La nouvelle création originale évènement de Canal+ débute le 4 octobre ; découvrez notre critique en avant-première.
Coutumier du fait, Canal+ range sa pudeur au placard et nous offre avec
Maison Close une série française comme on n'en a jamais vu, repoussant alors les limites tenues jusqu'ici par la controversée série d'
Olivier Marchal :
Braquo. La première saison comporte 8 épisodes de 52 minutes, un format traditionnel pour la chaine cryptée et ce n'est pas plus mal, car même si l'on aurait aimé voir un format de 42min adopté par la production, la série n'en perd toutefois pas son rythme (et son charme).
Maison Close raconte les aventures, si l'on ose les décrire ainsi, d'un bordel parisien dans les années 1870. Après la défaite des Allemands et la fin du règne de Napoléon III, Paris est une ville en piteux état. Les quelques endroits de bon plaisir se font rares – qui plus est ceux où les filles sont bien traitées. Entre dirigeants politiques, militaires et artistes en herbe, Le Paradis est un lieu où il fait bon vivre… en apparence. Car derrière les grands murs servant d'ultime frontière à cette forteresse du sexe se cachent en fait de sombres destinées…
Car
Maison Close cherche avant tout à nous montrer l'envers du décor de ce bordel. Derrière ses robes de grands couturiers et ses repas endiablés se cache finalement un tout autre monde où règnent sexe et dépendance et surtout, trahisons et meurtres. La série nous fait suivre les destins de trois jeunes femmes très différentes. La première : Hortense, qui détient Le Paradis d'une main de fer, ancienne prostituée de luxe, et qui est surtout folle amoureuse de la reine des lieux : Vera. Cette femme qui commence à accuser son âge est la star du bordel et pourtant, elle veut partir, partir pour rejoindre son futur mari, un comte riche qui saura bien la traiter. Et pour terminer, nous avons Rose, une jeune fille qui vient retrouver sa mère à Paris et qui se fait alors embarquer dans cette aventure loin d'être des plus reluisantes, qui va l'amener à dépasser ses limites et ses peurs.
Les deux premiers épisodes, loin d'être avares en surprises, restent toutefois ancrés dans une immobilité certaine, ce qui permet au téléspectateur de mieux comprendre la psychologie du trio féminin. La suite se révélant bien plus intéressante, on ne regrettera toutefois jamais cette prise de risque de la part des scénaristes tant l'ambiance y est unique en son genre. Largement mis en avant, le concept de l'enfermement ne prend de l'ampleur qu'en milieu de série avec des filles à la fois libres d'aller et venir dans les rues parisiennes, mais condamnées à errer sans but dans ces dernières sous peine de voir la prison les enfermer à jamais.
Maison Close offre aussi son lot de références historiques mêlées au destin des protagonistes que l'on va croiser. Ainsi, la terrible Commune est largement mise en avant et l'univers décalé du bordel prend une tout autre forme une fois que l'on commence à voir plus loin que ce petit quartier malfamé. Un travail exemplaire a été fait pour retranscrire une époque peu détaillée dans les livres d'histoires.
Et pour sa première saison, la série s'offre également un casting de qualité et pas forcément connu du grand public. On retiendra par exemple
Valérie Karsenti en cheftaine de joie qui fait des miracles dans chaque scène où elle apparait, tandis qu'
Anne Charrier surprend, bien aidée par un personnage qui lui va à ravir. Le budget alloué à
Maison Close est conséquent et ça se voit à l'écran avec des décors d'une rare qualité, des intrigues qui vont toujours plus loin et une reproduction de l'ambiance parisienne d'époque à couper le souffle. On reste loin de ce qu'a fait HBO sur des séries comme
The Pacific ou
Boardwalk Empire, mais l'on s'en approche très fortement.
Comme prévu, Maison Close est une série comme on en voit peu dans le paysage télévisuel français. Canal+ s'affirme une fois de plus comme la chaîne des créations originales après le choc Carlos. Une surprise à saluer et à réclamer chaque lundi dès 20h50 à partir du 4 octobre.