[Rencontre] Roschdy Zem et Fred Cavayé évoquent A bout portant
A l'occasion d'une rencontre, Fred Cavayé, réalisateur, et Roschdy Zem se sont livrés au jeu des questions / réponses dans le cadre de la promotion d'A bout portant, le thriller sortant en salles le 1er décembre.
- Sartet, joué par Roschdy Zem, c'est le nom de l'un des personnages incarné par Alain Delon dans Le Clan des Siciliens, est-ce un clin d'œil ?
Fred Cavayé : Oui, je rêvais de tourner avec le samouraï (en rapport avec la participation de Delon au film de Melville, ndlr), et voilà, Roschdy c'est un peu mon samouraï à moi ! Ca fait parti de mes influences. Au départ le personnage n'avait pas ce nom-là et un jour je me suis dit « je vais l'appeler comme ça » alors j'ai remplacé le nom dans le script, le personnage s'est appelé Sartet et ça collait parfaitement donc j'ai voulu garder le nom et j'ai demandé l'autorisation à Alain Delon qui a gentiment accepté.
Roschdy Zem : Une chose aussi, c'est qu'il y a une ressemblance frappante entre Alain Delon et moi ! (rires)
- (à Roschdy Zem) Comment avez-vous appréhendé le rôle de Sartet ?
La première fois que Fred m'a contacté c'était pour le rôle de Samuel, tenu par Gilles Lellouche. Il m'a raconté son film, il avait déjà son scénario en tête et il me voyait dans le rôle de l'infirmier. Dans ma tête je me disais qu'il fallait absolument que je le convainque de faire l'autre rôle, celui de Sartet, qui était déjà distribué, prévu pour un autre acteur. Les choses se sont faites naturellement, l'autre acteur s'est désisté et j'ai dit à Fred que c'est Sartet qui m'intéressait. En plus je trouve que c'est super difficile ce que Gilles fait, il incarne un personnage qui subit pendant une heure et demie et je trouve qu'il le fait admirablement bien et très honnêtement je ne sais pas le faire. Je fantasmais sur le rôle de Sartet parce que j'aimais bien son côté sombre, violent mais avec en même temps des règles, assez droit avec un code d'honneur. Ce sont des rôles pour lequel on est rarement sollicité dans le cinéma français, il n'y en a pas beaucoup des films comme ça dans le cinéma français.
« Je voulais vraiment faire un film qui était un tour de grand huit et que le spectateur le ressente physiquement »
- On voit des courses poursuites à Paris, dans le métro, en Gare du Nord, comment ça s'est passé ? Parce qu'en Gare du Nord il y a un TGV qui arrive toutes les 10 minutes et donc beaucoup de gens qui montent et descendent…
F.C.: C'est toujours difficile de tourner dans ce genre de décors parce que ce ne sont pas des décors de cinéma, ce n'est pas fait pour ça. Il faut aller vite, redoubler d'ingéniosité et être efficace, parce que dans le métro vous tournez de 1h à 5h du matin, et pas une minute plus. Donc voilà il faut toujours être en tension, mais dans le bon sens du terme. C'est-à-dire que l'équipe était au diapason de ce qu'est le film, il fallait aller vite pour tourner ce film comme les comédiens doivent aller vite pour sauver leur peau. C'est payant au final, dans le genre « course urbaine » je préférais avoir une course-poursuite à pied plutôt qu'en voiture parce que ça a été beaucoup fait. Je préfère me mettre à hauteur d'homme, que le spectateur puisse s'identifier vraiment aux personnages, qu'il s'attache à cet infirmier qui court pour sauver sa femme plutôt que de faire de grosses cascades en voiture à la James Bond, même si je suis ultra fan de James Bond.
R.Z.: Pour préciser, les passages qu'on voit dans les gares sont tournés en caméra cachées, ce qui fait que les figurants sont en fait de vrais passagers, qui ne savent pas qu'un film se tourne à ce moment-là donc quand ils nous voient courir ça les surprend, et quand ils voient les autres derrière avec une arme à la main il a fallu quelques fois donner des explications.
F.C.: D'ailleurs il y avait des situations qui étaient assez drôles comme cette scène où les deux policiers, après avoir perdu Gilles Lellouche, sortent de la gare une arme à la main, et à chaque prise il y avait quelqu'un qui se pointait pour leur dire « il est parti là-bas ! ». Donc quand vous verrez le film en DVD, vous pourrez faire arrêt sur image et voir que je fais le montage entre le moment où une dame s'approche d'un policier et le moment où elle repart.
- On est donc vraiment à cheval entre la réalité et la fiction !
F.C.: Je voulais vraiment faire un film qui était un tour de grand huit et que le spectateur le ressente physiquement et croie au personnage. Quand je dis que Roschdy est un gangster de cinéma, après c'est de la « réalité + 1 » c'est-à-dire qu'on peut se référer à des gangsters qu'on a déjà vus mais en même temps il ne faut pas que ça soit totalement irréaliste.
