C'est à quelques jours de la sortie française du nouveau DreamWorks Animation, Megamind, que l'équipe du film est venue le défendre devant la presse. Le grand manitou du studio Jeffrey Katzenberg a même fait le déplacement pour venir à la rescousse du réalisateur Tom McGrath, de l'acteur Will Ferrell et des deux voix françaises Kad Merad et Géraldine Nakache. A moins que se ne soit le contraire.
Quel est votre film d'animation préféré pour chacun ?
Will Ferrell : Il n'y avait pas tant de dessin animés quand j'étais jeune il y a 15, 20, 25 ans donc je ne saurais dire si j'ai un préféré, (le réalisateur
Tom McGrath lui souffle Pinocchio)… oh oui Pinochio, définitivement Pinocchio. D'ailleurs ce film est beaucoup basé dessus (rires).
Tom McGrath : C'est difficile de faire un tel choix… Si je devais choisir celui qui m'a influencé pour
Megamind ce serait le Superman de Max Fleisher qui fut le premier super héros animé. Nous avons regardé ces anciens films pour justement créer
Megamind.
Jeffrey Katzenberg : En fait mon préféré c'est vraiment Pinocchio (rires). Je crois que c'est probablement l'un des plus merveilleux films de Disney et il y a peut-être là, la perfection absolue. Ce mélange d'une belle histoire, d'une aventure extraordinaire, d'une technologie à l'époque totalement révolutionnaire (qui n'a probablement pas été surpassée depuis) et bien sûr cette extraordinaire musique. A mes yeux, c'est certainement le chef-d'œuvre de Disney.
Géraldine Nakache : Pinocchio (rires). Non, honnêtement pour moi c'est certainement Aladin et Le Roi Lion. Je rêvais d'être Simba.
Kad Merad : Moi je crois que c'est les Barbapapa. Même encore aujourd'hui, je continue de les regarder. Après bien évidemment il y a les grands Disney comme les Aristochats peut-être, pour la musique.
De plus en plus dans les productions pour la jeunesse, le héros est en fait le méchant. C'est un signe des temps, ou bien le prince charmant est trop niais ?
Jeffrey Katzenberg : Je ne pense pas qu'il y ait beaucoup de films où cela soit le cas. C'est justement l'une des particularités de notre film, qui le rend unique. Les films d'animation brassent beaucoup d'histoires fabuleuses qui le sont grâce au méchant. Avoir un grand vilain est essentiel au développement du récit mais je ne crois pas avoir vu de film qui le transformait en héros. Je suis curieux de savoir à quoi vous faites référence.
Moi, moche et méchant.
J.K : C'est l'autre exemple en effet (rires).
T.M : C'est ce qui m'a d'ailleurs intéressé dans le projet lorsque Jeffrey me l'a proposé. J'étais juste en train de finir
Madagascar 2 et j'espérais partir en vacances mais quand j'ai vu qu'on me donnait l'occasion de faire du méchant le centre du film, je n'ai pas pu résister.
Moi, moche et méchant est tout à fait charmant mais
Megamind va beaucoup plus loin dans le sens où le personnage connaît une transformation vraiment complète : il est d'abord méchant puis en découvrant la bonté qu'il a en lui, l'amour et les choses qu'il est amené à faire, il devient quelqu'un de bien.
A
Kad Merad.
Cela donne quoi de jouer un méchant ?
K.M : C'est pas un méchant « méchant », pour moi c'est un méchant ridicule qui me donnait l'occasion de jouer pour la première fois un personnage qui me ressemble : c'est à dire ridicule, qui en fait des caisses, exubérant, qui doit être attachant à la fin. C'est ce que m'a dit Géraldine tout à l'heure… j'espère qu'elle ne m'a pas menti. C'est un grand plaisir pour moi car j'avais déjà eu des expériences de doublage mais c'était des animaux et j'avais pris moins de plaisir à le faire. Là c'est un humain déjà… j'avais l'impression que c'était moi, pour dire la vérité. Et puis j'avais
Will Ferrell comme modèle, pour lequel j'ai une grande admiration. Il ne le sait pas parce que lui ne me connaît pas mais moi je le connais, vous pouvez d'ailleurs lui dire que j'ai fait hier un record d'audience à la télé (14,4 millions de téléspectateurs sur
TF1 lors de la première diffusion de
Bienvenue chez les Ch'tis) ça fait toujours classe. J'ai donc une grande admiration pour lui. Quand on fait du doublage des films américains on s'inspire beaucoup de la voix originale en essayant d'y apporter un peu sa personnalité quand même, mais on doit suivre les traces laissées par Will. C'était extraordinaire de passer après lui et le personnage est génial. Il est plein d'événements, je veux dire qu'il passe du rire au touchant. Il joue au méchant tout le temps, c'est jubilatoire…
Comment met-on en scène des voix et comment devient-on les voix de personnages de dessin animés ?
