2010 c'est fini, mais avant de se consacrer pleinement à 2011 et sa cinématographie pleine de belles promesses, l'équipe de Cinéma-France se devait de faire un ultime petit tour d'horizon des films qui l'ont marquée tout le long de l'année. Comme tous les ans, les réacteurs et rédactrices du site ont prouvé le grand éclectisme qui anime leurs goûts et leurs préférences en matière de cinéma. En résultent des choix souvent bien tranchés, parfois identiques, quelquefois complémentaires, voir en totale contradiction d'une liste à une à une autre. De ce fait, il n'a pas été toujours simple d'assurer une vue d'ensemble entièrement respectueuse de la rédaction toute entière mais nous pensons tout de même à être parvenus à un résultat équitable. Voici donc nos lauréats :
1)
The Social Network de
David Fincher
Joli doublé pour
David Fincher qui - après
Benjamin Button l'année dernière -squatte de nouveau la première place du podium avec son évocation de la naissance du phénomène Facebook. C'est avec cet ouvrage à la fois sobre et d'une grande modernité, que la rédaction s'est retrouvée le plus et a d'un commun accord cliqué sur « j'aime ».
2)
Inception de
Christopher Nolan
On reproche souvent aux rédacteurs de CF de ne pas aimer les blockbusters américains. C'est vrai !... quand ils ne sont que des machines à fric dénuées d'originalité et de talents, se contentant d'appliquer des recettes prémâchées et lénifiantes pour endormir la vigilance du plus grand nombre. Soit tout le contraire du labyrinthe cérébral de
Christopher Nolan dont la virtuosité technique au service de l'intelligence fut l'une des meilleures preuves de respect faites aux spectateurs en 2010.
3)
Agora d'Alejandro Amenabar
Bien que boudé par le public et passablement ignoré par une large partie de la critique française, le dernier-né du prodigue espagnol Alejandro Aménabar a complètement séduit la « CF Team » qui lui attribue la dernière marche du podium. Comment ne pas succomber au combat d'esprit et de pensée de la sublime
Rachel Weisz face à un chaos religieux qui n'est pas sans rappeler le triste état de notre monde ? Une véritable réinvention du péplum de laquelle vous n'avez désormais plus aucune excuse pour passer à côté.
4)
Toy Story 3 de
Lee Unkrich
Pixar a le regard toujours tourné vers l'infini (et bien au-delà) avec ce troisième opus des aventures de Woody, Buzz l ‘éclair et tous leurs amis qui envoie au tapis les deux (excellents) précédents opus avec une facilité, une inventivité et une émotion démultipliée frisant l'indécence. Et ne parlons même pas de sa supériorité face à la concurrence battue à plate couture rien que par le court-métrage
Jour & Nuit (un chef-d'œuvre d'humanisme) qui offrait la plus belle mise en bouche possible.
5)
Kick-Ass de
Matthew Vaughn
Malheureusement pour
Edgar Wright et son
Scott Pilgrim, c'est
Kick-Ass qui a eu la préférence d'une (très) grande majorité des rédacteurs. Il faut dire que ce vrai-faux détournement des films de super héros par le doué
Matthew Vaughn possède quelques fracassants atouts dans son costume : un humour irrévérencieux, une star revenue au top (
Nicolas Cage), deux révélations débordantes (
Aaron Johnson,
Chloe Moretz), des scènes cultes tous les quarts d'heure et de l'action trépidante à gogo. En résumé,
Kick-Ass nous a botté le derrière et on en redemande !
6)
A Single Man de
Tom Ford
Sans doute le meilleur premier long-métrage de l'année, signé par un ancien couturier qui a parfaitement compris que le cinéma ce n'est pas seulement de belles images, un esthétisme léché, une lumière parfaite… c'est surtout une émotion à fleur de peau qui déborde de deux comédiens de talents. Classe et bouleversant à la fois.
7)
Buried de Rodrigo Cortès
Enterrer le spectateur dans un cercueil pendant une heure et demie sans jamais l'en sortir : c'est le pari fou que s'est donné Rodrigo Cortès, quasi sombre inconnu qui s'est imposé partout dans le monde avec cette expérience cauchemardesque, véritable thriller en boîte dont l'impitoyable suspense ne vous lâche pas une seule seconde.
