Pour la sortie du Livre VI en dvd, Alexandre Astier s'est volontiers entretenu en face à face avec Cinéma-France dans une longue et généreuse interview pour discuter de la fin de Kaamelott et sa prochaine régénérescence au cinéma bien sûr. Mais aussi des geeks et de pleins autres choses comme vous pouvez le voir dans cette interview sincère baignée dans la franchise.
Voilà, nous sommes arrivés à la fin Kaamelott… du moins celle à la télé.
Ah une fin oui.
Pouvez-vous revenir sur la façon dont vous est venue l'idée de la série ?
Euh, le problème c'est que je m'en souviens plus (rires). Non mais c'est parce qu'au début, c'était un projet qui devait pas dépasser le cadre d'un court-métrage. Donc ça n'a pas pris plus de place dans ma tête que d'écrire quinze minutes autour d'une table ronde, parce que j'avais envie de cette situation là. Ça aurait pu être autre chose hein… mais c'était un moyen de donner un coup de pied dans une situation très clichée avec un lieu commun, et puis de la faire autrement en décalant le langage, tout ça. Mais ça n'a pas dépassé ça. L'idée d'en faire une série courte c'est venu après… donc au début c'était juste la volonté de faire un court-métrage en pellicule qui puisse avoir une vie de court-métrage. C'est à dire de festival surtout, puisque c'est ça la vie d'un court métrage. C'était l'envie de jouer avec des comédiens autour d'une table ronde et de faire cette situation-là, où les gens ne se comprennent pas vraiment mais pas plus. En tout cas au début.

"Je pense que personne n'a envie de faire du format court."
A la base, la série se définissait plutôt par une succession de gags, de saynètes. Puis le Livre VI est allé plus vers un format long (qu'avait déjà préparé le V) avec des scénarios plus riches, plus fouillés… comment est venue cette évolution de la série ?
Je pense que personne n'a envie de faire du format court. Enfin, un auteur qui a envie de raconter des histoires n'a pas envie de cela, il a envie de les raconter dans un format qui lui plaît. Moi celui que je préfère c'est le 40 minutes… (il réfléchit) la case qui m'était offerte c'était celle-là et je l'ai remplie dès que j'ai eu le moyen et la possibilité de demander plus - grâce au succès - j'ai demandé plus. Parce qu'au bout d'un moment, découper ces images et ces histoires en petits bouts, c'est faisable (la preuve je l'ai fait), mais c'est pas très agréable. Ça va bien au début pour présenter les gens mais après quand il faut renter dans la chronologie… on a besoin de plus. C'est tout naturellement, en ayant envie de raconter plus qu'il a fallu que je pousse les murs du format.
Le livre VI se passe avant le Livre I. C'est une genèse de ce qui se passe à Rome… vous aviez prévu ce retour en arrière depuis longtemps ?
Oui, depuis la saison 2 je sais que la 6 se passerait dans le passé. Le seul truc qui a changé c'est que la septième, qui n'aura pas lieu finalement, devait raconter la suite de la cinquième. Et comme il n'y a plus de saison 7, c'est le dernier épisode de la 6 qui s'occupe de ça. Il y a une saison… enfin on peut pas dire qu'elle est comprimée dans un épisode puisque je l'ai faite autrement mais il s'y passe la même chose, dans cet épisode, que ce qui devait arriver dans la 7 en un long format. Mais à part ce changement-là, j'ai toujours su que je voulais faire un prequel pour la saison 6.
Vous n'avez pas eu peur que cela déstabilise le spectateur ?
