[Interview] Jean-Jacques Zilbermann - La folle histoire d'amour de Simon Eskenazy
A l'occasion de la sortie en DVD de La Folle histoire d'amour de Simon Eskenazy, suite de L'Homme est une femme comme les autres, son réalisateur Jean-Jacques Zilbermann a répondu à nos questions.
Alors que son film n'a pas fonctionné en salles (50 000 entrées à peine),
Jean-Jacques Zilbermann répond à nos questions en évoquant son oeuvre mais aussi les problèmes qui ont entravé la bonne sortie de son film.
- Cinema-France :
Pourquoi avoir voulu, dix ans après, remettre en scène les personnages de L'Homme est une femme comme les autres ?
Jean-Jacques Zilbermann : En dix ans il s'est passé beaucoup de choses et on s'était dit avec
Antoine de Caunes que si on en avait vécu assez pour les mettre dans le film ça serait vraiment intéressant. C'est un peu le principe de voir un personnage vieillir à l'écran, un peu à la manière de la série des
Doinel de
Truffaut, mais pas seulement Antoine, tous les personnages qui sont autour. Il y avait une histoire assez forte qui se présentait pour me donner envie de l'écrire. J'attendais d'avoir une intrigue et là c'est l'arrivée de ce jeune travesti dans l'histoire.
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Antoine de Caunes a-t-il accepté tout de suite de reprendre le rôle de Simon Eskenazy ?
Avant d'écrire le film je lui en ai parlé. Je lui ai demandé s'il voulait reprendre le rôle de Simon Eskenazy et il m'a répondu tout de suite oui. Il tournait
Coluche, l'histoire d'un mec à ce moment-là donc j'ai attendu qu'il le termine pour commencer mon film.
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On a dû vous le dire souvent, mais la grande révélation du film est Mehdi Dehbi, aussi bon que troublant dans son rôle. Comment est-il arrivé sur le film ? Qu'est-ce qui vous a tout de suite emballé chez lui ?
Ah bah tout de suite rien, ça a été un très long casting qui a duré presque un an. J'ai vu 350 personnes. Ça a été très difficile parce qu'il devait jouer quatre rôles dans le film, trois rôles de femmes et un rôle d'homme. Il fallait à chaque fois coiffer, maquiller, habiller tous ces garçons pour voir comment ils étaient en femme parce que c'était très difficile quand ils arrivaient en garçon, pas rasés. Il fallait avoir beaucoup d'imagination pour imaginer qu'ils pouvaient ressembler à une femme. Ce qui a fait que
Mehdi Dehbi l'a emporté c'est que c'était évidemment un bon acteur mais qu'il avait aussi cette androgynie parfaite. C'était très troublant, quand on le voyait habillé en femme, on n'imaginait pas qu'il était un homme. J'ai peut-être perdu en comédie en prenant Mehdi, parce que j'aurais pu prendre un acteur plus comique qui aurait fait un travesti comme on en voit dans les films en général, mais ce que je voulais c'est qu'on y croit réellement, qu'on soit troublé par ce personnage en homme ou en femme et que personne ne s'aperçoive jamais que c'est un homme quand il est en femme. L'intrigue tenait là-dessus, donc il fallait l'obtenir très précisément.
Antoine de Caunes et Jean-Jacques Zilbermann sur le tournage.
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Quel est le message que vous avez voulu faire passer, notamment en confrontant les communautés juives et musulmanes, mais aussi plus largement en exposant la situation compliquée de Simon Eskenazy ?
Quand je fais un film je ne pense pas du tout à faire passer un message, je raconte ce que je ressens. C'est la prolongation de
L'Homme est une femme comme les autres. Comme Simon est musicien et qu'il joue de la musique traditionnelle juive qui se transmet de père en fils, son homosexualité fait qu'il ne sait pas comment transmettre cette musique, donc là c'est le problème de la transmission. Après à travers la confrontation entre un juif et un arabe, c'est un peu le monde d'aujourd'hui dans lequel on vit. En plus ça se passe dans le quartier des migrants à Château Rouge, un quartier très musulman. Ce que je voulais montrer c'était qu'un arabe pouvait changer la vie d'un juif ! Mais sans forcément penser à un message, juste en pensant que ce serait amusant d'inverser les propositions.
