Bien que boudé par la critique lors de son passage au Festival de Cannes 2009 où il joua de malchance (car diffusé le dernier jour de la compétition), et arrivant tardivement dans les salles françaises, Carte des sons de Tokyo a tout de même pu compter sur l'indéfectible soutien de son interprète principal Sergi Lopez venu faire la promotion du film quelques jours avant la sortie nationale. Cinéma-France est donc allé à la rencontre de l'acteur (des plus sympathiques) pour une interview qui s'est déroulée dans des conditions un peu rock n' roll.
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Comment êtes-vous arrivé sur ce projet ?
Isabel Coixet, la réalisatrice habite au nord de Barcelone, moi dans le sud et ce jour là je suis arrivé en voiture (rires). J'avais un rendez-vous avec elle car elle voulait me proposer un scénario qu'elle avait écrit en pensant à moi (ce qui est pas toujours bien parce que cela rajoute une pression). Un truc qui se passait au Japon et en anglais, avec une équipe à moitié japonaise et catalane. L'idée était super mais je me suis dit que si j'acceptais tout de suite ce serait pour de mauvaises raisons. J'ai donc d'abord lu le scénario et j'en ai trouvé des bonnes. Au-delà du fait qu'elle l'ait écrit pour moi, il y a l'histoire qui ne ressemble à rien d'autre. J'aime de plus en plus les choses qui ne ressemblent à rien. Je trouve qu'il y a tellement de choses que tu lis et que tu vois venir où tu sens que les choses sont formatées. Dans les comédies romantiques, on te raconte l'histoire d'un couple qui se déteste et tu vois bien qu'ils vont finir par s'aimer (il soupire d'ennui).
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Malgré le deuil qui est celui de votre personnage David au début du film, celui-ci n'apparaît pas forcément comme sympathique car il semble utiliser les sentiments sincères de Ryu (Rinko Kikuchi) pour noyer son chagrin.
C'est marrant parce qu'on me le répète souvent alors que je trouve plutôt qu'ils se servent mutuellement l'un de l'autre. Quelque part, David lui dit clairement qu'il ne pense pas à elle quand ils font l'amour, mais à sa copine, et je crois que c'est ça qui fait que Ryu se comporte ainsi avec lui. Cette nana elle refuse l'amour, elle tue des gens, elle mange des ramen toute seule… alors le fait que quelqu'un lui dise que leur relation n'est pas sentimentale, cela lui donne un alibi. Ils se ressemblent beaucoup, tous les personnages du film sont très seuls, presque désespérés.
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Carte des sons de Tokyo offre un point de vue européen sur la capitale japonaise sans tomber dans les clichés touristiques. D'ailleurs il semble s'en moquer lors d'une conversation entre David et son employé qui lui dit franchement ce qu'il pense sur sa petite amie suicidée, au risque de « briser la discrétion légendaire des japonais ».
Je suis d'accord. Il y a eu d'autres films du même genre (
Lost in Translation…) mais je les trouve plus axés sur la différence ou sur ce qui nous sépare nous occidentaux des japonais, alors qu'Isabel nous dit « je ne suis pas catalane, je suis japonaise ». Elle est complètement fascinée par le Japon et je crois que c'est cet amour et cet humour aussi qui font toute la différence.
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Pour rester sur la question des clichés, quels étaient ceux que aviez du Japon avant de tourner là-bas ? Lesquels se sont confirmés ou infirmés ?
Je n'avais que des clichés en tête et ils se sont tous confirmés (rires). J'avais des images comme les sushis, les sumos, les arts martiaux, les kimonos… mais ce qui m'a surpris c'est qu'en fait tout ceci n'est pas juste formel. Il y a une forme de respect tout le temps, les gens ne se regardent pas dans les yeux mais ça ne veut pas dire la même chose que chez nous. Il y a aussi un truc que je ne savais pas, c'est qu'ils sont plus silencieux : tu vas dans une rue où il y a mille japonais, tu mets quatre marseillais et ils font le double de bruit (rires). C'est super étonnant. Tu prends les rues de Tokyo où il y a énormément de personnes, tu sens la présence de la masse qui évolue mais si tu fermes les yeux la quantité de bruit n'est pas proportionnelle. Pendant la semaine de tournage, je n'ai jamais entendu quelqu'un crier. Pas une seule fois. C'est choquant pour quelqu'un qui vient de Barcelone.
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Justement en parlant de bruit, le film a une dimension très sonore, très sensorielle, voire charnelle. Cette ambiance, cette atmosphère se sentait-elle déjà au moment des prises de vues ?
Le film est sensoriel ou sensuel parce qu'Isabel est comme ça aussi : manger, boire, partager, se retrouver entre amis, s'embrasser (le plus possible). J'ai beaucoup de mal à séparer l'idée que j'ai de Tokyo avec tout ce qui entoure le film, Rinko (Kikuchi sa partenaire ndlr.) et Isabel. Je dis Rinko et Isabel car en plus de répéter et de tourner on allait se promener ensemble, dîner en-dehors des heures de travail. Quand je regarde le film, j'ai l'impression de voir un documentaire – où Isabel n'est pas à l'écran. Mais c'est vrai que cela a été une expérience très sensuelle et sensorielle.
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L'hôtel dans lequel votre personnage et celui de Rinko Kikuchi se retrouvent est assez particulier. Existe-t-il vraiment ?
Il y a beaucoup d'hôtels de ce genre à Tokyo avec des chambres surréalistes… un truc que tu ne peux même pas imaginer ! Des chambres que tu loues pour 3 ou 9 heures avec des murs et le plafond tout en fourrure, en marbre ou fait de néons fluorescents, avec des lits qui tournent, des accessoires… En l'occurrence, celle qu'il y a dans le film a été inventée par Isabel qui l'a fait construire un peu plus large afin de s'offrir des possibilités avec la caméra. Donc elle n'existe pas réellement mais il en existe… et des pires (rires).
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Comment se passe le travail avec Isabel Coixet ? Est-elle attachée aux textes qu'elle a écrit ou vous laisse-t-elle de la marge ?
Déjà c'est quelqu'un qui écrit très bien. Quand c'est comme ça, il y a moins de doutes, peu de choses à rajouter, tu le lis et ça passe, c'est plus facile à jouer. C'est une personne qui écrit très bien mais qui ne va pas être jaloux de son texte. Tu peux tout à fait lui proposer des choses. Si elle est d'accord avec tes propositions elle accepte, bien qu'elle soit très précise. Par exemple dans les scènes d'amour, elle rédige pleins de trucs qui ne sont pas des dialogues. D'habitude ce genre de scènes ne sont jamais décrites et on est souvent dans la merde (rires). C'est juste marqué : « ils font l'amour ». Ah bon ? Comment ? Je ne sais pas. Bah moi non plus.