[Interview] Liane Foly, la voix française de Boogie
A l'occasion de la sortie du film d'animation argentin Boogie, dans lequel elle prête sa voix au personnage principal, Liane Foly nous a reçus pour parler du métrage de Gustavo Cova en salles dès le 17 novembre, et de ses choix de carrière. Entretien avec une chanteuse, imitatrice, comédienne et présentatrice au planning chargé..
- Avant d'être approchée par la production du film de Gustavo Cova, connaissiez-vous l'univers satirique et violent du dessinateur Roberto Fontanarrosa, créateur du personnage machiste et sadique, Boogie ?
Pas du tout. C'était vraiment une découverte pour moi. Je ne suis pas très BD en général mais, par contre, tout ce qui touche à l'animation me plait davantage. Petite fille, je lisais beaucoup de livres comme les Lili, Aggie, la série des Martine mais en grandissant c'est vraiment l'animation qui me branchait. Là, quand on m'a proposé de faire ce rôle et que j'ai découvert ce personnage incroyable qu'est Boogie, j'ai trouvé ça génial.
- Quel est le détonateur qui a poussé les producteurs à faire appel à vous ?
Je pense que ça allait dans l'esprit loufoque du film parce qu'en fait le personnage de Boogie est complètement dingue, sans sentiments, il tire sur tout ce qui bouge… Dans le métier, les gens commencent à me connaître pour faire des créations de voix. J'ai fait, il n'y a pas longtemps, celle de la sorcière pour Disney dans La Princesse et la grenouille et ils savent que j'aime m'amuser avec ma voix et ce qui leur plaisait beaucoup c'était de faire jouer ce personnage un peu dur par une femme. Du coup, c'est impressionnant car j'ai vraiment transformé ma voix pour coller à ce personnage un peu bébête qui a une case en moins et qui n'a pas l'eau à tous les étages. (rires)
« On se rend vite compte qu'il s'agit d'une grosse farce à prendre au quatrième ou cinquième degré. »
- Et vous, qu'est-ce qui vous a motivé pour doubler le personnage de Boogie ?
Le fait que le film soit si drôle et si incroyable puis l'exercice surtout car vocalement, c'est très intéressant. C'est un vrai travail d'acteur que de créer une voix, de la colorer pour en faire un véritable personnage de fiction. Le fait qu'il soit en 3D m'a motivée aussi. Puis, je me suis dit que ce personnage sans pitié, qui égorge tout le monde, qui tue les chiens qui aboient trop fort, allait beaucoup plaire aux ados.
- Le personnage de Boogie n'a rien à voir avec vous et est à l'opposé de votre image, particulièrement celle de chanteuse de jazz et de variétés. Quelle a été votre approche pour trouver la voix de Boogie ?
J'ai essayé plusieurs choses. Au départ, je me suis dit qu'il devait avoir un peu la voix de Rambo mais si c'était ce que les producteurs recherchaient, ils auraient pris un homme. Donc, il fallait trouver quelque chose de plus intéressant. Je l'ai fait parler avec une voix médium-aigüe mélangée avec des graves, une voix très chargée, monocorde puisqu'il ne ressent pas d'émotions. Je me suis vraiment éclatée à faire cette voix d'ailleurs.
- Quelles ont été vos premières impressions après avoir vu le film et que pensez-vous de sa violence de bande dessinée ?
Au générique, j'ai été un peu choquée, vous savez, quand il raconte, en voix off, qu'il a fait le Laos et différentes guerres. Puis, j'ai vite compris que tout cela était pour rire et je me suis vite attachée à Boogie, ce personnage plein de défauts qui est pourtant attendrissant sans qu'on sache vraiment pourquoi. J'ai donc eu un petit coup de cœur pour lui, comme lorsque Disney m'a appelée et que j'ai vu, pour la première fois, Mama Odie à l'écran. Je me suis dit « j'aime cette femme » et, aujourd'hui, j'ai beaucoup de tendresse pour Boogie. Il fait partie de moi.
- Et la violence ?
Je me suis d'abord demandé quelles étaient les valeurs que revendiquait le film à travers les propos de Boogie. Mais on se rend vite compte qu'il s'agit d'une grosse farce à prendre au quatrième ou cinquième degré. Je n'aurais jamais défendu des notions de haine et de violence. Bien au contraire. Je pense aussi que si on m'a pris pour faire la voix de Boogie, c'est un petit clin d'œil pour rassurer les spectateurs et leur faire comprendre que toute cette violence est finalement très fun.
- Quelles ont été les principales différences entre le doublage de Mama Odie et celui de Boogie ?
Ca n'avait rien à voir puisque Mama Odie avait déjà une tessiture de voix haute en couleurs, beaucoup plus fatigante à faire en studio. Il faut savoir que créer une voix différente de la sienne est un exercice qui, en soit, demande beaucoup d'énergie. Mama Odie avait une patate, une pêche, une puissance malgré ses 127 ans je crois alors que Boogie, c'est tout le contraire. Il a une voix calme et posée et se contente de sortir son flingue quand quelque chose ne lui plait pas. Il est une sorte de mélange entre Rambo, Indiana Jones et Terminator.