Si…enfin non je n'ai pas peur mais je sais que ça a perturbé. La cinq aussi, la six, la quatre… (il rit) S'il y avait eu une sept elle aurait probablement perturbé… je n'exploite pas ce que j'ai déjà fait, c'est pas mon genre. J'arrive pas à faire ça, un truc qui a marché, réitérer une recette sans arrêt… j'ai besoin de me surprendre moi-même. Surtout que
Kaamelott me prenait tout mon temps, c'était tout ce que j'écrivais donc il fallait qu'il y ait tout. Tout ce dont je pouvais avoir besoin,
Kaamelott devait le contenir parce que je n'avais pas le droit de faire autre chose. En tout cas je n'avais pas le temps donc j'ai tout mis dedans. Et oui ça a surpris, ça a déstabilisé, il y en a qui ont moins aimé, plus aimé… machin. Mais je m'en fous en fait ! Je m'en fous parce que je ne suis pas là pour qu'on m'aime à tout prix. Je suis là pour raconter ce que j'ai à raconter et d'ailleurs c'est à ce titre que les gens ont continué de me suivre. Ils savent que je suis mon chemin et que je cherche pas à leur plaire à tout prix. Bien sûr, je suis dans une certaine séduction parce que quand on raconte des histoires on cherche à séduire avec son récit, mais vous savez la plupart des gens voudraient que jamais rien ne change. Que la deux soit comme la un, comme ce qu'ils ont aimé au départ, ils veulent la même chose… c'est pas mon métier de faire ça. Mon métier c'est que ça change, au contraire. Voilà, je fais ce que j'ai à faire : il y en a qui sont déçus, et puis il y en a… la plupart des fans de
Kaamelott, leurs saisons préférées c'est la cinq et la six.
"Il y aura des gens qui seront déstabilisés par le film comme certains ont été déstabilisés par les saisons 5 et 6."
Dans ce Livre VI, on change de format, de ton (qui devient plus sérieux) donc ça a dû provoquer des bouleversements dans la production, notamment un tournage dans les légendaires studios italiens de Cinécittà. Comment était-ce de tourner là-bas ? Est-ce que ça apporte un confort supplémentaire ou bien cela donne plus de pression ?
Oh non ça apporte pas plus de confort, comme - entre guillemets - on a pas les moyens de se payer Cinécittà, on se retrouve dans la situation un peu paradoxale d'y être et de ne pas pouvoir en profiter. C'est à dire faire double, triple journée, d'épuiser tout le monde (moi en premier)… Non c'est une douleur parce qu'évidemment c'est pas prévu pour ça. On va pas à Cinécittà pour tourner une télé comme ça, les budgets sont pas fais pour. Mais… si jamais on se dit « bon on va en chier un peu mais c'est nécessaire pour la série » eh ben du coup on le fait en toute connaissance de cause et on y va. Mais ce n'est pas du confort, ce n'est pas du plaisir. Du plaisir il y en a… évidemment car on n'est pas à l'usine. Le premier mot qui me vient quand je pense à Rome c'est pas « plaisir », c'est se débrouiller pour avoir telle image, ne pas avoir le temps de le faire, aller voir la production pour avoir un jour de plus parce que ça suffit pas… C'est un combat de tous les jours pour que tout soit dans la caméra. Non ce n'est pas du confort. Je pense que je suis allé au bout du format télé, on ne peut plus pousser plus loin maintenant. Le moindre centime de l'enveloppe est dépensé pour aller à l'écran. Après c'est autre chose.
Vous dites que vous avez épuisé le format télé, donc on imagine forcément que la prochaine étape de Kaamelott, c'est le cinéma.
C'est prévu, simplement c'est encore une autre forme. En deux heures une épopée doit être bouclée donc je sais ce qui s'y passe dans ce truc-là, mais il y a pas… (il hésite et reprend) c'est encore une autre transformation. Je pense que quoi qu'il en soit, il y aura des gens qui seront déstabilisés par le film comme certains ont été déstabilisés par les saisons 5 et 6, par le changement de format, par le changement de ton, par tout. Il faut évidemment s'attendre à voir
Kaamelott comme on ne l'a jamais encore vu. Probablement plus épique, plus riche et plus « punch » aussi. Des évènements seront ramassés en moins de temps mais c'est encore une autre forme.
