En plus de trente ans de carrière, le réalisateur/acteur Gérard Jugnot a réussi à s'imposer comme l'un des comédiens français les plus populaires et attachants du paysage cinématographique. Petit récapitulatif pour bien connaître le parcours de cet artiste aux talents multiples.
Là où tout a commencé.
Gérard Jugnot est né le 4 mai 1951 à Paris. Né de l'union d'un père directeur d'une petite entreprise de chauffage central et d'une mère qui a vite cessé de travailler pour s'occuper de ses deux enfants, le petit Gérard passe son enfance puis son adolescence à Puteaux. Timide, réservé, il avoue aujourd'hui que son enfance était un peu triste. Alors, pour faire face à l'ennui, il profite pleinement des sorties du samedi soir où ses parents l'emmenaient au cinéma. Il y découvre le comique de
Buster Keaton,
Laurel et Hardy,
Charlie Chaplin mais aussi
Louis de Funès et
Jacques Tati. En 1965, le jeune
Gérard Jugnot réalise son premier court-métrage,
Plombfinger, parodie de
Goldfinger fait avec les moyens du bord. Lors de son entrée dans la vie lycéenne, il est admis au Lycée Pasteur de Neuilly situé de l'autre côté du pont menant à Puteaux. Il y rencontre tout d'abord
Christian Clavier et
Thierry Lhermitte (en 5ème) puis
Michel Blanc (en 3ème). En leur compagnie, il continue à réaliser des courts-métrages lors de l'absence de son père à la maison.
Hier
La rentrée dans la vie active.
Au début des années 70,
Gérard Jugnot, accompagné de ses amis de lycée rejoints par
Marie-Anne Chazel,
Josiane Balasko,
Valérie Mairesse et
Bruno Moynot, forme la troupe comique du Splendid. Plein d'espoir et de foi dans l'envie qu'ils ont de jouer la comédie, ils retapent successivement plusieurs locaux pour créer un Théâtre et se produire sur scène. Après plusieurs essais infructueux, ils s'installent rue d'Odessa puis rue des lombards où ils aménagent leur café-théâtre, « Le Splendid ».
Gérard Jugnot participe activement aux scénarios et à la mise en scène des pièces malgré son rêve : devenir réalisateur. En parallèle, il prend, comme ses camarades, des cours de comédie avec l'immense actrice
Tsilla Chelton, joue dans des publicités à caractère alimentaire vantant les sacs poubelles Glad (avec
Henri Guybet) ou les gratins dauphinois de Lustucru et fait ses premiers pas au cinéma sous la direction de
Jacques Doillon dans
L'An 01, film collectif également réalisé par
Alain Resnais et
Jean Rouch dans lequel on retrouve aussi d'autres membres du Splendid :
Lhermitte,
Clavier, Josiane Balasko et même
Patrice Leconte qui, alors, tournait des courts sans savoir qu'il jouerait un grand rôle dans la carrière de
Gérard Jugnot et de ses amis.
La troupe du Splendid devant leur café-théâtre
Doté d'un physique particulier (aspect rondouillard, moustache, calvitie précoce, voix qui monte dans les aigus), il va faire de ses défauts un atout en jouant des petits-rôles passe-partout dans des films de grands réalisateurs (
Les valseuses de
Bertrand Blier,
Que la fête commence,
Le juge et l'assassin,
Des enfants gâtés, tous trois de
Bertrand Tavernier,
Pas de problème !,
On aura tout vu, deux films de
Georges Lautner mais aussi
Le locataire de
Roman Polanski ou encore
Monsieur Klein de
Joseph Losey). Si le cinéma s'intéresse à lui de façon très anecdotique, il casse la baraque au Splendid avec trois pièces qu'il a coécrites : « Je vais craquer », « Amour, coquillages et crustacés » et « Le Père-Noël est une ordure » que la troupe jouera tour à tour durant sept ans. Un triomphe !
Dans la pièce «Amour, coquillages et crustacés»
Enfin, le succès !
