Pour fêter dignement la sortie des Trois Royaumes en version longue, Cinéma-France a répertorié quelques batailles cultes du cinéma.
L'arrivée en dvd et Blu-Ray de la version intégrale de Les Trois Royaumes de John Woo et ses batailles surdimensionnées nous a donné envie de nous replonger dans les plus grands affrontements que le cinéma ait pu nous offrir au gré des superproductions délivrant ces moments de bravoures chargés d'adrénaline, de passion guerrière et d'émotions vives. Ces instants qui vous donnent envie d'aller dans une salle obscure pour s'en prendre plein les yeux et vivre de vrais instants de cinéma. Voici donc la liste des dix séquences que nous avons jugées comme les meilleures, les plus grandes, les plus mémorables, les plus virtuoses… en résumé celles qui nous ont profondément marqués.
Pour anticiper les éventuelles questions ou les oppositions que suscitera inévitablement cette compil' forcément subjective et non exhaustive, il nous est apparu important (nécessaire ?) de vous expliquer nos critères de sélection. Pour coller au mieux avec le chef-d'œuvre épique du réalisateur de Volte/Face, nous avons décidé de nous concentrer exclusivement sur les batailles terrestres qui mettent en opposition deux ou plusieurs clans bien distincts, ainsi que d'écarter les œuvres entretenant une trop forte connotation avec le film de guerre moderne. Voilà pourquoi il ne sera pas fait mention du débarquement en Normandie d'Il Faut Sauver le soldat Ryan ou des assauts spatiaux de Star Wars… En espérant que vous nous pardonnerez ce filtrage et prendrez autant plaisir à vous remémorer les passages évoqués ci-dessous que nous avons eu à le faire. A l'attaque !
Vivier presque inépuisable de séquences épiques en tous genres, on peut dire que le dernier opus de la trilogie de J.R.R. Tolkien par Peter Jackson est un moment de bravoure à lui tout seul duquel il est apparemment difficile de sélectionner un épisode particulier dans le siège de Minas Thirith s'étendant sur plusieurs bobines. Et pourtant, il est une scène clé qui est profondément restée gravée dans la conscience collective : la charge des Rohirrim. Qui n'aura pas tremblé d'émotion devant le splendide discours du roi Théoden avant d'exalter la fibre guerrière de ses soldats par ce « A mort ! A mort ! A mort !». L'action n'a pas encore démarrée mais l'excitation est à son comble, ne reste plus alors au réalisateur qu'à lâcher sa horde de cavaliers sur une marée noire d'orques littéralement transpercée par une vague de cuir et de fer, tout comme le spectateur est renversé d'une émotion intense grâce à l'envolée homérique d'Howard Shore. Beau à en pleurer !
2) L'ultime attaque (Zulu Dawn, 1979) – La bataille d'Isandhlwana
La suite du déjà fameux Zoulou mérite à plus d'un titre de figurer dans ce top car cette reconstitution de la défaite de l'armée britannique par les zoulous en 1879 contient les éléments nécessaires d'une bataille réussie : pas de musique opératique ici, ni de plans d'ensemble pris d'un hélicoptère ou de déferlante d'effets spéciaux, juste une gestion de l'espace et un montage d'une précision rare qui permettent à Douglas Hickox de ne jamais perdre le fil conducteur entre les différents points de vue représentés, de nous faire saisir les évènements stratégiques ayant conduit au massacre des envahisseurs anglais (l'œuvre est un sacré pamphlet anticolonialiste), tout en prenant part directement à l'affrontement entre deux puissances que tout oppose (modernité occidentale contre l'aspect primitif des natifs). Et puis voir 30 000 figurants de chair et de sang faire mouvement (technologie de l'époque oblige), cela à tout de même un autre impact qu'une flopée d'avatars numériques, non ?
3) Braveheart (1996) – La bataille de Stirling
Au même titre que la scène de débarquement d'Il faut donner le soldat Ryan a donné le ton aux films de guerre suivants, la première épopée guerrière de Mel Gibson aura fortement et durablement influencé ses congénères. Depuis 1995, on compte peu de titres (oublions les escarmouches des Narnia et autres films d'héroic fantasy sages et consensuels) qui ne se seront pas calqués sur une approche similaire qui fut celle adoptée par Braveheart : c'est à dire de mettre l'accent sur la brutalité et la barbarie des combats. Eh oui, les grands conflits de l'Histoire ne se sont pas fait avec délicatesse et courtoisie. L'interprète du rebelle William Wallace est bien décidé à nous expliquer que la guerre c'est avant tout de la fureur, du sang et des larmes. Enfin surtout du sang giclant de tous les côtés au détour d'un membre sectionné, d'une artère tranchée, d'une flèche transperçant de part en part un malheureux quidam. Bref l'unique mot d'ordre admis est « Pas de quartiers ! ».