8)
The Ghost Writer de
Roman Polanski
Comme nombre de journalistes français, Cinéma-France regarde
Roman Polanski avant tout comme un cinéaste inestimable. Et peu importent ses démêlées judiciaires. Ce que nous jugeons c'est son travail et de ce point de vue-là, le réalisateur est revenu en très grande forme avec ce thriller paranoïaque cumulant toutes les qualités du genre et offrant un curieux parallèle avec l'affaire médiatique qui fit son actualité récente. Comme quoi, l'homme public n'est jamais vraiment très loin de l'artiste.
9)
Mr. Nobody de
Jaco van Dormael
Chef-d'œuvre structurel ou véritable fourre-tout bordélique ? Et si le dernier
Jaco van Dormael était un peu des deux ? Quoi qu'il en soit, certains de l'équipe ont estimé que ce voyage spatio-temporel dans les limbes de la causalité et des probabilités existentielles devait retenir toute notre attention. Car derrière sa construction complexe, Mr Nobody divulgue une multitudes de sentiments et un message aussi simple à dire que dur à faire passer : « carpe diem ».
10)
Green Zone de
Paul Greengrass
Au diable les réticents chroniques à la shaky-cam, Cinéma-France dit que ce n'est pas le procédé technique qui est en cause mais bel et bien la façon de l'utiliser. Pour preuve, le dernier pamphlet anti-guerre de
Paul Greengrass qui use de la caméra portée à l'épaule comme aucun autre, nous propulsant organiquement dans cet explosif film d'action doublé d'une violente charge politique contre le gouvernement américain du temps de l'invasion irakienne. La collaboration Greengrass/
Matt Damon a encore fait des merveilles.
11)
Invictus de
Clint Eastwood
Si
Gran Torino n'est pas arrivé à se frayer une place de choix dans le top 2009,
Invictus, lui, transforme l'essai. A croire que notre équipe dans sa globalité se soit montrée plus réceptive à la puissance humaniste de Nelson Mandela qu'à la rédemption sacrificielle de Mr Eastwood. On peut en douter mais cela n'enlève rien à ce biopic sportif mené de main de maître.
12)
Lovely Bones de
Peter Jackson
Bien que certains d'entre nous ne soient pas fans de cette adaptation controversée du roman d'Alice Sebold (qui n'égale pas le chef d'œuvre Créatures Célestes du même
Peter Jackson),
Lovely Bones est arrivé à se frayer une place confortable dans ce top. Il faut croire que derrière certains traits naïfs (voire niais), nous sommes capables d'être remués par ce drame noir sur fond de fantastique. Pour faire bonne figure, on retentera l'expérience pour voir si elle méritait vraiment d'être vécue.
13)
Fantastic Mr. Fox de
Wes Anderson
Quand
Wes Anderson s'essaye au cinéma d'animation ce n'est pas pour faire autre chose que du
Wes Anderson. Cela tombe bien puisque cette adaptation du livre de Roald Dahl avec des marionnettes animées image par image semble être le format rêvé pour exprimer toute la poésie de la folie douce au travers d'une comédie familiale qui saura toucher aussi bien les petits que les grands. Et quel casting vocal !
14)
Le Guerrier silencieux de
Nicolas Winding Refn /
Dragons de
Chris Sanders et Den Deblois
A la dernière place de ce top, deux films ex-æquo qui
a priori n'ont rien à voir l'un avec l'autre et qui pourtant sont liés par un infime fil (c'est beau le hasard). Après tout il y est question de viking(s) entreprenant une quête vers l'inconnu qui va bouleverser leur perception du monde. A chacun de voir maintenant si on préfère la dureté mystique et expérimentale proposée par
Nicolas Winding Refn ou bien celle plus familiale et traditionnelle orchestrée par
DreamWorks Animation.
