Lors d'une avant-première publique de son nouveau film, Le Concert, Radu Mihaileanu a répondu aux questions de l'assistance, à laquelle nous faisions partie. Voici un condensé des propos du réalisateur, dont le métrage arrive en salles le 04 novembre.
Quelles sont les influences du film ?
Le Concert est la réunion de deux cultures, tout d'abord celle de l'Est et de ce qu'on appelle « l'âme slave », ce goût de l'extrême, cette énergie atomique, mariée à la culture occidentale, au cartésianisme français, à une certaine rationalité.
Où avez-vous tourné ?
On a tourné très peu en Russie parce que c'est très compliqué, mais on a quand même filmé la Place Rouge en vrai, ce n'est pas un effet spécial ! Après on a reproduit quasiment toute la Russie à Bucarest. C'était drôle et gratifiant de s'apercevoir, lors de l'avant-première moscovite, que les gens reconnaissaient les rues de Moscou, pourtant totalement recréées. On a tourné également à peu près dix semaines à Paris pour la partie française.
Le film sera-t-il montré en Russie ?
Lors d'une avant-première à Moscou, j'avais très peur par rapport à une réplique de
François Berléand qui dit :
« Les Russes c'est comme des mules, il faut leur taper dessus pour qu'ils avancent ». Mais finalement ça s'est très bien passé, ils ont beaucoup ri, ce qui montre qu'ils ont également beaucoup de recul sur eux-même. Le film sera diffusé là-bas puisqu'un distributeur l'a acheté, et puis il y a des acteurs qui sont de grandes stars là-bas, surtout le chef d'orchestre.
Cela a été facile d'engager Aleksei Guskov, le chef d'orchestre ?
On a fait un casting, je ne le connaissais pas du tout avant. Et comme on voulait une bonne exploitation en Russie, avec au moins une bonne place pour un acteur russe dans le rôle du chef d'orchestre, on a engagé un casteur en lui demandant de nous présenter la plus grande star russe et il nous a proposé toute une panoplie de personnes, chacune clamant bien sûr qu'elle était la plus célèbre ! Mais finalement on est tombé amoureux d'Aleksei, tout en se demandant ce qu'on allait faire si ce n'était pas vraiment une star. On a alors fait une sorte de sondage sauvage auprès de plusieurs personnes en Russie, qui nous ont bien confirmé que cet homme était une grande célébrité.
Les musiciens jouent-ils vraiment dans le film ?
La plupart des musiciens de l'orchestre, ce sont de vrais musiciens. Après les acteurs principaux ont pris des leçons. Par exemple,
Mélanie Laurent a pris entre deux et trois mois de cours de violon intensifs. Elle n'en avait jamais joué alors cela a été fastidieux, mais elle a suivi ça avec une assiduité incroyable. On a gardé 95% de ce qu'elle joue de la main droite, pour la main gauche c'était impossible. Pour vous dire la difficulté de la chose, Mélanie est gauchère dans la vie, donc ça a été un tourment de tout changer dans sa tête, d'ailleurs elle s'est faite une tendinite pendant le tournage.
D'où vous est venue l'idée de ce film ?
A la base, c'était en 2001, un faux orchestre du Bolchoi était allé à Pékin. Deux jeunes auteurs se sont emparés du sujet et m'ont proposé leur script. Avec mon co-scénariste, on s'est alors rendu en Russie pour voir la vie quotidienne, et c'est là qu'on a pu voir un mariage comme on en voit dans le film, ces petits meetings de communistes sur la Place Rouge, etc… Enfin, on s'est documenté énormément pour mettre de la vie à l'intérieur de l'histoire.
Votre film n'est ni dans le drame pur ni dans la franche comédie, mais parvient à allier les deux pour former quelque chose d'homogène. Quel a été le cheminement vers cela ?
Oui c'est que qu'on m'a d'ailleurs reproché au début du projet, en me demandant ce que c'était réellement comme film, si c'était un drame ou une comédie, et je ne savais pas quoi répondre. J'aime trop la vie, et la vie est faite de tristesse et de rires. Chaque être humain a le désordre émotionnel en lui, et c'est donc ce qui se retranscrit dans mon film, tout simplement.
Quelle a été la séquence la plus difficile à tourner ?
Mon plus grand challenge a été bien évidemment le concert final, pour beaucoup de raisons. Tout d'abord parce que c'est le climax émotionnel du film, mais surtout parce qu'aujourd'hui, à une époque où on peut voir beaucoup de concerts filmés, je ne voulais pas faire une captation de musique classique comme à la télévision. Il fallait faire du cinéma, derrière de films comme
Amadeus ou autre, se surpasser pour le filmer entre un concert rock et de la musique classique, mais il fallait surtout proposer des plans beaucoup plus intéressants. Et il fallait en plus que ça se marie parfaitement avec l'histoire dramatique et l'insertion des flashbacks. Et même s'il s'agit d'une performance technique, il fallait insuffler de l'humanité.
>
Lisez notre critique du film ici.
>
Voyez les photos de l'avant-première parisienne ici.