Vous nous avez expliqué que vous aviez prévu le retour dans le passé du Livre VI, est-ce qu'à l'époque vous aviez déjà réfléchi à tous les changements que cela allait provoquer ? Comme le rajeunissement des personnages par exemple.
Oui j'y ai pensé mais l'ennui c'est que le rajeunissement des personnages, il est pas de la même importance chez tout le monde. Il y en a chez lesquels c'est très anecdotique, ça peut même être humoristiques chez certains parce que c'est juste évoqué. Mais il y en a pas énormément chez qui le rajeunissement se pose puisqu'il y a plein de nouvelles têtes dans la saison 6. Arthur est entouré de pleins de gens qui ne sont pas dans les autres saisons. Ceux de Rome, ceux-là on ne les a jamais vus donc on n'allait pas les rajeunir. Arthur lui-même c'est plus chaud : il a fallut que je maigrisse, que je fasse de la musculation, que je me coupe les cheveux, je me suis montré sans barbe ce qui n'était jamais arrivé par le passé. Mais on ne s'est pas lancés dans les effets spéciaux à la Benjamin Button. C'est fait avec les moyens du bord. Mais on peut déjà faire beaucoup avec la muscu, le maquillage, l'étalonnage un peu flatteur, ça peut même être spectaculaire ! On a utilisé tous les artifices, du genre Machin avait les cheveux longs : on lui met les cheveux courts, Machin avait de la moustache : il en a plus. Et du coup on a un changement, car ce qui compte c'est de changer, l'important est de créer quelque chose qu'on n'a pas vu. Je savais très bien qu'à la télévision pour
Kaamelott, le prequel et le changement des personnages n'allaient pas aller plus loin que ça parce qu'on avait pas les moyens. On n'allait pas reprendre la tête d'Arthur en 3D à chaque plan, on n'est pas du tout dans ces économies-là.
"Les geeks sont un public extrêmement exigeant, voire même… un petit peu tyrannique."
Comment M6 a réagi à ces bouleversements ? Ça a été immédiat ? Ca leur a posé des problèmes ?
(Il soupire) Je ne me souviens pas. Non. Ils ont… Evidemment on est pas dans des atmosphères où quand quelque chose a de la chance de marcher, on voudrait le préserver tel qu'il est et l'exploiter jusqu'à ce que mort s'ensuive. Donc ma volonté de tout bouleverser comme ça si souvent, c'est pas dans leur nature. C'est pas eux qui seraient venus me le proposer, c'est sûr, mais comme je leur ai proposé la chose, que j'avais mon idée en tête et qu'ils ont bien senti que c'était solide, ça n'a pas posé plus de problèmes que ça. Ils ont joué le jeu. Ils ont pris des risques, y compris celui de voir l'audience baisser un peu.
Si on prend toute la série et qu'on compte le nombre de guests-stars et de caméos qu'il y a eu dans Kaamelott, c'est plutôt impressionnant. Est-ce qu'il y a eu des personnalités que vous vouliez obtenir mais pour X raisons ça ne s'est pas fait ?
Si ce n'est des problèmes de calendrier de temps en temps. Au début je devais le faire avec
Jean Dujardin mais il a de moins en moins pu, c'était vraiment l'époque où il grimpait en flèche. Mais c'est pas grave… j'avais écrit pour Dieudonné aussi. Après il a été pris dans ses machins donc c'était plus compliqué. Non, je ne crois pas.
Kaamelott est devenu à la mode dans le milieu, donc les gens ne refusaient pas, ils ont bien voulu tous venir :
Alain Chabat,
Christian Clavier… qui dans leur genre chacun sont devenus des figures du bon humour je trouve, même s'ils n'ont pas le même. J'ai pas souvenir de quelqu'un qui ne voulait vraiment pas venir.
Vous avez participé au documentaire « Suck My Geek » et on a pu vous voir dans une pub pour le jeu vidéo World of Warcraft. On peut dire que vous cultivez votre image de geek ?