Au Lycée Pasteur de Neuilly se trouvait également un futur réalisateur,
Charles Némès, qui fera tourner
Gérard Jugnot très rapidement, tout d'abord dans ses courts-métrages (
Le Bol d'air,
Bonne présentation exigée en 1975 et 1976) puis dans son premier long dans lequel l'acteur partage le premier rôle avec
Daniel Auteuil,
Les héros n'ont pas froid aux oreilles (1979). Juste avant, le jeune réalisateur
Patrice Leconte (qui n'en est qu'à son second film) signe l'adaptation de la pièce « Amours, coquillages et crustacés » qui deviendra sur grand écran
Les bronzés. Si le succès est éclatant et malgré une suite,
Les bronzés font du ski, tournée en 1979,
Gérard Jugnot n'est pas encore reconnu comme un acteur sur lequel il faut compter sans l'apport des autres membres du Splendid. Il continuera donc un certain temps à jouer de petits rôles où les metteurs en scène se servent de son physique de Français moyen (
Les petits câlins,
Retour en force de
Jean-Marie Poiré,
Le coup de Sirocco d'
Alexandre Arcady ou
Le coup du parapluie de
Gérard Oury sur le tournage duquel il rencontrera son futur ami et modèle dans la profession :
Pierre Richard.).
Les bronzés font du ski
Le triomphe suivra l'adaptation cinématographique de
Le Père Noël est une ordure par
Jean-Marie Poiré. Le talent de
Gérard Jugnot comédien est alors reconnu par la profession qui lui confiera à l'avenir des premiers rôles : que ce soit
Edouard Molinaro dans
Pour cent briques t'as plus rien…,
Philippe Galland dans
Le quart d'heure américain ou bien encore
François Leterrier dans
Le garde du corps avec
Jane Birkin. A la même période, il tournera de nouveau avec ses amis du Splendid,
Papy fait de la résistance sous la direction, une nouvelle fois, de
Jean-Marie Poiré. Un nouveau triomphe qui le conforte dans son statut de comédien jouant les pleutres, les égoïstes, les « gentils » méchants. En 1982, il joue sur la scène du Splendid Saint-Martin, son premier one man show intitulé « Enfin seul » dans lequel il croque gentiment les défauts de ses contemporains, de l'homo du Marais à l'instructeur militaire en passant par le fonctionnaire qui « n'en fout pas une » au bureau. En 1985, il sort un disque intitulé « Je suis miné », sorte de pastiche de « Chacun fait c'qui lui plait » qui fait aujourd'hui les beaux jours du site bides et musiques.
Un nouveau Jugnot.
Si dans
Le beauf d'
Yves amoureux,
Gérard Jugnot ne se démarque pas de ses rôles précédents en jouant un dindon de la farce cocu manipulé par son meilleur ami, il change carrément de cap avec
Tandem de son ami
Patrice Leconte, film magnifique pour lequel il rase sa moustache. Détail probablement anodin si une certaine gravité, jusqu'alors inconnue, ne se remarquait sinon dans son jeu, en tout cas dans ses rôles. En en faisant le fidèle assistant d'un présentateur radio joué par
Jean Rochefort,
Patrice Leconte utilise
Gérard Jugnot dans un contre-emploi qui séduit spectateurs et critiques. Ce qui vaut à l'acteur une première nomination en tant que meilleur acteur aux Césars de 1988. Sans délaisser la comédie pure (dans les films de
Didier Kaminka par exemple :
Tant qu'il y aura des femmes et
Les cigognes n'en font qu'à leur tête mais aussi dans
Les 1001 nuits de
Philippe de Broca),
Gérard Jugnot joue avec son image et continue d'approfondir son jeu dramatique dans des films tels que
Voyage à Rome de
Michel Lengliney, son propre film
Une époque formidable qui lui vaut sa seconde nomination en tant que meilleur acteur en 1992 ou encore
Marthe (nomination du meilleur seconde rôle masculin lors des Césars de 1998) de
Jean-Loup Hubert où il joue un soldat de la Grande guerre.
