Kate Beckinsale : tout le monde voit qui c'est depuis Underworld. Et c'est sans doute le problème… Portrait d'une actrice qui touche à tout mais que la France ne connaît qu'en action star.
Avant le cinéma : des débuts littéraires
Kathryn Bailey Beckinsale est née le 26 juin 1973, à Londres, de
Judy Doe et
Richard Beckinsale, deux acteurs de télévision britanniques. Pendant son adolescence, elle remporta la célèbre W.H. Smith Young Writer's competition deux fois de suite pour une série de nouvelles puis de poèmes. Ayant rapidement décidé de devenir actrice mais préférant s'assurer un bagage scolaire, elle entra à Oxford en 1991, où elle étudia le français et le russe.
C'est la même année qu'elle eut son premier rôle, dans un téléfilm
One Against The Wind, puis elle enchaîne avec deux autres les deux années suivantes :
Rachel's Dream en 1992, dans lequel elle tient le premier rôle, et
Anna Lee : Headcase.
Et puis un jour,
Kenneth Branagh, qui cherche son héros pour
Beaucoup de bruit pour rien, lui propose le rôle : un début chez Shakespeare des plus traditionnels pour une Anglaise férue de littérature. Elle continue ensuite dans le même esprit avec
Le Prince de Jutland, retranscription historique de
Hamlet, qui lui fait côtoyer
Christian Bale,
Gabriel Byrne et
Helen Mirren. On la retrouve aussi dans
Marie-Louise ou la permission, film français qu'elle tourne pendant son séjour à
Paris – séjour qu'elle effectuait dans un cadre scolaire. Mais rien de tout cela ne la fait vraiment remarquer.
Bien classée … chez FHM
Kate … qui ? Ah oui, la fille en cuir dans
Underworld … Admettons-le, c'est pour cela qu'on la connaît. Certes, le cuir lui va bien. Il faut dire qu'elle a ce qu'il faut pour le remplir, et son rôle de guerrière vampire l'a lancée au top de nombreuses listes de magazines. Quelques chiffres : en 2002, Hello Magazine la choisit comme étant la Number 1 Beauty, et elle s'est retrouvée 63ème dans les 102 femmes les plus sexy du monde, fameux classement de Stuff.
Beckinsale est alors 23ème sur la liste de
Maxim 2005, 71 dans celle de FHM 2005, 78 en 2006, 21 chez
Maxim encore en 2007 : le costume moulant d'
Underworld et de sa suite (ainsi que, sans doute, le corset de
Van Helsing) a su convaincre les électeurs. Il faut reconnaître aussi que si
Underworld était suffisamment curieux pour nous faire accrocher, le deuxième est d'un ridicule ennuyeux et il ne nous reste donc que l'actrice, effectivement, pour passer le temps.
A cause de cela, certains pensent qu'en dehors de son physique,
Kate Beckinsale n'a pas ce qu'il faut pour être actrice. Et il est vrai qu'elle a tout de même été nominée pour les Razzie Awards de 2005 et 2007 en tant que pire actrice pour
Van Helsing,
Click et
Underworld : Evolution – trois nominations bien justifiées, ses performances étant au niveau des rôles : insignifiantes. Par contre, côté récompenses prestigieuses… MTV et les Teen Choice Awards l'aiment bien, et même pas suffisamment pour lui faire remporter quoi que ce soit ; et il faut remonter aux London Critics Circle Films Awards de 1999 pour retrouver sa dernière victoire (en meilleur second rôle dans
Les Derniers jours du disco). Rien de terriblement glorieux, donc ; mais on pourrait justifier cela en disant qu'elle n'a sans doute pas eu les rôles qu'il fallait.
Une actrice difficilement cernable
Difficile de savoir où situer
Kate Beckinsale. Copine du héros ? C'est comme ça que beaucoup l'ont repérée, et c'est vrai qu'elle a récidivé plus tard – on se demande encore pourquoi – mais tout de même … Actrice de comédies romantiques ? Oui, elle en a fait plusieurs, mais on ne peut pas l'enfermer dans ces rôles. Potiche ? Dans quelques-uns, oui, aussi. Mais que faire des autres films où elle a le premier rôle ? Et difficile d'oublier les quelques œuvres indépendantes, dans lesquelles elle donne toute la mesure de son talent qu'on met trop facilement de côté … On lui colle alors cette étiquette très pratique qu'est celle d' « actrice hollywoodienne », qui veut tout dire et surtout n'importe quoi. En gros, elle tourne aux Etats-Unis. Une spécialité ? Aucune.