4) Les Sept samouraïs (The Seven Samurai, 1954) – Le combat sous la pluie
Œuvre séminale du 7ème art qui contribuera grandement à la reconnaissance du cinéma japonais à l'étranger (après Rashômon du même Akira Kurosawa), Les Sept samouraïs doit presque autant sa popularité à l'universalité de son histoire maintes et maintes fois reprise telle quelle (son remake américain Les Sept Mercenaires par exemple) ou constituée des mêmes bases (la trilogie d'Eiichi Kudo, etc), qu'à son avant-dernière séquence quasi « remakée » dans Le Treizième Guerrier (voir plus bas) : la mise à mort des brigands ayant assiégé le village de paysans ardemment défendu par la bande de rônins du titre sous une pluie battante. Entre mise en valeur de l'héroïsme (on pourrait presque dire que Kurosawa a inventé la pose iconique) et force tranquille humaniste, Les Sept samouraïs conserve encore toute sa vigueur face aux nombreuses copies qui suivirent.
5) Conan le barbare (Conan the Barbarian, 1981) – Battle of the Mounds
Assurément, la relecture nietzschéenne du héros de Robert E Howard par John Milius ne contient pas la plus immense des batailles qu'il soit permis de voir sur grand écran, encore moins dans cette sélection ayant pour optique d'en condenser les plus amples et vertigineuses. Mais si l'affrontement final entre Arnold Schwarzenegger, ses deux compagnons et tout juste une dizaine de sbires de Thulsa Doom ne possède pas le faste de ses consœurs, indéniablement il en partage l'emphase et le souffle. Un élément lui permet de rivaliser: le score magistral de Basil Poledouris qui confère à Conan le barbare une aura éminemment opératique digne des Carmina Burana. Peu importe alors que les chorégraphies soient aujourd'hui chiches, que les effets spéciaux tendent à devenir un peu ringards (c'est un fait, le film vieillit et pas toujours pour le meilleur), la beauté du cinémascope, le magnétisme de sa vedette et la splendeur de la bande-son continuent de provoquer une indéfectible sensation de grandeur, à l'égal de celle de Crôm !
Citer une seconde fois Le Seigneur des Anneaux peut paraître excessif mais comment ne pas discourir sur le point culminant de ce second chapitre, l'un des plus mémorables sièges de l'Histoire du cinéma, moment culte par avance mille fois rêvé, mille fois comblé par la vision gigantesque de Peter Jackson prêt à tous les défis : construire en dur le gouffre de Helm et toute sa fortification, solliciter la participation de tout un stade afin d'enregistrer le son de l'armée de Saroumane, braillant dans un même fracas de métal et d'intimidation propre à pétrifier de peur n'importe quel brave. Le grand mérite de cette scène est aussi de nous avoir fait découvrir pour la première fois les possibilités du logiciel « Massive » (créé spécialement pour le film) et sa démultiplication numérique des figurants ayant ouvert une sacrée brèche dans la voie de la démesure. Les Deux Tours n'est peut-être qu'un amuse-gueule au Retour du Roi mais on en ressort le ventre plein de satisfaction.
Beaucoup de spectateurs n'auront pas caché leur contrariété face à l'extrême courte durée de l'affrontement entre les Germains et les soldats de Maximus (Russell Crowe) dans l'introduction de Gladiator, rachitique et doublée d'un montage foutraque (heureusement que la partition d'Hanz Zimmer est là) qui heureusement ne sera pas la dominante du reste du péplum de Ridley Scott, mais laisse un petit arrière goût d'inachevé. Il est évident que l'un des plus grands esthètes du cinéma contemporain se devait un jour de signer une œuvre guerrière garant d'un gigantisme dantesque. En 2005, Kingdom of Heaven (à voir uniquement dans sa version « director's cut ») est venue combler nos attentes. Des accrochages entre civilisations en veux-tu en voilà dans cette épopée médiévale culminant dans un siège de Jérusalem débutant par un catapultage massif des fortifications de la ville sainte, avant un déchainement d'assauts dans lesquels interviennent des milliers d'archers et fantassins, des tourelles etc… Au total, 45 minutes de grand spectacle qui n'oublie absolument aucune des fondamentales de l'exercice. Au pire reprochera-t-on au héros Ballian de ne posséder que le charisme du lisse Orlando Bloom. Sauf qu'on se souvient encore de sa transparence dans le Troie de Wolfgang Petersen, à plusieurs années lumière de son honorable prestation ici.