Oui.
C'est une manière de se revendiquer ?
Ouais mais c'est plus… (il s'arrête). J'allais dire, je sais pas s'ils ont bien besoin d'être défendus maintenant. Aux Etats-Unis, les films les plus chers sont faits pour eux.
Spider-Man,
Iron Man… tout ça c'est leur univers et aujourd'hui ils ne sont plus underground. Ils sont au milieu du marché, ce sont eux la cible principale du cinéma le plus cher du monde… que ce soit réussi ou pas. Mais je veux dire que c'est un fait : ils sont reconnus. Ça n'est plus comme à l'époque du jeu de rôle où les gens avaient l'impression que c'était des sectes dans lesquelles les mecs se suicidaient, où il fallait prendre la parole pour dire d'arrêter les conneries, que c'était simplement un bon jeu, le plus beau du monde… il y a plus à faire ça maintenant. C'est admis, ils sont là, ils ont trente ou quarante balais, voilà c'est ma génération. Et puis ils sont actifs, ils font leurs histoires, leurs films de geeks. C'est-à-dire… qu'est ce que c'est qu'un geek ? C'est un gars qui est un peu naïf, qui aime bien les histoires… j'allais dire qui aime les contes de fées qui peuvent prendre d'autres formes que la forme classique, mais n'empêche que c'est des naïfs, des gens qui aiment des histoires simples, belles… et nobles. Parce que c'est des gens qui ont de la noblesse les geeks ! Je suis assez fier… (il arrête car son téléphone sonne). Pardon. Donc oui je suis assez fier de cette image. Juste pour préciser : les geeks sont un public extrêmement exigeant, voire même… un petit peu tyrannique. Ils ont une précision sur les choses qu'ils aiment qui cantonne des fois à la… c'est parfois une dictature les geeks, et je me défends de cela parce qu'une culture qui ne bouge pas est une culture morte. Je pense qu'il faut qu'elles s'hybrident pour pouvoir vivre (une serveuse nous interrompt pour prendre notre commande)… donc je me méfie de cette image qu'on me donne parce que je veux conserver la possibilité de raconter ce que je veux et de mélanger les genres et les geeks sont des fois, - pas tous - un peu durs mais précis ! Quand on écrit quelque chose, ils savent que vous avez écrit tel épisode etc. Ils sont finalement assez bienveillants et écoutent vraiment ce que vous racontez et pas d'une oreille distraite. Vous pouvez donc leur raconter des choses très riches et très précises, ils vont tout manger. C'est très agréable d'avoir affaire à une population de fans (ou de pas fans), d'amateurs de ce que je fabrique, qui est attentive. C'est très motivant.

"Les mecs qui aiment Kaamelott, généralement ils n'aiment pas Joséphine ange gardien ou Le Juge est une femme. Ce n'est pas leur truc !"
A l'époque où Kaamelott est arrivé, sans crier gare j'ai envie de dire, pensiez-vous pouvoir toucher ce public précisément et puis cette audience plus large qui a emmené la série vers des sommets de popularité ?
Quand j'ai commencé
Kaamelott et au moment où ça allait être mis à l'antenne, on me disait que ça ne marcherait pas ! On me disait que c'était trop anglais, trop absurde et que le fait d'avoir un plaisir de mettre un coup de pied dans la légende arthurienne c'était plutôt un réflexe de geek, que les Français n'étaient pas comme ça. Je m'attendais forcément à ce résultat puisque c'est ce qu'on me disait, je n'avais aucune raison de ne pas le croire. En revanche, il y a donc des gens qui se sont révélés comme moi en fait. Moi la télé française je la regardais pas, mis à part un peu
Canal +… du coup c'est vrai qu'il y a des gens qui ont levé la tête et qui ont dit « ah bah quand même ouais finalement il y a un mec un peu comme nous qui raconte des trucs qui nous sont destinés ». Qu'on aime ou pas !