Il faut dire que la carrière de
Kate Beckinsale est un peu étrange. On peut se demander : est-ce qu'elle n'a aucun goût ? Est-ce qu'elle choisit ses films en lançant, les yeux fermés, des fléchettes sur un étalage de scénarios ? Est-ce que son agent la hait et se venge comme il peut ? C'est un mystère. Toujours est-il que l'enchaînement de ses films, quand on se penche dessus, est on ne peut plus énigmatique, et on a bien du mal à voir une quelconque progression, un quelconque tournant comme il y en a en général. Admettons cependant, pour la forme, que le basculement entre l'anonymat et la renommée – parmi le grand public du moins – se soit fait autour de 2001-2003, avec
Pearl Harbor et surtout
Underworld.
Les dégâts des Etats-Unis
Nous sommes donc en 2001 ;
Ben Affleck n'est pas encore en cure de désintox,
Josh Hartnett a eu le temps de se composer tout un parterre de fans, et les deux acteurs se retrouvent dans un film de guerre tendance épique (du moins c'est comme ça qu'on nous le présente), avec
Michael Bay, le roi des explosifs, aux commandes. Et au milieu de tout ça,
Kate Beckinsale, à peine connue dans son pays d'origine, complète inconnue aux USA. Le public est divisé : les filles l'envient (« ouah elle touche
Ben et
Josh »), les garçons bavent un peu, et voilà la jeune Anglaise installée aux Etats-Unis, avec une jolie étiquette de « copine du héros » dont elle essayera rapidement de se défaire, mais qui reviendra en courant pour
Van Helsing en 2004 – un choix des plus mystérieux : pourquoi une actrice qui vient d'avoir le premier rôle dans un action movie déciderait d'être la fille prétexte dans un film qui fait plus parodie qu'autre chose, perdant ainsi le crédit qu'elle commençait à avoir, et se retrouvant – avec raison – aux Razzies ? Et, pire encore que
Van Helsing, nous avons
Click, navet fini et inexplicable dans sa filmographie, où elle sert simplement à donner la réplique à un
Adam Sandler au sommet de sa surexcitation. Malheureusement, ce sont justement ces films qui ont fait un carton au box-office… et se collent de façon indélébile au nom de l'actrice.
Et comme si cela ne suffisait pas, comme beaucoup d'actrices,
Kate Beckinsale a eu ses films douteux au début des années 90, période difficile pour le cinéma américain qui ne pensait pas qu'on puisse faire un film correct sans y glisser quelques scènes érotiques explicites plus ou moins réussies (souvent moins que plus, d'ailleurs). L'actrice, dont la carrière venait de débuter, a donc joué dans
Uncovered en 1994 et
Haunted en 1995.
Uncovered, pseudo-thriller pseudo-intellectuel (et adaptation du roman de
Michael Hirst), ne semble avoir d'autre but que de faire coucher ses personnages principaux ensemble selon diverses combinaisons. Même si
Haunted a un peu le même esprit, le film en lui-même est déjà bien mieux : c'est en fait une histoire de fantômes revisitée, aux effets spéciaux curieux et à l'ambiance kitsch mais au scénario intelligent.
Les mêmes années, on la retrouve pourtant au Royaume-Unis dans deux téléfilms tout à fait rangés : Emma, adaptation surannée pour la BBC du roman de
Jane Austen, et Cold Comfort Falm, rafraichissante histoire d'une jeune femme moderne qui débarque dans la campagne des années 30 – dont on retrouve d'ailleurs de forts échos dans Un Mariage de rêve sorti cette année. Un changement de ton radical et bienvenu, loin de ces rôles ultra-prévisibles que lui proposent les Etats-Unis.
La vérité est ailleurs…
Ce n'est finalement pas dans les films connus qu'il faut chercher la vraie actrice, mais dans les petits films ; dans les comédies romantiques, qui, si l'on suit
Meg Ryan, sont les rôles les plus difficiles à jouer, et où
Beckinsale est vraiment très juste ; dans ses débuts, aussi ; et dans quelques films, qu'il faut repérer parmi les plus grosses productions, comme le très bon
Laurel Canyon (2002) de
Lisa Cholodenko, qui a reçu le prix du meilleur scénario d'Un Certain Regard à Cannes, ou La Coupe d'Or, imbroglio amoureux de
James Ivory sorti en 2000, lui aussi présenté à Cannes. On se souviendra aussi de sa rencontre avec
Chloe Sevigny dans
Les Derniers jours du disco (1998).
Bien sûr, parmi ces petits films il n'y en a pas eu que des bons :
Bangkok, aller simple (1999), de
Jonathan Kaplan, raconte d'une façon des plus proprettes l'enfermement de deux amies (
Beckinsale et
Claire Danes) dans les prisons thaïlandaises : ce
Midnight Express au féminin, comme le film a été présenté, est bien calme et transparent et les performances de ses deux actrices ne l'aident pas suffisamment. Et que dire aussi de
Tiptoes, même pas sorti en France – et avec raison, film de 2003 qui suit une jeune femme (Beckinsale) enceinte qui tombe amoureuse de son beau-frère nain ?
Parlons aussi un peu de ces comédies romantiques, pas encore approchées : sa première, c'est en Angleterre qu'elle la tourne.