Vingt-huit ans après Le Château de l'araignée, Akira Kurosawa rempilait avec succès dans la fresque guerrière inspirée d'une tragédie de Shakespeare. Transposition du Roi Lear dans le Japon du XVIème siècle, Ran est une œuvre sur le chaos s'exprimant ici dans les guerres intestines auxquelles vont se livrer trois frères pour la domination du royaume de leur vieux père. Parce qu'on ne peut réaliser un film sur le vide en ne proposant rien à observer, Kurosawa choisit d'adopter un style graphique des plus maîtrisés, d'un contrôle absolu qui ne laisse aucun plan ou mouvement au hasard. En résulte une peinture vivante d'une extraordinaire beauté traçant avec précision l'horreur de la guerre et la folie humaine. D'abord dans l'incendie d'une forteresse aux accents d'apocalypse (dont les images cauchemardesques d'empilements de cadavres furent inspirés par les propres souvenirs que le réalisateur a de l'après-guerre), puis dans une bataille sur une plaine verdoyante où les cavalcades des armées identifiables par les couleurs vives de leur fanons lui confère les allures d'une danse tragique. Saisissant.
Restons encore un peu avec Kurosawa sans qui Le Treizième guerrier ne serait sans doute pas ce qu'il est. Faisant écho à plus d'un titre aux Sept Samouraïs (un village barricadé, une pluie diluvienne, un ennemi en surnombre et anonyme…), le chef-d'œuvre mutilé de John McTiernan peut d'ailleurs être vu comme un puissant et brutal hommage fait au travail du maître nippon, auquel le réalisateur de Predator y adjoint son perpétuel choc des civilisations à l'intérieur d'une plongée saisissante dans la culture viking. Dans le climax qui nous intéresse il n'est plus question d'opposition culturelle entre Ahmed (Antonio Banderas) et ses comparses venus du nord mais bel et bien d'union fraternelle. Celle de frères d'armes qui, dans une attente héroïque de la mort chevauchant vers eux, prient les dieux (Conan es-tu là ?). Une parenthèse chevaleresque et humaniste bercée par la musique inégalable de Jerry Goldsmith, se suffisant presque à elle toute seule. Et tant pis si la très courte durée de la charge des Wendols illustrée par un ralenti intégral (qui as dit que l'effet stylistique ne pouvait conférer une dimension épique ?). Et tant pis si cette séquence s'achevant sur la mort héroïque de Buliwyf n'est pas réellement celle désirée par McTiernan, Le Treizième guerrier atteint son objectif : nous transporter dans le Walhalla cinématographique.
10) Vikings (The Vikings, 1959) – L'attaque du château
Avant McTiernan, un autre metteur en scène sous-estimé donnait à voir le film de vikings ultime. Son nom : Richard Fleischer, aujourd'hui encore trop considéré comme un simple technicien habile dans les nombreux genres explorés. Pourtant Les Vikings est bel et bien la quintessence du film d'aventure et la dernière séquence en constitue une preuve indéniable : une prise d'un château où chaque mur d'enceinte peu se voir comme un pallier à franchir avec une difficulté spécifique. On retiendra surtout celui où Kirk Douglas doit escalader un pont levis fermé à l'aide de haches plantées dans le bois. Entre la grande instabilité de l'échelle de fortune et les archers tentant d'interrompre sa course vers le levier qui permettra l'invasion du dernier rempart, notre tension est mise à rude épreuve. Tout autant, elle le sera durant la joute à laquelle se livreront sans pitié Tony Curtis et Douglas sur la plus haute tour de la bâtisse, pour la possession de la belle Janet Leigh. Classique mais totalement indémodable !
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