'était une parodie. Le personnage de
Rango sait qu'il est dans un genre précis et il nous est apparu logique qu'au moment de sa séquence de rêve après qu'il a traversé la route qui va le mener à sa résurrection, il rencontre l'Homme sans nom. S'il avait été fan d'Elvis Presley cela aurait été lui.
(à
Abigail Breslin)
Quelles raisons précises vous ont poussé à participer au projet ?
A.B : On m'a d'abord envoyé par courrier un croquis du personnage de Priscilla et je suis tout de suite tombée amoureuse donc quand Gore m'a proposé de faire le film cela a été une décision facile et j'ai répondu oui.
Rango aurait-il été le même sans Johnny Depp ?
G. V : Non je n'ai jamais pensé faire ce film sans Johnny qui est lui-même une sorte de caméléon, une énorme star de cinéma mais également un acteur aux multiples facettes. Quand je lui ai expliqué le concept du film qui était un western avec un caméléon en quête d'identité, il a immédiatement accepté de le faire et son seul accord de confiance m'a suffit pour développer le projet sans le soutien du moindre studio. C'est vraiment une personne géniale.
Pour en revenir aux références du western : vous souvenez vous du premier que avez vu et quels sont ceux qui vous ont vraiment marqué ?
G.V : Les premiers que j'ai vus étaient à la télévision même si je ne me souviens pas desquels avec précision mais je garde en mémoire d'avoir regardé en cachette
Il était une fois la révolution de
Sergio Leone. Je devais avoir neuf ans, beaucoup trop jeune pour ce genre de film, mais à l'époque j'avais l'impression de jeter un œil à travers la fenêtre d'un monde interdit. Je pense d'ailleurs être entré dans le western par la porte de derrière ou de façon inversée si vous préférez : j'ai commencé par Leone et puis Peckinpah qui ont examiné la fin du genre. Je n'ai commencé à apprécier
John Ford que bien plus tard.