Le week-end de clôture (vendredi et samedi) du Festival des maudits films de Grenoble a proposé une programmation chargée, jugez plutôt ! Vendredi soir, c'était une triple programmation qui prenait place dès 20h à la salle Juliet Berto. Une soirée aux genres variés qui permettait de voir plusieurs facettes de ce doux cinéma bis. A 20h, c'est La Chambre des tortures de Roger Corman (1961) qui se présentait au public, emmenant celui-ci dans un inquiétant château niché en haut d'une falaise, avec un aristocrate endeuillé rongé par la folie, une voix de femme venue d'outre-tombe et une chambre secrète hantée par des secrets infernaux. Roger Corman signait là un beau film d'horreur gothique, soigné autant dans sa mise en scène que dans son esthétique, et porté par de grandes figures du genre comme Vincent Price ou Barbara Steele. On enchaînait alors sur un tout autre ton avec le jouissif Reefer madness, une comédie musicale tout bonnement hilarante se fondant sur un film anti-marijuana des années 30. Ca swingue et le public jubile devant les outrances d'un métrage qui n'y va pas de main morte dans le délire. Suivait dans une précieuse séance de minuit la projection du mythique Plan 9 from outer space d'Ed Wood, mauvais film qui a pris tout son charme avec l'âge (il faut quand même voir certaines scènes…), dont le grand public avait pu prendre connaissance grâce au film de Tim Burton sur ce réalisateur qui marqua à sa façon l'histoire du cinéma.
Les festivités du samedi commençaient dès 14h avec la séance des 'Courts maudits', qui présentait une sélection de films de qualité en cinéma qui ont du mal à être diffusés. Le public a élu son favori : Gilles Corporation, un métrage décalé qui propose de suivre un paysan faisant un élevage de Parisiens ! Une initiative similaire était proposée à 18h avec la séance « Tout court, tout bis ! », une sélection de courts métrages généralement réalisés en vidéo qui trouvent difficilement des lieux de diffusion de bonne qualité, issus de la région Rhône-Alpes. Le favori du public a été Scène de crime, réalisé par Yannick Gallepie, ex-rédacteur sur Cinema-France !
Teaser de Gilles Corporation, élu par le public dans la séance des 'Courts maudits' :
Court métrage Scène de crime, élu par le public dans la séance « Tout court, tout bis ! » :
Le Festival proposait également à 16h au Café Decitre une rencontre avec les auteurs du livre « Lucio Fulci, poète du macabre ». Etaient présents Lionel Grenier (critique, créateur du site internet luciofulci.fr), Julien Sévéon (écrivain, collaborateur à Mad Movies) et François-Xavier Taboni (de L'Etrange Festival de Strasbourg). L'animation était assurée par l'équipe de « Ne racontez pas la fin », l'émission cinéma de Radio Campus Grenoble, à savoir Sabine Garcia et Raphaël Côte. Pendant une bonne heure, les amateurs du metteur en scène (et les autres) auront pu savourer une discussion passionnée autour de cet homme méconnu du grand public.
Sabine Garcia, Lionel Grenier et Raphaël Côte.
François-Xavier Taboni et Julien Sévéon.
En guise de clôture, c'est une soirée « grindhouse » qui arrivait, avec une curieuse et alléchante programmation, à savoir Chair pour Frankenstein et Ilsa, la louve des SS. Le premier, sorti à l'époque avec la « caution » Andy Warhol, a tout de la série B expérimentale, tournant autant à la parodie cinglée qu'à l'horreur déviant, avec un Udo Kier charismatique en diable. On saluera l'audace des organisateurs d'avoir proposé le second film, une curiosité (tirée d'une franchise) aussi fascinante que dérangeante, voire malsaine. Ce film de nazispolitation manie de façon douteuse l'humour outrancier et des scènes de torture crades. A réserver absolument à un public averti.
Chair pour Frankenstein.
Ilsa, la louve des SS.
Etalant cette seconde édition sur 5 jours, c'était un beau pari que faisaient les organisateurs. En voyant une assistance régulièrement fournie et plutôt enjouée, nul doute qu'ils doivent être fiers de ce qu'ils ont créé. Un futur rendez-vous incontournable ? L'avenir nous le dira !
description : Quatre jours (et soirées) pour avoir peur dans le noir, rencontrer des vampires, des savants fous, des drôles de monstres, des extraterrestres, tomber sous le charme du regard halluciné de Barbara Steele, découvrir les dangers des substances illicites, pleurer de rire avec des hommes aux super pouvoirs...
Bref, quatre jours fantastiques !