A l'occasion de la sortie de Captifs le 15 février en DVD et Blu-Ray, son réalisateur Yann Gozlan a accepté de répondre aux questions de Cinéma-France.
- Quelle a été votre envie première en réalisant Captifs ?
Mon envie première a été celle de réaliser un film d'angoisse, classique et le plus efficace possible. La peur au cinéma, le malaise, le suspense, la tension… tout ça ce sont des choses qui m'intéressent. Je trouvais intéressant pour un premier film de se confronter à ce genre de choses qui sont finalement assez basiques et en même temps j'avais envie de rentrer dans un cadre précis, dans une espèce d'exercice de style en essayant de faire un film assez efficace.
- Vous avez tourné avec Zoé Félix, plus connue pour des films populaires. Comment s'est passé la relation avec elle ?
En fait je l'avais vu dans son premier film, elle était toute jeune elle avait à peine 20 ans. Ce film c'est Déjà mort d'Olivier Dahan et son interprétation dedans m'avait interpellé. Elle était très forte, très naturelle… elle a des scènes assez extrêmes, assez compliquées, c'était vraiment pas un rôle facile. J'y voyais un potentiel important et j'avais envie d'elle aussi parce qu'elle a un physique particulier, à savoir qu'elle est très grande, très athlétique et je trouve qu'on ne s'est pas servi de ça dans ses autres apparitions au cinéma. Je voulais quelqu'un qui dégage un mélange de force et de fragilité et effectivement elle correspondait à l'image que j'avais en tête de l'héroïne. Ce que je vais dire va paraître convenu mais c'est vraiment quelqu'un d'adorable. Les rapports avec elle sont extrêmement simples. Elle est très amicale, très impliquée… c'est simple de travailler avec elle !
- On voit déjà avec votre précédent court-métrage que vous êtes très attaché au travail sur le son. Pouvez-vous nous en parler ?
Je savais que j'allais faire un film dans un budget assez restreint et tout devait être cohérent par rapport à ça. Dans le cinéma, le hors champ peut être utilisé à des fins de stress, de tension. Le hors champ passe par le son, qui peut être comme dans Captifs retravaillé avec des réverbérations. Dès le départ dans l'écriture du scénario c'était assez présent. J'ai ensuite été plongé avec une réelle passion dans l'étape du montage son et du mixage. J'aurais juste aimé avoir plus de temps pour travailler tout ça mais j'ai collaboré avec des gens très talentueux qui ont apporté beaucoup de choses. Le son apporte du relief à l'image, je suis très sensible aux ambiances, aux atmosphères dans les films, j'aime beaucoup ça et le son a une vraie force que le spectateur ressent sans forcément l'intellectualiser.
- Le film se déroule beaucoup dans un espace confiné. Cela a dû entraîner une réflexion particulière en termes de rythme et de découpage des scènes ?
J'avais très peur de beaucoup me répéter en termes de découpage, même si le film ne se passe pas entièrement dans les geôles. Mais justement c'est très formateur d'avoir des contraintes. Il fallait créer une évolution sans être rébarbatif. J'avais un vrai souci de sobriété dans le film, je ne voulais pas en rajouter. J'avais envie d'une forme assez classique, de me tenir au maximum au point de vue du personnage de Zoé Félix, qu'on soit vraiment à ses côtés dans la cellule.
- Le film bénéficie d'une belle photographie de Vincent Mathias. Pouvez-vous nous parler de la relation que vous avez eu avec lui ?
J'avais déjà travaillé avec lui sur mon précédent court-métrage, Echo. C'est quelqu'un de très compétent qui travaille vite, et dans notre situation c'était une vraie force. Je crois qu'on partage les mêmes goûts en termes de lumière. On aime le contraste, les choses un peu denses… Sur le découpage on a travaillé en étroite collaboration. Son principal problème c'était qu'il n'avait pas à sa disposition énormément de lumière, ce qui pouvait poser problème pour la partie captivité. Ce que j'aime chez lui c'est qu'il vise toujours la simplicité, c'est ce qu'il y a de plus fort et de plus beau, et ça a marché. Les sources principales de lumière viennent des vasistas ou des néons de lumière de la cellule et c'est tout. Il a éclairé le film avec très peu de choses et on était à la limite de la sous-exposition.
- Pouvez-vous nous parler de vos influences ? Il paraît que Roman Polanski en fait partie.
Roman Polanski est quelqu'un que j'admire. J'aime particulièrement chez lui son sens de l'atmosphère, c'est vraiment un maître ! Il ne tombe jamais dans la surenchère de plans à l'excès, de montage. Il y a chez lui une maîtrise formelle impressionnante, un sens du cadre hors du commun. Après j'avais aussi en tête quelques films de Georges Franju, où il y a une théâtralité que j'aime bien.
- Comment avez-vous vécu la sortie en salles et la performance au box-office du film ?
On sait que ce genre de film est toujours compliqué à sortir en France. J'ai eu une petite sortie mais BAC Films a joué le jeu, j'ai été content du retour de la presse, content que le film aille dans des festivals et remporte des prix. Bien sûr j'aurais aimé qu'il soit beaucoup plus vu mais je savais un peu dès le début que je n'allais pas faire des millions d'entrées avec ce genre de films. Le plus important pour moi c'était de faire le film que j'avais en tête et aujourd'hui d'être à l'aise pour en parler et pouvoir le revendiquer clairement.
- Vous avez obtenu les prix de meilleur film et meilleure actrice au Screamfest de Los Angeles. Qu'est-ce que ça vous fait d'être reconnu à l'étranger et que pensez-vous du fait que le cinéma de genre français est généralement plus reconnu en dehors de son propre pays ?
Le Screamfest est un vrai festival pour aficionados donc c'était sympathique d'y être distingué. Je pense que le film de genre est quelque chose d'assez anglo-saxon, même si les Espagnols ont su montrer de belles choses. En France on a moins cette culture et comme on dit, « nul n'est prophète en son pays ».
- Dans la vague récente de cinéma de genre français, y a-t-il un film que vous avez particulièrement apprécié ?
Il y en a plusieurs que j'ai beaucoup aimés. Je ne suis pas très friand du gore mais plutôt intéressé par le suspense, la tension, la peur, l'angoisse, l'identification aux personnages… la surenchère gore est quelque chose qui me fait sortir d'un film. J'ai été très marqué par Calvaire de Fabrice du Welz, même s'il n'est pas français mais belge. On sent qu'il y a un auteur derrière et il a cette capacité à mettre le spectateur mal à l'aise, et c'est tant mieux ! Dans un autre style, j'ai bien aimé Ils de David Moreau et Xavier Palud, que j'ai trouvé très efficace, très prenant, avec un beau travail sur le son.
- Vous devez être content d'avoir vos deux courts métrages présents sur le dvd.
Oui tout à fait, parce qu'on sait bien que les courts métrages sont projetés tard à la télé ou alors dans des festivals pour initiés. J'ai un attachement particulier pour ces deux films parce que ce sont mes deux premières expériences, celles où j'ai appris et ai pu rencontrer des techniciens avec lesquels j'ai retravaillé sur Captifs. Je trouve bien qu'ils soient sur le dvd parce que ce sont aussi des thrillers d'angoisse comme l'est Captifs, ils sont dans le même esprit même s'ils sont un peu plus psychologiques.