Meilleur réalisateur :
1)
David Fincher (
The Social Network)
2)
Christopher Nolan (
Inception)
3)
Alejandro Amenabar (
Agora)
4)
Roman Polanski (
The Ghost Writer)
5) Rodrigo Cortès (
Buried)
Comme pour le classement général,
David Fincher tient en échec
Christopher Nolan qui doit encore se contenter de la seconde place. Même topo pour Alejandro Aménabar venant juste derrière mais devant la mise en scène ciselée de
Roman Polanski et le tour de force technique de Rodrigo Cortès, qui semble avoir beaucoup plus impressionné la rédaction que celle de Gaspard Noé pour
Enter the Void qui n'aura pas le droit d'être cité dans ce classement.
Meilleure actrice dans un 1er rôle :
1)
Rachel Weisz (
Agora)
2)
Julianne Moore (
A Single Man)
3)
Olivia Williams (
The Ghost Writer)
4) Yoon Jungh-hee (
Poetry)
5)
Carey Mulligan (
Une éducation)
Pilier central d'
Agora,
Rachel Weisz s'est imposée sans grande difficulté avec son incarnation de l'astronome Hypatie devant la toujours impeccable
Julianne Moore qui nous bluffe à chaque fois. Plus inattendue est la présence d'
Olivia Williams pour le
Roman Polanski battant de peu la pimpante grand-mère du tragique
Poetry (à noter que sa compatriote coréenne Kim Hie-ja (
Mother) l'a suit deux places derrières). Enfin, la révélation féminine de l'année
Carey Mulligan s'impose sur la dernière marche.
Meilleur acteur dans un 1er rôle :
1)
Casey Affleck (
The Killer Inside Me)
2)
Colin Firth (
A Single Man)
3)
Leonardo DiCaprio (
Inception/
Shutter Island)
4)
Madds Mikkelsen (
Le Guerrier silencieux)
5)
Nicolas Cage (
Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans)
Si parmi les actrices c'est le féminisme qui gagne, chez les hommes la misogynie triomphe puisque c'est
Casey Affleck dans son costume de shérif brutal dans
The Killer Inside Me qui remporte le plus d'adhésion. Vient ensuite
Colin Firth qui supplante de peu
Leonardo DiCaprio et ses deux rôles quasi jumeaux de
Shutter Island et
Inception. On ne pouvait passer sous silence la prestation muette de l'incroyable
Madds Mikkelsen, tout comme il nous semblait obligé de saluer le retour triomphal de
Nicolas Cage, irrésistible dans la peau du Bad Lieutenant selon
Werner Herzog.
Meilleur actrice dans un second rôle :
1)
Chloe Moretz (
Kick-Ass)
2)
Delphine Chaneac (
Splice)
3)
Lesley Manville (
Another Year)
4)
Miss Ming (
Mammuth)
Comme les malheureux membres de la mafia impuissants devant la force enfantine de Hit-Girl, aucune comédienne n'a pu faire grand-chose contre la jeunette
Chloe Moretz qui connaît un véritable plébiscite de la rédaction. C'est derrière mais de façon éloignée que la française
Delphine Chaneac s'impose grâce à son rôle de créature hybride dans
Splice de
Vincenzo Natali. Si le dernier
Mike Leigh n'a pas trouvé l'affection de l'ensemble des rédacteurs, il en va tout autrement pour
Lesley Manville décrochant une troisième place bien méritée. Pour conclure (le reste de la sélection était trop diffuse pour être citée),
Miss Ming grappille les dernières adhésions collectives.
Meilleur acteur dans un 2nd rôle :
1)
Andrew Garfield (
The Social Network)
2)
Michael Lonsdale (
Des hommes et des dieux)
3)
Oscar Isaac (
Agora,
Robin des Bois)
Encore moins d'élus chez la gent masculine comptant seulement trois candidats capables de se distinguer du lot. D'abord le futur Spider-Man qui n'aura pas attendu de tisser sa toile pour retenir notre attention. Lui aussi n'a plus rien à prouver à personne (et ce depuis très longtemps) :
Michael Lonsdale a irradié par sa candeur le film humble de
Xavier Beauvois. En dernier vient l'un de ses partenaires d'
Agora,
Oscar Isaac, cité autant pour sa prestation dans le film d'
Alejandro Amenabar que pour celle du Prince Jean dans le
Robin des Bois de
Ridley Scott.