« Boogie est un film qui fait voyager et tous ces litres de sang balancés sur l'écran, c'est vraiment très drôle. »
- Ceux qui vous connaissent en tant que chanteuse savent que votre voix est sublime. Comment vivez-vous le fait qu'aujourd'hui, on fasse davantage appel à vous pour une autre discipline que le chant ?
Ce n'est pas que j'ai mis la chanson de coté sinon j'aurais carrément changé de métier. J'adore les brocantes, j'aurais pu être brocanteur mais je fais ce que la vie m'apporte et surtout ce qui me plait. A un moment donné, j'ai beaucoup travaillé parce que j'ai enchainé les albums, les tournées puis la chanson est devenue un domaine un peu restreint parce que j'avais envie de faire d'autres choses ; en particulier de la comédie, ce que je faisais déjà lors de mes passages télé ou chez les Enfoirés. Mais tout s'est déclenché lors de la création de « La Folle parenthèse ». Je me suis dit que si je ne le faisais pas maintenant, dans quelques années il serait trop tard et je me suis lancée dans le one-woman show en mélangeant chansons et imitations. On s'est alors aperçu que je maitrisais le coté scénique et c'est pour ça que le doublage, le cinéma, la télévision (Liane Foly a présenté une émission en direct sur TF1 qui a connu un fort succès d'audience ndlr) font aujourd'hui appel à moi et je suis beaucoup plus heureuse dans cette mixité d'activités qui ont en commun le travail de la voix.
- La chanson, ce n'est donc pas fini ?
Pas du tout. Il y a deux ans, j'ai sorti un album composé par Art Mengo, « Le Goût du désir » et je dois dire que le goût du désir s'est un peu perdu puisque contrairement à mon souhait, ma maison de disques n'a pas voulu attendre la fin de la tournée pour sortir l'album. Ils voyaient d'un très mauvais œil que je concilie la chanson au one-woman show avec « La Folle parenthèse » et c'est la raison pour laquelle nous nous sommes séparés. De ce coté là, je n'ai pas de regret mais la sortie de ce disque a été bâclée et ça je l'ai beaucoup regretté car si on avait attendu la fin de ma tournée, j'aurais pu défendre ce très bel album comme il l'aurait mérité et j'aurais même pu partir sur les routes avec. Mais ça, c'est la faute de la Warner ! (Elle hue son ancienne maison de disques).
- En quelques années, vous avez donc promené votre spectacle « La Folle parenthèse » durant deux ans et demi, on vient de vous voir à la télévision dans un épisode de « Joséphine, ange gardien », au cinéma dans Ces amours-là de Claude Lelouch et vous avez sorti votre treizième album. Comment expliquez-vous cet éclectisme ?
L'éclectisme, c'est une question d'éducation car j'avais des parents très américains dans leur tête et ils ont élevé leur trois enfants avec pour soucis que nous ne nous ennuyions jamais. On a fait de la musique, du dessin, de la danse, du sport et on sortait beaucoup. On avait une vie culturelle assez riche. Moi, j'adorais ça. Je faisais un peu de théâtre et, avant de rentrer dans l'orchestre de mon père, j'ai toujours su que je voulais faire du spectacle. Mélanger les genres comme je le fais aujourd'hui, c'était mon rêve de petite fille. Denise Glaser, Oprah Winfrey étaient des exemples pour moi tout comme l'étaient Shirley MacLaine, Julie Andrews ou encore Line Renaud ou Annie Cordy qui sont, elles aussi, de beaux exemples d'éclectisme.
- Quel est le projet dont vous rêvez et que vous n'avez pas encore réalisés ?
Les projets que je n'ai pas encore réalisés, c'est jouer dans une comédie musicale et faire du théâtre. Là, je vais repartir en tournée avec « La Folle part en cure », le second one-woman show et après, j'espère réussir mon virage et interpréter la comédie musicale que je suis en train d'écrire.
- Pour en revenir à Boogie, que diriez-vous aux lecteurs de Cinema-France pour leur donner envie d'aller voir le film qui sort le 17 novembre ?
Je leur dirais qu'ils vont passer un moment extra parce qu'ils vont vraiment se marrer. Il faut y aller en ne pensant à rien. Boogie est un film qui fait voyager et tous ces litres de sang balancés sur l'écran, c'est vraiment très drôle. Je pense que les 25/50 ans aussi devraient aimer.
- Le mot de la fin ?
Continuez à espérer, à faire de belles choses dans la vie et œuvrer dans la paix pour ne pas finir comme Boogie. Les journalistes posent toujours des questions hallucinantes et, une fois, on m'a demandé ce que j'aurais fait si je n'avais pas été chanteuse. Pour plaisanter, j'ai répondu « nettoyeur comme Léon ». Ben voilà, Boogie, c'est un nettoyeur comme le Léon de Luc Besson. Je crois qu'il va beaucoup lui plaire, à Luc Besson, Boogie ! (rires)