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Sur le DVD, on peut écouter les musiques originales composées et dirigées par Eric Slabiak. Comment s'est passée la collaboration avec lui ? Quelles sont les consignes que vous lui avez données ?
En fait j'avais déjà une musique quand Eric est arrivé dans l'histoire. J'avais déjà enregistré des partitions avec
Giora Feldman, un célèbre clarinettiste qui avait déjà fait les musiques du premier film. Quand on est arrivé au montage, je sentais qu'il manquait de la musique et Eric est venu nous rendre quelques petites visites à la salle de montage, il nous disait les passages où il en manquait. Alors je lui ai demandé de faire quelques maquettes pour voir comment on pouvait mettre ça dans le film. Finalement il a composé 20 minutes de musiques originales, ce qui n'était pas du tout prévu au départ !
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Comment avez-vous vécu l'accueil du public en salles ? Je suppose que le résultat a malheureusement été en-deçà de vos espérances ?
Je me suis pris une tarte, voilà. Pas content du titre, le film ne devait pas s'appeler comme ça, mon titre c'était « Ma mec à moi », je voulais une affiche sexy comme dans le premier film, où c'était une affiche de
Jean-Baptiste Mondino. L'affiche est moche et le titre est nul mais bon ça n'a pas joué. Maintenant si on veut être plus réaliste, on peut dire que le marché du cinéma en salles, c'est compliqué. Il y a 15 films qui sortent par semaine, donc énormément de concurrence. On a attendu longtemps avant de sortir le film, j'avais fini le film en juin et on a attendu décembre pour le sortir parce qu'il n'y avait jamais de place et après quand on s'est mis sur une date, d'autres gens s'y sont mis. Puis la promotion télé, il n'y a pas grand' chose, je veux dire qu'il n'y a pas assez d'espace de communication cinéma à la télé. On n'a pas eu assez de promotion. Après quand vous arrivez dans les multiplexes, vous avez une durée de vie très courte parce que si vous n'êtes pas dans les 4 premiers films vous passez tout de suite dans une petite salle ou directement à la trappe. Il y a un jeu de rotation qui n'existait pas autrefois. Même sur mon précédent film,
Les Fautes d'orthographe, je n'avais pas vécu ça. Là il y a vraiment un turn-over record, du coup le film n'a pas le temps de rester à l'affiche, et la presse est gonflée d'aller voir 15 films par semaine, ce n'est plus un plaisir de cinéma, c'est trop. Du coup dans les rédactions de journaux, on décide de ne pas aller voir un film et d'en faire une brève qui est un résumé du dossier de presse, donc il n'y a pas vraiment de promotion. Et quand le distributeur voit qu'il ne va pas y avoir une grosse promotion télé, il diminue d'autant l'affichage parce que ça va lui coûter cher. Du coup tout va de paire et au bout d'un moment le film sort et moi j'avais des amis qui m'appelaient 2 mois après pour savoir quand il sortait !
Il n'est pas resté longtemps en salles mais malheureusement comme la majorité des films français. Prenez l'an dernier sur 200 films, 10 ont marché, 10 ont pas mal marché et 180 n'ont pas marché. Bon après on peut dire que le film a des défauts, moi je ne peux pas porter de jugement là-dessus. Mais c'était vraiment très très frustrant pour moi, c'est quand même 4 ans de travail et le film est passé à la trappe en 15 jours…. Mais bon il va passer sur
Canal +, il va passer sur
CinéCinémas, il va passer sur Arte, il a une vie avec le DVD qui sort aussi cette semaine. Je pense dans ma tête qu'il faut regrouper les 2 films,
L'Homme est une femme comme les autres et celui-ci et en faire un film de 3 heures parce que c'est très émouvant de voir les 2 films à la suite. C'est rare de voir des suites avec 10 ans d'écart, ce n'est pas du maquillage ce sont vraiment les gens, voir comment ils ont évolué. Je me suis battu pour qu'il y ait les 2 films sur le dvd et il y a un système interactif qui permet de voir les films à la suite, sans générique de fin pour le premier et de début pour le second. D'ailleurs j'espère qu'Arte le diffusera comme ça. J'aurais bien aimé voir ça sur le dvd, mais comme le film n'a pas marché, pour aller négocier ça c'était vraiment trop difficile. Pour les bonus du dvd, je me suis battu pour qu'il y ait quelqu'un sur le plateau du film, je l'avais obtenu pour
Les Fautes d'orthographe et là, par souci d'économie, personne n'a voulu payer la personne qui aurait filmé le tournage. J'aurais bien aimé qu'on filme toute la mobilisation des habitants du quartier Château Rouge, où on embauchait des gens pour faire de la figuration. Je voulais vraiment filmer la collaboration du quartier avec le film. Mais bon ça ne s'est pas fait… alors j'ai demandé qu'il y ait au moins
L'Homme est une femme comme les autres sur le dvd, mais on m'a répondu que c'était trop cher ! Donc je n'ai rien pu faire, c'était une petite production, Agathe Films, ma priorité c'était de faire le film ce n'était pas de m'occuper des bonus. Si le dvd se vend bien, il y aura un coffret à Noël avec les deux films, en tous cas on me l'a promis !
