Suite à la projection des 25 minutes d'Avatar de James Cameron, son producteur John Landau a donné rendez-vous dans un hôtel parisien aux journalistes présents lors de la présentation pour une petite conférence durant laquelle le monsieur a tenu à expliquer la façon dont toute l'équipe du film a imaginé et créé le fabuleux monde de Pandora vu quelques instant plus tôt sur grand écran. L'interview a également été une opportunité pour John Landau d'essayer d'expliquer les avancées de la Performance Capture, trop sous-estimée, dénigrée ou tout simplement méconnue. Morceaux choisis.
Y a-t-il deux montages du film, l'un en 2D, l'autre en 3D ?
Il n'y a qu'un seul montage. Mais il a d'abord été monté en 2D, pour vérifier si d'un point de vue dramatique et narratif l'ensemble fonctionnait. Et après seulement, on a regardé le film en 3D. Nous avons procédé de même en ce qui concerne les effets spéciaux : nous les avons visionnés en 2D pour les évaluer et nous les avons ensuite regardés en 3D.
Pour des raisons techniques, James Cameron a attendu quinze ans avant de faire Avatar. Quelle avancée technologique l'a décidé à se lancer ? Est-ce le Gollum du Seigneur des Anneaux ? Quelles avancées ont eu lieu depuis ?
En fait c'est un ensemble de raisons, et Gollum en est une. Des essais que nous avons réalisés pour un autre film ont par exemple servi de tests et nous ont montré ce dont on était capables. Notre travail est différent de celui effectué pour Gollum. Généralement, les gens désignent cela sous le nom de motion-capture mais nous appelons ce que nous faisons de la performance-capture. Nos acteurs portaient une sorte de caméra virtuelle qui photographiait leur visage, leurs mouvements. Weta Digital (la société d'effets spéciaux de
Peter Jackson) interprétait ensuite leur jeu image par image, à un niveau quasi microscopique, afin d'obtenir un rendu encore plus fidèle. Nous disions aux acteurs que ce qu'ils verraient sur les écrans serait bien leur performance et pas une retranscription réalisée par un animateur. En un sens, les personnages que nous avons conçus sont comme des prothèses modernes. Mais maquiller un acteur pendant quatre heures n'est plus nécessaire. Les prothèses ne sont que des rajouts tandis que nous pouvons réduire la taille d'une bouche ou élargir les yeux. Nous disposons d'une plus grande liberté artistique.
C'est difficile pour le public d'imaginer comment le film a été tourné par rapport aux décors. Est-ce que les acteurs étaient sur un fond vert en permanence avec des éléments de décors ?
Pour la production du monde de Pandora, il n'y a pas eu de fond vert ! Car tout était virtuel. Nous avons capturé sur ordinateur la performance des acteurs. Quant au monde imaginaire, il était déjà informatiquement construit d'avance donc nous n'avions pas à effectuer d'intégration ni à utiliser de fond vert. Au moment de saisir la performance des acteurs,
James Cameron avait une caméra virtuelle avec laquelle il pouvait non pas voir les comédiens, mais littéralement les personnages dans un rendu proche des jeux vidéo des années 90. Ainsi lorsqu'il déplaçait la caméra sur le plateau, il ne voyait pas le plateau mais le monde de Pandora. Concernant les acteurs, nous leur avons donné tous les accessoires dont ils avaient besoin pour interagir : nous leur avions fourni une chaise, des feuilles d'un arbre de la forêt par exemple. Le premier jour de tournage, j'ai demandé à
Sigourney Weaver ce qu'elle pensait du procédé. Elle m'a répondu que grâce aux moniteurs de contrôle qui lui permettaient de voir le résultat de son jeu, d'une certaine manière c'était plus facile de jouer qu'au théâtre où il n'y a pas toujours de renvoi avec les spectateurs.
Est-ce le début d'une saga ? Et si oui, est ce que le film a été tourné dans ce sens là ?
Le public en décidera. Le monde proposé dans
Avatar est si riche qu'il y a beaucoup d'autres histoires que
Jim a envie de creuser.
Quelle a été votre première réaction quand James Cameron vous a parlé pour la première fois du projet ?
La première fois que
Jim m'a parlé d'
Avatar, c'était plusieurs années avant que nous attaquions la production de
Titanic. Il avait écrit un scénario partiel, incomplet, plutôt une sorte de nouvelle avec certaines scènes incluant des dialogues. Quelque chose de très fourni avec de nombreuses descriptions. Toute l'histoire était là. A l'époque Jim faisait partie de Digital Domain, une société d'effets spéciaux à qui nous avons dit que c'était ce que nous voulions faire après
Titanic. On nous a répondu que nous allions les mettre en faillite. Alors nous avons attendu. Pour ce qui est de la création du monde de Pandora, nous avons essayé de copier la nature sur Terre et de l'appliquer dans un autre contexte. Ceux qui ont déjà fait de la plongée sous marine la nuit savent que certains éléments deviennent luminescents. Ces mêmes éléments, nous les avons sortis de l'eau pour les mettre à l'air. Nous avons également pris exemple sur les grenouilles très colorées qui vivent dans la jungle amazonienne : nous avons pris leurs couleurs pour les appliquer sur des créatures semblables aux éléphants et aux rhinocéros qui sont plutôt gris dans notre monde.
Quelles recherches ont été menées par rapport à la végétation et à la langue des Na'vi ?
Un linguiste de l'université de Californie du sud a été engagé pour inventer leur langage. Honnêtement, je pensais que ce serait facile. Qu'il suffisait de prendre un mot comme « eau » et qu'il le transforme en « Cucucu ». Bien évidemment, ce n'est pas aussi simple. Il a mis six mois rien que pour en établir la structure et les fondations. Il était important pour
Jim d'avoir une langue qui ne ressemble à aucune autre. Ni au maui, ni au hindi et surtout pas au klingon… Il était primordial pour nous que les Na'vi soient une tribu crédible. Si certains parlent anglais dans le film c'est parce que Grace, le personnage interprété par
Sigourney Weaver, a ouvert une école où ils ont appris l'anglais. A l'instar de ce que nous avons fait avec les pays colonisés. Une chose intéressante à propos des Na'vi, c'est qu'ils n'ont pas de langage écrit, tous passe par la parole : leur culture, leur histoire se transmet par les chansons.
Qu'est ce qui a motivé le choix des acteurs principaux?
Trouver l'interprète de Jake (le personnage campé par
Sam Worthington) n'a pas non plus été facile. Il fallait absolument dénicher un acteur doté d'un large panel d'émotions, capable d'être au début vulnérable et de devenir un vrai leader à la fin, quelqu'un qui par un discours peut soulever un peuple et le mener à la guerre.
Sam Worthington possède cette capacité. Pour Zoe Saldana qui joue Neyriti, nous voulions une comédienne qui puisse capturer l'âme du personnage. Il n'était pas juste question de la voix ou du physique : il fallait quelqu'un qui puisse devenir cette héroïne, digne, noble… et belle. Elle s'est entrainée avec un des membres du Cirque du Soleil, elle a pris des leçons de tir à l'arc et d'équitation. Nous avons emmené tout le casting dans les forêts d'Hawaï pour qu'ils y répètent leurs scènes, afin de leur fournir une certaine expérience des lieux qu'ils ont pu ramener au studio. Nous avons d'ailleurs filmé ces répétitions qui nous ont servi de référant multiple, pour les acteurs et les informaticiens de Weta.
Rappelons qu' Avatar sortira dans nos salles obscures le 16 décembre 2009… dans toutes les versions.