A : Scout toujours…, B : Tandem, C : Une époque formidable, D : Marthe
Truculence, bonhomie, humour et tendresse sont alors les mots qui caractérisent son jeu qui se diversifie de plus en plus. En interprétant l'enseignant des
Choristes en 2004 (remake de
La cage aux rossignols de
Jean Dréville),
Gérard Jugnot est nominé pour la troisième fois en tant que meilleur acteur aux Césars. Il enchaîne avec des films populaires mais cette fois dans le registre de la comédie :
Les Bronzés 3 : Amis pour la vie de
Patrice Leconte est un immense succès tandis que
L'Ile aux trésors « se vautre » totalement au point de vue des entrées. En alternant comédies douces amères et grosse comédie à l'humour parfois potache,
Jugnot montre qu'il peut jouer sur plusieurs tableaux et son nouveau physique (visage portant les traces du temps, barbe grise) lui permet d'aller vers des rôles plus graves comme récemment dans
Faubourg 36 de
Christophe Barratier ou dans
La Sicilienne de
Marco Amenta dans lequel il interprète un juge luttant contre la mafia italienne. Le 14 juillet 2004, il reçoit l'ordre de Chevalier de la Légion d'honneur.
Gérard Jugnot : réalisateur.
Gérard Jugnot c'est, certes, un réalisateur de publicités inventif (pour Flunch, Banania, les Pizzas Pino, les cigarettes Lucky Strike…) mais c'est aussi et surtout un cinéaste « auteuriste » qui a su créer un univers tout personnel au travers de ses neuf films. Aussi, c'est en 1984 que
Gérard Jugnot débutera derrière la caméra en tant que réalisateur, sa première passion, avec
Pinot, simple flic, joli petit succès dans lequel il interprète un agent de la Force publique. Il poursuivra l'expérience en 1985 avec
Scout toujours… où on le retrouve, cette fois-ci en chef louveteau un peu pathétique et ridicule. On distingue alors déjà ce qui fera la marque de son cinéma, ce coté doux-amer dans lequel le ridicule des personnages côtoie le drame social. Si cet aspect est moins présent dans
Sans peur et sans reproche (1988), comédie historique qui aura un succès très mitigé, il est davantage présent dans
Une époque formidable (1991), peut-être son meilleur film dans lequel un cadre perd à la fois son travail, sa femme et son foyer. Un succès.
Casque bleu (1994) traite d'un groupe de vacanciers parisiens pris dans la tourmente d'une guerre civile. Probablement trop sérieux, le sujet n'attire pas les foules malgré un film qui flirte dans les hauteurs de l'œuvre de
Gérard Jugnot. Le malaise s'instaure encore davantage avec
Fallait pas… !(1996), film mineur sur le danger des sectes… et bide total au box-office.
Monsieur Batignole
Le
Gérard Jugnot réalisateur revient en pleine forme en 2000 avec
Meilleur espoir féminin dans lequel il révèle le talent de
Bérénice Béjo (qui jouera ensuite dans
OSS 117, le Caire nid d'espions). Si le film parle des craintes d'un père concernant l'avenir de sa fille qui veut devenir comédienne, une légère critique du milieu du cinéma se fait sentir. Avec ce beau succès public,
Jugnot retrouve les grâces des spectateurs.
Monsieur Batignole en 2002 confirme la donne avec l'un des meilleurs films du cinéaste et un grand succès au box-office. Pourtant, en 2005, il signe un remake de
Boudu sauvé des eaux de
Jean Renoir sobrement intitulé
Boudu, de loin son plus mauvais film dans lequel la grossièreté le dispute à l'inutilité du projet. Le 14 octobre 2009 sort son neuvième et dernier film,
Rose & noir qui parle, sous couvert de comédie, de l'inquisition qui a existé au XVIe siècle. Une ode pour les minorités et contre le racisme de tous genres. Futur succès ou futur échec ? On ne saurait le dire tant l'acteur/réalisateur balance entre succès et échecs tout comme ses tournages varient entre la comédie pure et celle à message social. En tout cas,
Gérard Jugnot, personne timide et inquiète, a réussi en trente ans (et presque cent films à son actif en tant qu'acteur) à faire partie des comédiens français sinon les plus populaires, en tout cas, les plus attachants aux yeux du public.
Aujourd'hui
Cotation des films réalisés par Gérard Jugnot.
1984 :
Pinot, simple flic XX
1985 :
Scout toujours… XX
1988 :
Sans peur et sans reproche X
1991 :
Une époque formidable XXX
1994 :
Casque bleu XXX
1996 :
Fallait pas !... X
2000 :
Meilleur espoir féminin XX
2002 :
Monsieur Batignole XXX
2005 :
Boudu 0
2009 :
Rose & noir X