Kaamelott j'en sais rien si c'est bien ou pas, je fais du mieux que je peux mais si ça se trouve c'est pas bon, mais on peut dire que ces personnes-là sont pas oubliées. Les mecs qui aiment
Kaamelott, généralement ils n'aiment pas Joséphine ange gardien ou Le Juge est une femme. Ce n'est pas leur truc ! Et ça manquait un peu : c'était soit ça ou M6 et ses clips pour teenagers. Il n'y avait pas quelque chose d'un peu tenu, un peu « geekland »…ce n'est pas que geek parce qu'il y a du Audiard, enfin des aspirations audiardiennes donc ça s'adresse à une génération qui a aujourd'hui entre 50 et 60 ans, ça fédère un peu plus que le geek pur. Je n'ai pas fait un truc sur Mario Bros, quoique, je devrais m'y mettre… en tout cas je pense qu'il y a des gens qui se sont sentis concernés. Voilà.
Vous parlez de l'héritage anglais (donc on pense forcément aux Monty Pythons), vous évoquiez aussi Michel Audiard…. Quelles ont été vos autres influences sur Kaamelott ?
Mes influences ? Je pense que j'ai gardé de l'environnement de Louis De Funès : le fait de vouloir jouer un rôle autoritaire au milieu d'un groupe de gens qui comprennent moins que lui, de se mettre dans la situation du plus intelligent de la bande. Que se soit dans Le Corniaud, La Grande Vadrouille, il a le défaut d'être agressif mais il n'a pas le défaut d'être bête, en tout cas moins que les autres. Il n'est pas lent, au contraire il est rapide, il a compris et il veut obtenir quelque chose et généralement son environnement est trop lent pour que ça aille à la vitesse qu'il désire. Je crois avoir gardé de ma profonde estime à cet acteur (à qui j'ai d'ailleurs dédié tout
Kaamelott dans le dernier épisode de la saison 6), de mon affection pour ce monsieur, l'envie de jouer des situations comme il l'aurait fait lui. De me retrouver le seul intelligent au milieu de pleins de mecs qui vont moins vite. C'est une inspiration réelle. Ça ne se voit pas forcément parce que ça ne ressemble pas aux Gendarme à St-Tropez mais dans le jeu il y a peut-être un point commun de recherche d'une situation similaire. Et puis dans l'humour anglais, j'aime pas que les Monty Pythons, j'aime beaucoup l'équipe de
Simon Pegg et ceux qui ont fait Shaun of the Dead qui se sont fait connaître par…
La série Spaced ?
Non…
Big Train, l'hebdomadaire qui était un peu comme Flying Circus sur la BBC à l'époque. Ça reprend un peu le même truc pendant une heure de sketches à l'anglaise. Eux, c'est vraiment les enfants des Monty pour le coup. Ils ont vraiment une filiation directe. C'est magnifiquement bien fait… et puis Star Wars dans la volonté de faire une grande quête, et de mêler à l'humour quelque chose de très sérieux sur la paternité, le don, la noblesse ; la chevalerie. Qu'est ce que c'est qu'un Jedi sinon un chevalier. C'est directement tiré des notions de la chevalerie. Donc c'est un grand mélange…comme tous les geeks qui ont tendance à être pluriculturels : ils aiment Goldorak,
Spider-Man… et puis dans
Kaamelott il y a un peu tout ça et probablement dans tout ce que je ferais, d'une manière ou d'une autre, avec un côté bien français. Je suis en train d'écrire un film qui fait rencontrer le héros que j'ai créé et la bête du Gévaudan. Pour moi, la bête du Gévaudan c'est la « geekculture » française. On n'a pas de Superman nous. L'homme parfait qui passe par-dessus les buildings et qui détruit les méchants, ça c'est le fantasme américain. On peut se l'approprier mais c'est tout de même un fantasme de colons, de cow-boys. On a des trucs magnifiques chez nous : on a Belphégor, la légende du Gévaudan… des choses beaucoup plus européennes, plus austères et je suis sûr qu'on peut avoir notre « geekculture » aussi meilleure que les Ricains. Il faut simplement qu'on se fasse confiance, on a un patrimoine de dingue, simplement en lisant les histoires de notre pays !