G.N : pour nous c'est pas tellement la même chose que pour les voix américaines puisque nous on doit marcher dans les traces d'un dessin qui a été fait à partir d'une voix. Quand on m'a appelé et qu'on m'a dit
Tina Fey j'ai d'abord pleuré, puis j'y suis allé pour faire des essais et quand on m'a dit que c'était moi j'ai pleuré de nouveau. Après on m'a dit les noms de
Will Ferrell, Kad Mérad… beaucoup de larmes donc. Et ensuite l'idée c'était de se dire « comment être fidèle à ce qui a été fait ? » et « comment faire aussi bien ? ». C'est un exercice passionnant et très délicat (c'était ma première fois en plus) mais qui reste passionnant. En tout cas, ça le devient vraiment lorsque l'on voit le résultat à l'écran. Parce qu'évidemment on fait ça seul dans une chambre noire, on nous frappe le soir et tout… Non, non c'est vraiment un exercice très particulier.
T.M : Tout part du dessin du personnage qu'on affichait sur un mur en écoutant les voix de différents acteurs parmi les plus grands, jusqu'à ce qu'on trouve la voix qui soit juste. Mais ce qui est important pour nous c'était que les comédiens choisis s'approprient vraiment le dialogue, qu'ils fassent leur ce qu'il y avait d'écrit sur la page. Il y a beaucoup eu d'improvisations de Will et Tina et c'est un vrai travail de collaboration. Même si je n'ai pas eu la chance de pouvoir travailler avec Géraldine et Kad, je sais qu'ils se sont eux aussi emparés des personnages, ont trouvé l'esprit du film et se sont en quelque sorte appropriés ces voix. Ce n'est pas seulement de l'imitation. Je suis sûr qu'ils ont donné une véritable identité au film et je les en remercie.
A
Will Ferrell.
Qu'est ce que cela vous fait d'être l'ennemi de Metro Man et de sa voix française Brad Pitt ?
W.F : Comme vous le savez tous, il existe une rivalité de longue date entre moi et
Brad Pitt (rires). Grâce à ce film nous avons pu débattre et nous battre pour enfin savoir qui a gagné.
J.K : C'est toi d'ailleurs qui a présenté
Angelina Jolie à Brad.
W.F : Oui c'est moi. J'ai tout arrangé.
Quel a été le défi technique de Megamind pour DreamWorks et quels sont leurs futurs projets ?
T.M : Je vais vous donner la raison qui fait que j'aime travailler chez DreamWorks : c'est parce que Jeffrey nous donne toujours les meilleurs outils, les plus modernes, les plus performants. C'est donc un lieu de travail extraordinaire. Je vous donne juste un exemple : il y a huit ans (ce qui n'est pas beaucoup en définitive), au moment de réaliser
Madagascar qui se passait à New York, eh bien on ne pouvait pas reproduire la ville. On a donc dû créer une miniature et s'en servir… huit ans plus tard, non seulement on a pu construire une ville avec tous les détails mais grâce à de nouveaux logiciels on a pu également la détruire. Avec DreamWorks, il y a toujours ce mariage entre la technologie et l'imaginaire.
J.K : Parmi les prochains films que nous sortirons l'année prochaine, il y aura la suite de
Kung Fu Panda. Le second,
Puss in Boots qui sera un original, tournera autour du personnage du Chat Potté avant qu'il n'entre dans le monde de Shrek. Il y aura des images incroyables, de nouveaux défis technologiques mais vous savez la 3D aujourd'hui est en train d'évoluer de manière phénoménale et à deux niveaux. D'abord grâce à la qualité des outils que nous possédons, mais également au savoir-faire qui est très important pour utiliser cette technologie. A DreamWorks, nous avons déjà une expérience née à partir des quatre-cinq films faits directement en 3D, on peut donc dire que nous avons un réservoir de savoir-faire que nous avons transmis de metteur en scène en metteur en scène et qui nous permet de faire des films qui sont visuellement extraordinaires. En tout cas, je vous promets que nos deux prochaines productions vont vous étonner énormément.
A
Will Ferrell.
Avec la mort de l'acteur Leslie Nielsen (le héros comique des Y a-t-il un flic… est décédé la vieille de la conférence, ndlr.) vous sentez-vous son successeur ?
W.F : Bien évidemment sa mort nous a tous attristés, on en a d'ailleurs discuté aujourd'hui. On se rappelait Y a-t-il un pilote dans l'avion ? qui à l'époque avait brisé les règles de la comédie et qui nous montrait qu'on pouvait aborder le genre d'une manière nouvelle. En tant que supposé successeur, non, ce n'est pas du tout ainsi que je me vois. J'examine mon propre travail à la lumière de mes propres expériences. En aucun cas, je ne me comparerai pas à lui.