« Je m'autorise à tricher un peu avec la réalité si ça ne fait pas sortir le spectateur du film, s'il ne se dit pas un quart d'heure après « mais comment il a fait ? » »
- Sartet se remet quand même facilement de sa percussion avec une moto au début du film non ?
F.C.: Certes mais c'est Roschdy Zem et il est de constitution très solide !
R.Z.: Et si je ne me relève pas il n'y a pas de film !
F.C. : Ca rejoint ce que je disais quand je parlais de « réalité + 1 » donc je m'autorise à tricher un peu avec la réalité !
R.Z.: Bon on a refait la scène une dizaine de fois parce qu'il n'était jamais content de ma chute, le motard commençait un peu à fatiguer !
F.C. : Et à la fin Roschdy exigeait qu'on enlève le matelas pour plus de réalisme, et pourtant il est bien toujours là !.... Non pour être un peu sérieux je m'autorise à tricher un peu avec la réalité si ça ne fait pas sortir le spectateur du film, s'il ne se dit pas un quart d'heure après « mais comment il a fait ? ».
- Comme la scène de panique dans le commissariat, c'est un peu surréaliste mais en même temps innovant !
F.C. : Oui, ce sont des choses que l'on n'est pas habitué à voir dans le cinéma français !
R.Z. : En même temps, depuis qu'on sait qu'on peut détourner des avions sur des tours on peut tout imaginer ! On aurait fait ça avant 2001 on nous aurait dit que ce n'était pas possible, mais maintenant quand on voit ce dont sont capables les gens qui sont dans le grand banditisme ou le terrorisme c'est impressionnant !
- Les rôles sont très physiques dans le film !
F.C. : Heureusement que les deux acteurs principaux ont mouillé le maillot à ce point ! Moi en terme de mise en scène je voulais faire un film quasiment interactif, où le spectateur est à la place des personnages, donc si les acteurs me demandaient à chaque fois d'être doublés je ne pouvais pas réaliser mon film. On a été au bout et on a même un peu dépassé des fois ce qui était possible physiquement, en flirtant souvent avec l'accident. Mais c'est pour avoir ce résultat-là à l'image, c'est-à-dire cette impression d'être avec eux.
« C'est dur de faire ce genre de film en France car on a toujours peur que le spectateur se dise qu'on est pas capable de se mettre au niveau des Américains et du coup hésite à aller le voir »
C'est un acteur que j'apprécie beaucoup, donc quand Fred m'a dit que c'était lui qui allait incarner Samuel j'étais ravi parce que je trouvais que c'était l'acteur idéal dans ce rôle. Parce que malgré son statut de victime il a quelque chose de très physique, de très masculin et qu'il fallait garder ce côté viril pour le rôle. Il a le rôle le plus difficile du film. Son rôle est plus dur que le mien. Moi je dois donner une certaine couleur, celle du type sombre, sûr de lui qui ne panique jamais. Et lui il doit jouer tout le temps la panique ! C'est le personnage auquel le spectateur doit s'identifier le plus facilement. Jouer ce rôle d'homme ordinaire dans une histoire extraordinaire, c'est difficile. Il faut beaucoup de subtilité et on peut très vite tomber dans le cliché.
Au départ j'avais donc pensé à Roschdy Zem pour le rôle de Samuel. Il a préféré faire le rôle de Sartet et j'ai donc cherché qui pouvait incarner ce « Monsieur tout le monde ». Lorsque j'avais fait Pour elle j'avais imaginé le rôle principal à 35 et 45 ans, et s'il avait eu 35 ans j'aurais choisi Gilles Lellouche, donc le choix s'est imposé de lui-même ici.
Aller voir Gérard Lanvin et lui proposer un 3ème rôle c'est une chance énorme qu'il accepte ! Surtout pour jouer un rôle de méchant. C'est la première fois qu'il tient un rôle de méchant et il a dit une chose très drôle dans le dossier de presse : « Je n'avais jamais joué d'enculé mais dire non ça aurait été être un con, et comme je préfère être un enculé qu'un con j'ai dit oui ! ». S'il est venu sur le film c'est en grande partie parce qu'il avait très envie de jouer avec Gilles et Roschdy. Il y a quelque chose de l'ordre du passage de flambeau et de la filiation car on fait partie du même monde sauf que nous, on le regardait à la télévision quand on était jeune.
- Pourquoi avoir choisi un tel titre ?
Disons que j'ai fait un premier film qui s'appelait Pour elle et que les gens qui ne l'ont pas vu me demandent toujours si c'est vraiment un thriller alors je me suis dit que pour le deuxième film je devais appeler un chat un chat et prendre un titre qui est vraiment un titre de thriller. Une des productrices a trouvé que le titre « claquait » bien et comme je voulais un film qui va vite tout le temps et qui claque je me suis dit que c'était le bon titre. C'est dur de faire ce genre de film en France car on a toujours peur que le spectateur se dise qu'on est pas capable de se mettre au niveau des Américains et du coup hésite à aller le voir.