"On a un vrai patrimoine d'histoires féeriques, à condition de ne pas les traiter avec académisme et notre côté bon soldat universitaire, mais en étant fou, en se lâchant avec ces trucs-là."
Il faut juste qu'on apprenne à l'exploiter.
Oui. On n'a pas que quatre cent ans d'histoires nous, ou cinq cent. On a absolument tout chez nous : les rois, les religions, des guerres dans tous les sens. Un vrai patrimoine d'histoires féeriques, à condition de ne pas les traiter avec académisme et notre côté bon soldat universitaire, mais en étant fou, en se lâchant avec ces trucs-là et en s'en servant pour rêver. On a pour cela des histoires d'une richesse incroyable. Les Américains, ils ont les chercheurs d'or et puis trois cow-boys qui ont pété trois coups de feu et ça fait cent ans de cinéma durant lesquels ils nous ont cassé les couilles avec leurs westerns. J'adore le western mais eux quand ils ont un patrimoine ils pressent le citron jusqu'au bout. Nous on est timides avec ça alors qu'on n'a pas à rougir de notre passé. Sûrement pas.
Les choses sont en train de changer. Si on regarde par exemple pour les super-héros, il y a Hero Corp.
Il fait un grand sourire.
Vous pouvez nous en dire deux mots ?
Mon frère a dix ans de moins que moi. C'est donc une génération après, où ses films cultes sont plus tardifs que les miens. Moi c'est les Dents de la mer… en gros les films qui sont sortis quelques années après ma naissance ou pendant, et lui c'est plutôt Ghostbusters, c'est une « geekitude » beaucoup plus tardive.
Oui, les années 80.
Oui voilà. Il le dirait mieux que moi d'ailleurs mais je veux dire que ses films sont plus tardifs que les miens et du coup lui il apporte un truc différent… mais il n'y a pas de cynisme dans ce qu'il raconte et c'est en cela que je me reconnais une vraie fraternité avec lui. Et je pense que les gens comme lui et moi (si tant est qu'on puisse se ressembler sur certains points) on est vraiment et sincèrement naïfs ! Dans son histoire de super héros il y a toute la volonté de vouloir faire rire mais il y a aussi le désir de vouloir raconter le véritable parcours d'un super-héros. Plutôt d'un antihéros parce qu'il s'ignore au début, il comprend son destin petit à petit, ça c'est le côté de la comédie qui revient… mais dans ce que mon frère raconte il y aura toujours une part de sincère affection pour son personnage, sans cynisme, sans vouloir en rire au premier degré avec des super-héros, des princesses. Dans
Hero Corp il a une histoire d'amour avec une princesse, il y a les figures du conte de fées. Dans ce que je raconte il y a toujours ces figures-là parce que je pense qu'on a besoin de ça. On fait partie d'une génération qui veut vivre sans le cynisme des générations précédentes.
Pendant Kaamelott vous avez fait l'acteur pour d'autres. Est-ce qu'à l'avenir on continuera de vous voir dans des films réalisés par d'autres réalisateurs ?
Assez peu car je ne dis pas oui souvent. Je devais tourner avec
Jocelyn Quivrin mais bon (au moment de l'interview cela faisait une semaine que le comédien s'était tué en voiture). Sa disparition m'a un peu bouleversé comme la production et beaucoup de gens dans le métier mais c'est vrai que j'avais envie de jouer avec lui par exemple et je devais partager l'affiche d'un film avec lui. Maintenant qu'il se fasse ou pas, j'y participerais peut-être pas mais là pour le coup c'était lié à Jocelyn.
Julien Munoz et Sylvain Trinel