Meilleur scénario :
1)
Inception (
Christopher Nolan)
2)
The Social Network (
Aaron Sorkin)
3)
The Ghost Writer (
Roman Polanski/
Robert Harris)
Rien que de la pièce d'orfèvre dans cette catégorie des scénarii où l'excellence narrative se trouvait aussi bien dans des concepts complètements originaux (
Inception qui doit malgré tout beaucoup au cinéma du regretté
Satoshi Kon), qu'à des matériaux d'origine soigneusement et malicieusement adaptés avec (
The Ghost Writer) ou sans (
The Social Network) l'aide de l'auteur.
Meilleur Bande Originale :
1)
Inception (
Hans Zimmer)
2)
When You're Strange (
The Doors)
3)
Agora (
Dario Marianelli)
4)
The Social Network (
Trent Reznor)
5)
Soul Kitchen
On peut reprocher bien des choses à la touche
Hans Zimmer mais pas son efficacité qui se répercute une fois encore sur le score vrombissant d'
Inception trouvant un écho plus que favorable au sein de notre équipe. Qui dit un documentaire sur les Doors (
When You're Strange), dit forcément un best-of imparable d'un son bien spécifique du rock des années 70 et la preuve évidente du génie de
Jim Morrison qui ne connaît pas de fin. Inspirés le sont tout autant les envolées lyriques (divines ?) de
Dario Marianelli pour
Agora et les premiers pas au cinéma de
Trent Reznor (membre de
Nine Inch Nails). En guise de dessert, Cinéma-France a choisi de swinguer sur la compil de tubes soul et funk de
Soul Kitchen de
Fatih Akin.
Meilleure direction artistique :
1)
Agora
2)
Le Guerrier silencieux
3)
Mr. Nobody
4)
Lovely Bones
5)
A Single Man
Attentes 2011 :
1)
Black Swan de
Darren Aronofsky
2)
True Grit de
Joel Coen
3)
Sucker Punch de
Zack Snyder
4)
Tron L'héritage de
Joseph Kosinski
5)
Somewhere de
Sofia Coppola
6)
Tree of Life de
Terrence Malick
7)
Les Aventures de Tintin – Le Secret de la Licorne de
Steven Spielberg
8)
Thor de
Kenneth Branagh
9)
Arrietty le petit monde des chapardeurs de
Hiromasa Yonebayashi
10)
Detective Dee and the Mystery of the Phantom Flame de
Tsui Hark
Quand il s'agit de juger sur pièce un Aronofsky, les rédacteurs de CF ne sont pas toujours d'accord mais quand il est question d'en attendre monts et merveilles alors là c'est avec une unanimité sans condition qu'ils évoluent tous dans le même sens. On pourrait presque en dire autant du moindre des films des frères
Coen ou d'un
Zack Snyder qui bien qu'il n'ait pas convaincu tout le monde avec
Watchmen – Les Gardiens ou
Le Royaume de Ga'Hoole - la légende des gardiens, sait susciter le désir. Son
Sucker Punch sentant bon la curiosité cinématographique, nous l'avons logé directement en troisième position loin devant
Tron L'héritage, le dernier
Sofia Coppola provoquant l'intérêt de ceux qui ne l'ont pas encore vu, le
Terrence Malick présent pour la troisième année consécutive dans nos attentes qui devraient être définitivement comblées (en bien ou en mal) lors du Festival de Cannes. Pour le reste, notons qu'une partie d'entre nous se dit que le héros d'Hergé traité par
Steven Spielberg doit forcément constituer l'un des évènements de l'année, tout comme la prochaine production de
Ghibli et le dernier
Tsui Hark, absent des écrans français depuis
Seven Swords. A noter également qu'entre
The Green Hornet,
Green Lantern et autres adaptations de supers héros, Cinéma-France préfère attendre la lecture shakespearienne du dieu
Thor par
Kenneth Branagh. C'est notre choix et crénom de Zeus on l'assume pleinement !
Voilà qui est fait, il ne reste plus qu'à espérer que cette année sera encore meilleure que la précédente (sinon plus). Bons films, bons dvd, bons blu-ray, bons festivals, bref bonne année 2011 !