A l'occasion de la sortie en DVD de Fais-moi plaisir !, Emmanuel Mouret répond à nos questions.
-
Quand on voit la citation de Télérama, présente sur le DVD de « Fais-moi plaisir ! », qui dit : « Un hommage à tout un cinéma qui va de Keaton à Tati », n'est-ce pas un héritage un peu lourd à porter ?
Je n'ai jamais songé à faire un film qui soit un hommage. En revanche il est très clair qu'un cinéphile reçoive en héritage l'œuvre des cinéastes qu'il admire. Après, en tant que cinéaste, ces œuvres agissent sur lui, sur sa nature et son goût. Mais si l'on parle d'un cinéma qui va de Keaton à Tati, il s'agit là des premiers auteurs qui m'ont marqué depuis l'enfance. Pour moi le mot « cinéma » résonne intimement avec quelque chose d'enfantin, de merveilleux… mais aussi de sensuel.
-
Etes-vous conscient d'être un auteur atypique dans le milieu très « balisé » de la comédie à la française ?
Tout le monde me le dit, je commence à me faire à l'idée. Pourtant loin de moi l'intention…
-
On sent à travers votre filmographie des références multiples mais un ton toujours très personnel. Quels sont vos metteurs en scènes favoris et quels sont les films qui vous ont véritablement marqués ? Jusqu'à quel point cela vous influence-t-il dans votre travail ?
Keaton, Linder, Tati, Pagnol, Guitry, Renoir, Becker, Rohmer, Lubitsch, Wilder, Mac Carey, Stahl, Sirk, Hawks, Hitchkock, Edwards, Allen, Scorsese, Rossellini.
L'opérateur, Sept ans de malheur, Mon oncle, Naïs, Mon père avait raison, Une partie de campagne, Rue de l'Estrapade, La folle ingénue, La garçonnière, L'extravaguant Mr Ruggles, Veillée d'amour, Chérie je me sens rajeunir, La Mort aux trousses, La Party, Manhattan, After hours, Les 11 Fioretti de François d'Assise. Tous ces auteurs et films m'influencent car ils ne cessent de faire croître mon goût pour le cinéma.
-
On voit qu'une certaine « fidélité » s'est installée entre vous et Frédérique Bel mais vous avez également fait tourner deux fois Dany Brillant. Comment l'avez-vous rencontré et qu'est-ce qui vous a tout de suite plu chez lui ?
Je cherchais pour
Changement d'adresse un personnage de séducteur. Les comédiens à qui je faisais lire le rôle l'interprétaient chaque fois d'une manière hautaine et blasée. Dany l'a tout de suite jouer d'une façon solaire et généreuse.
-
Pour « Fais-moi plaisir ! », comment vous est venue l'idée de proposer le rôle de président de la république à Jacques Weber ?
J'ai fermé les yeux et j'ai essayé d'imaginer un président qui ressemble à un président… dans mes fantasmes.
-
Avec l'accumulation de gags visuels présents dans « Fais-moi plaisir ! », n'avez-vous jamais douté en cours de tournage de l'efficacité de l'un d'entre eux ? Ne vous êtes-vous jamais dit après coup « là j'aurais pu faire mieux » ?
Bien évidemment. Cela serait merveilleux si l'on pouvait retourner un film ou des scènes comme
Chaplin ou
Kubrick l'on fait, ou même
Woody Allen. Peut être un jour je pourrais…
-
L'accueil critique du film a été globalement plus que positif. Etes-vous sensible à cela autant qu'à l'accueil du public ? N'attendiez-vous pas un peu plus que 120 000 spectateurs lors de son exploitation en salles (« Un baiser s'il vous plait » avait attiré plus de 200 000 personnes) ?
Je suis bien sûr sensible à l'accueil du public, mais j'ai du mal à me figurer ce que représente les chiffres (mis à part les gains et les pertes). Est-ce que 140 000 personnes c'est peu ou beaucoup ?
Frédéric Niedermayer, mon producteur, et moi, nous nous figurons notre métier comme un métier d'artisan comparé à celui des grosses productions. L'important est qu'il y ait une cohérence économique entre le coût et la diffusion.
-
Vous avez été acteur, réalisateur et scénariste sur chacun de vos films. Est-ce un vrai désir de contrôle de votre part ? Vous ne voulez pas vous consacrer uniquement à un poste ?
Je me considère avant tout comme un réalisateur. J'écris mes scénarios parce personne ne les écrit pour moi. Et je joue parce que… je ne sais vraiment pas pourquoi. Je ne me considère pas du tout comme un comédien qui pourrait jouer dans d'autres films que les miens.
-
Quels sont vos prochains projets ? Voulez-vous, en tant que réalisateur, continuer à explorer la voie du burlesque ?
J'ai plusieurs projets en cours, parmi eux il y a un qui est en partie burlesque, mais beaucoup plus sentimentale, voire romantique, que
Fais-moi plaisir !
-
Pour terminer, que diriez-vous aux lecteurs de Cinéma-France pour les encourager à faire acquisition de « Fais-moi plaisir ! » en DVD ?
Je sais qu'il faut savoir se vendre, mais je n'ai aucun talent pour ça. Je compte sur vous.