Shooting Fish sort en 1997 dans l'indifférence française, mais n'est pas déméritant ; le film suit deux orphelins maintenant adultes, bricoleurs et magouilleurs, qui s'associent à une jeune femme pour devenir riches ; l'ambiance est joyeuse, l'humour sain, et on peut sans doute plus parler de comédie romancée que romantique. En 2001 sort Un Amour à New York, vraie romance de
Peter Chelsom avec tout ce qu'il faut : héros que tout oppose (
John Cusack est l'amoureux transis), meilleurs amis, fiançailles mais pas avec les bonnes personnes… le film dégouline de bons sentiments mais fonctionne très bien ; pourtant là encore, le succès français n'est pas au rendez-vous, même si le film s'en sort bien aux Etats-Unis. Et puis Un Amour à New York est tourné tout de suite après
Pearl Harbor et est une façon comme une autre de se détacher de ce film.
Reste le problème du controversé
Aviator. Le film a été critiqué de façon positive et négative, et l'interprétation d'Ava Gardner par
Beckinsale a laissé plus d'un critique sur sa faim. Mais soyons justes : tout le monde n'avait d'yeux que pour l'exubérance de
Cate Blanchett, et sa compagne de jeu est donc passée sous silence et mal jugée. A dire vrai,
Kate Beckinsale interprète avec classe ce personnage anecdotique dans le film, mais pourtant marquant.
Qu'en est-il en ce moment ?
Mais malgré cela, la France ne s'intéresse pas à ses films indépendants, et ce sont les gros blockbusters qu'elle nous propose. Ces deux dernières années, nous avons donc raté des films comme
Snow Angels (nominé à Sundance en 2007, sorti dans quelques salles aux Etats-Unis), et
Winged Creatures (passé en juin 2008 au LA Film Festival, sorti en DVD en 2009 après une sortie ciné éclair malgré le casting des plus corrects) et, sans doute,
Nothing but the Truth. Trois films sombres, torturés, aux qualités inégales mais présentes, au scénario réel (contrairement à d'autres films pourtant sortis en France) dans lesquels
Kate Beckinsale sait habiter ses rôles.
En revanche, nous avons pu assister à l'excursion de l'actrice dans le thriller horrifique en 2007 avec
Motel, qui suit un couple pris dans un motel par un fou à la Norman Bates. Sans grande inspiration certes, mais tout de même correct et n'aurait sans doute pas mérité les critiques si dures.
Beckinsale, en tout cas, s'en sort pas mal.
Et ce maintenant, c'est
Whiteout qu'on nous propose de découvrir, l'adaptation du comic book du même nom par
Rucka et
Lieber. L'actrice est une marshal perdue au milieu de l'Antartique, et doit enquêter sur des morts suspectes parmi une équipe de scientifiques. Nous parlons plus amplement du film dans la critique qui lui est dédiée; disons simplement qu'il manque furieusement de … tout, sans doute, pour qu'un film de ce genre fonctionne, mais
Kate Beckinsale rattrape l'ensemble en donnant corps à son personnage.
Et après ?
L'actrice a terminé le tournage d'
Everybody's Fine, film de
Kirk Jones racontant une réunion de famille un peu forcée entre un père et ses enfants partis depuis longtemps ; ce film doit normalement sortir en mars 2010 en France, mais ne soyons pas trop certains : après tous, les trois films mentionnés plus haut avaient eux aussi une date de sortie.
On entend aussi doucement parler d'
April 23rd, dont l'histoire se déroulerait pendant la Guerre Froide : le personnage principal serait un agent russe infiltré aux Etats-Unis.
Ne reste plus qu'à espérer que la France arrête de bouder les petits films de
Beckinsale, ceux qui font appel à ses talents d'actrice : avec un peu de chance, nous pourrons nous aussi découvrir qu'elle est autre chose qu'une jolie fille qui court vite.
Pour finir, comme le dossier n'était pas chronologique, voici la biographie de l'actrice :
1991 :
One against the Wind (TV)
1992 :
Rachel's Dream (TV)
1993 :
Anna Lee : Headcase (TV)
Beaucoup de bruit pour rien
1994 :
Le Prince de Jutland
Uncovered
1995 :
Cold Comfort Farm (TV)
Marie-Louise ou la permission
Haunted
1996 :
Emma (TV)
1997 :
Shooting Fish
1998 :
Les Derniers jours du disco
Alice through the looking glass (TV)
1999 :
Bangkok, aller simple
2000 :
La Coupe d'or
2001 :
Pearl Harbor
Un Amour à New-York
2002 :
Laurel Canyon
2003 :
Tiptoes
Underworld
2004 :
Van Helsing
Aviator
2006 :
Underworld : Evolution
Click
2007 :
Snow Angels
Motel
2008 :
Winged Creatures
Nothing but the Truth
2009 :
Whiteout
Everybody's Fine
2010 :
April 23rd