Pourquoi DreamWorks ne crée-t-il pas sa propre musique ?
J.K : Le musical est bien sûr une tradition du cinéma d'animation comme l'a prouvé récemment
Raiponce mais avec DreamWorks nous essayons de creuser notre propre sillon, de faire quelque chose qui soit différent des autres, des musicals de Broadway. Il est très difficile de trouver une façon fluide d'insérer des personnages qui se mettent à chanter. En ce moment, nous avons réuni un petit groupe qui réfléchit à l'idée de faire un film d'animation qui soit dans le style de Bollywood. Avec des personnes comme Steven Schwartz qui a notamment collaboré sur Le Prince d'Egypte, nous envisageons d'emprunter des éléments du « Ramayana » (court récit mythologique indien et écrit fondamental de l'hindouisme, ndlr.) de manière contemporaine. Nous désirons marier de la façon la plus originale possible la culture occidentale et orientale.
Quelle a été la scène de Megamind la plus difficile à doubler?
G.N : Pour moi c'est la première séquence où je parle. Parce que c'était la première fois et qu'on l'a fait dans l'ordre et mon personnage n'est pas à l'écran et je suis en mode journaliste : « C'est une belle journée… ». Je l'ai fais 178 fois je pense. Je débarquais, je ne savais pas comment cela se passait et je trouvais ça très compliqué. Du coup, ça m'a vachement aidé à rentrer dans le personnage.
K.M : Tout était très difficile. Il y a jamais de relâche, de scène facile parce qu'au moment où vous êtes dans le personnage vous essayez d'y rester le plus longtemps. Il faut avoir une vigilance permanente. Les scènes les plus particulières c'est peut-être celles de combat, par exemple où il faut crier, il faut faire croire qu'on vole. Ce n'est pas facile à faire quand vous êtes devant un micro. Mais sinon c'est assez difficile… j'aime pas trop ce mot, c'est plutôt du plaisir mais il faut être vigilant tout le temps et encore une fois, Will était là pour nous ramener (enfin en ce qui me concerne) à la raison.
W.F : Pour moi, les scènes les plus faciles furent logiquement celles qui étaient dans un registre comique auquel je suis habitué. Les plus difficiles furent celles qui étaient davantage émotionnelles et c'est là qu'avec Tom nous avons travaillé le plus afin d'obtenir la tonalité juste. Il y avait donc quelque chose de très subtil.
Megamind va-t-il devenir une franchise comme les Shrek ? Une suite est-elle déjà en route ?
J.K : La décision appartient au public. Aux Etats-Unis, le film a été un énorme succès, tout comme dans les pays où il est sorti. Je crois qu'on en saura plus dans les quatre à six prochaines semaines où tous les résultats de l'international donneront leur réponse. Mais pour tout vous dire, Tom a depuis un moment une idée très précise quant au prochain chapitre de la vie de
Megamind (en signe d'approbation
Tom McGrath sort une feuille de sa poche et la montre à l'assistance) et si tout se passe bien je suis sûr qu'on verra cela sur écran.
A Jeffrey Katzenberg
. Pensez-vous qu'il existe une rivalité entre vous et John Lasseter comme elle existe entre Megamind et Metro Man ?
J.K : Non (rires). Je ne sais pas si vous le savez mais il y a vingt ans nous avons collaboré ensemble, après avoir vu ses premiers films que je trouvais superbe. A l'époque je l'avais invité à rejoindre Disney, deux ans avant que je ne quitte cette société. Je trouve qu'il fait un travail extraordinaire et qu'il représente de la plus belle façon qui soit ce qu'est l'animation chez Disney aujourd'hui. Avec DreamWorks, il n'y a pas de rivalité au sens propre : on s'admire mutuellement, on se lance des défis, on s'inspire les uns les autres. Je ne sais pas si vous avez remarqué que nous ne sortons jamais nos films en même temps. Dernièrement on pouvait voir aussi bien Shrek que
Toy Story quelque soit le pays. Bien sûr, on essaye d'être les meilleurs, dans ce sens-là il y a compétition mais elle est amicale et je dois dire que quand j'ai découvert
Moi, moche et méchant j'ai trouvé ça très malin tout comme j'ai été enchanté de voir que c'était des artistes français qui avaient participé au projet. Pendant six ans, Shrek 2 a été le numéro 1 mondial dans l'animation, aujourd'hui
Toy Story 3 a pris le relais mais je ne suis pas sûr qu'ils conservent la couronne aussi longtemps (rires).