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Quel est votre futur projet ? On annonce Les Grands Boulevards avec Elsa Zylberstein ; pouvez-vous nous en dire plus ?
C'est un scénario que j'ai écrit avec
Gilles Taurand et je n'arrive pas à le faire. Ça fait des années que j'essaye de trouver un producteur. C'est l'histoire de 3 amis de lycée qui se retrouvent quand ils ont 20 ans pour créer une salle de cinéma. Ils ne s'y connaissent rien en gestion d'entreprise et étaient très engagés politiquement quand ils étaient lycéens. La question est de savoir qui va prendre le pouvoir dans cette affaire et comment ils vont mettre en pratique les valeurs auxquelles ils ont cru quand ils étaient adolescents dans leur vie d'adulte. C'est une comédie.
Mehdi Dehbi et Antoine de Caunes
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Allez-vous réaliser encore une suite à L'Homme est une femme comme les autres et La folle histoire d'amour de Simon Eskenazy dans dix ans ? Avez-vous abordé cette possibilité avec Antoine de Caunes ?
Oui, j'aimerais beaucoup faire ça. La mère peut revenir puisque dans la tradition juive le monde des morts côtoie celui de vivants. Donc ils peuvent revenir sous la forme de fantômes. J'aimerais bien le faire mais pour ça il va falloir que je fasse plein d'autres films qui marchent avant parce que là… Un distributeur très malin m'avait dit qu'il ne fallait pas faire une suite parce que pour faire une suite il faut que le film ait fait 3 ou 4 millions d'entrées. Mais bon je disais qu'il avait quand même fait 660 000 entrées et qu'il était passé tellement souvent à la télé que pas mal de gens l'avaient vu,
L'Homme est une femme comme les autres. Et en fait non, le jour de la sortie personne n'a eu envie de voir la suite. Ce n'est pas dans l'air du temps… Mais aussi la communication n'était pas bonne, les gens voulaient coller au sujet, d'autres ne voulaient pas coller, il n'y avait pas de stratégie de distribution donc c'était vraiment pénible. Les décideurs avaient peur que si les gens n'avaient pas vu le premier film ils n'iraient pas voir le film, mais pourtant ils voulaient qu'on le lie à celui-ci parce qu'il avait marché, ce qui est contradictoire et surtout j'avais un distributeur qui voulait difficilement accepter l'idée de donner une image trop gay au film pour ne pas faire peur à certains spectateurs. Donc c'était impossible de faire une affiche avec Antoine qui embrasse Mehdi par exemple. J'ai vraiment beaucoup souffert. Mais bon il paraît qu'on se remet plus rapidement d'un échec que d'un succès…
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Pour terminer, que diriez-vous aux lecteurs de Cinema-France, en quelques mots, afin de les encourager à faire l'acquisition du DVD de La folle histoire d'amour de Simon Eskenazy ?
Si vous avez aimé
L'Homme est une femme comme les autres vous serez très touché par la suite et vous découvrirez ce jeune comédien
Mehdi Dehbi qui va faire une grande carrière à mon avis. Il n'a même pas été nommé aux César, mais bon comme personne n'a vu le film personne n'a pu voir sa performance…
Le DVD de La Folle histoire d'amour de Simon Eskenazy est disponible à la vente.