A l'occasion de la sortie en salles de Public Enemies, retour sur les dix huit années de carrière de Christian Bale, devenu l'un des acteurs les plus appréciés de sa génération.
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La carrière de
Christian Bale est passée par de nombreux stades qui ont émaillé son statut de comédien : d'abord enfant prodigue (
L'Empire du Soleil), jeune premier prometteur (
Velvet Goldmine), révélation fracassante (
American Psycho), acteur de composition exigeant (
The Machinist) et maintenant star internationale (
Batma Begins). Des étapes qui lui ont permis d'obtenir un prestige, une reconnaissance mondiale et unanime, véhiculée massivement par internet, rarement acquises dans le cinéma moderne. Mais dans ce milieu rien n'est acquis éternellement : celui qu'Entertainment Weekly déclara l'un des «
huit acteurs cultes de cette décennie » et l'une des personnalités les plus créatives de l'industrie cinématographique, a vu sa prestance diminuée sensiblement en à peine une année. Entre le triomphe mondial de
The Dark Knight, le chevalier noir de
Christopher Nolan et le succès timide de
Terminator Renaissance de
McG, son nom a été associé à un fait divers gênant, un pétage de plomb public relégué en masse par la presse et deux rôles légèrement en retrait qui ont débouché sur quelques critiques bien senties. Autrefois admiré pour ses compositions travaillées et subtiles,
Christian Bale ne serait plus devenu qu'une diva dotée de deux expressions faciales (propos largement entendus sur internet), lui qui était considéré il n'y a pas si longtemps comme l'un des plus doués de sa génération, cependant jamais nominé à l'Oscar malgré les louanges répétées. Retour sur un parcours définitivement différent des autres, suivant des lignes bien établies pour souvent les contredire dans la foulée, une destinée au goût de paradoxe qui ne devrait pas s'arrêter de sitôt à en croire la sortie éminente de
Public Enemies de
Michael Mann.
Graine de star
Christian Charles Philip Bale voit le jour à Haverfordwest dans le Pays de Galles, le 30 janvier 1974. Il est le dernier né (et premier mâle) d'une famille de quatre enfants. Son père David Bale est un pilote de ligne tandis que sa mère Jenny est une danseuse de cirque souvent en représentation. On comprend aisément que sa jeunesse se soit éparpillée entre l'Angleterre, le Portugal et les Etats-Unis. Pour son goût de la comédie, les racines sont à chercher du côté de ses grands-pères et membres de la famille plus ou moins éloignés. L‘un d'eux était un acteur de théâtre qui fut par deux fois la doublure de
John Wayne en Afrique. Son oncle, Rex Bale, officia dans plus de vingt films et l'une de ses sœurs Louise est déjà intégrée dans la profession. Sa première expérience devant les caméras, l'enfant la connaîtra à 9 ans lorsqu'il est choisit pour tourner une publicité anglaise pour des céréales Pac-Man. Apparemment conquis par l'expérience,
Christian Bale monte sur les planches du West End et donne la réplique à
Rowan Atkinson dans la pièce « The Nerd ». Il témoigne d'une forte personnalité (alors que ses sœurs lui font la lecture du « Petit monde de Charlotte », il décide subitement de devenir végétarien) et d'une ambition peut commune à cet âge-là : lorsque vient sa douzième année, il auditionne pour intégrer plusieurs écoles d'art dramatique prestigieuses, la Royal Academy of Dramatic Art, la London Academy of Music and Dramatic Art et la Central School of Speech and Drama. Toutes l'accepteront. Mais ses parents refusent, préférant que leur progéniture continue son cursus scolaire garant d'une meilleure stabilité.
Ce qui ne l'empêche pas après deux coups d'essai à la télévision (dont le téléfilm
Anastasia : The Mystery of Anna au cours duquel il peut côtoyer
Olivia de Havilland et
Omar Sharif), d'obtenir son premier rôle au cinéma dans
Moi in the Land of faraway (
Moi min Moi, 1987) de
Vladimir Grammatikov, production fantastique soviéto-européenne oubliée avec
Christopher Lee. Son excursion suivante sera d'une tout autre trempe : pour sa prochaine réalisation, inspirée de l'œuvre autobiographique de
J.G Ballard,
Steven Spielberg cherche un jeune Anglais susceptible d'avoir les épaules pour incarner le héros de
L'Empire du soleil, (
Empire of the Sun, 1987) un colon britannique séparé de ses parents lors de l'invasion japonaise en Chine et enfermé dans un camp de prisonniers pendant la seconde guerre mondiale. Le parcours psychologique du garçon, son omniprésence dans le récit et l'importante logistique de la superproduction (reconstitution en entier d'un camp de détention, utilisation massive de figurants, réquisition d'un axe routier majeur de Shanghai pendant plusieurs jours, séquences aériennes utilisant des vrais avions de combat de la période), exigent un interprète d'une grande maturité, tout en conservant une spontanéité et une fraîcheur qui permettra l'identification nécessaire du spectateur, garantissant le bon fonctionnement de tout le métrage. Les enjeux sont d'autant élevés qu'à l'époque le réalisateur entame une série de films destinés à lui fournir une légitimité artistique auprès de la presse et de la profession qui ne le voit uniquement comme un entertainer doué (depuis vingt ans les choses n'auront pas beaucoup évolué). Pas le droit à l'erreur donc dans son choix parmi les 4000 postulants au poste. Naturellement, son regard se porte sur le juvénile Christian alors seulement âgé de 13 ans, chaudement recommandé par sa femme.
Une étoile est née
Toute l'équipe reste pantoise et admirative de la performance de jeu du petit qui doit donner la réplique à des professionnels de la trempe de
John Malkovich,
Miranda Richardson,
Joe Pantoliano… (et
Ben Stiller à la limite de la figuration). La National Board of Review ne s'y trompe pas en lui attribuant le prix « Best Young Actor in a Motion Picture », récompense tout spécialement créée pour sa prestation. Pourtant si le talent n'échappe pas à l'attention de ses collègues ni à celle des professionnels de la critique, en revanche il n'en va pas de même pour les spectateurs qui en cette année 1987 ne se ruent pas dans les salles obscures pour s'émerveiller de l'interprétation de
Christian Bale, pas plus que pour s'émouvoir devant cette remarquable évocation du conflit à travers les yeux d'un enfant s'effaçant progressivement pour laisser la place au monde grave et sans pitié des adultes. Pas vraiment étonnant,
L'Empire du soleil demeurant encore l'une des œuvres les moins connues de son auteur. Presque un coup dans l'eau… presque.
Parallèlement à ses études,
Christian Bale continue son infiltration dans le 7ième art durant les vacances, principalement à la télévision avec un téléfilm adapté du célèbre roman d'aventure de
Robert Louis Stevenson «
L'Ile au trésor » où ses partenaires se nomment
Charlton Heston,
Oliver Reed et de nouveau
Christopher Lee. Au cinéma, il fait une petite apparition dans le
Henry V (1989) de
Kenneth Branagh avant de revenir au premier plan une fois majeur dans la comédie musicale produite par Disney,
Newsies (1992) dans lequel figure également
Louise Bale. Malgré tous les efforts d'apprentissage de l'acteur pour être crédible dans le rôle demandant des connaissances en danse et en chant, le film est un cuisant échec pour la firme. Des efforts non récompensés qui le fatigue mais confirment sérieusement son profond désir de rejoindre une grande école théâtrale. L'avis de plusieurs de se mentors dont
Robert Duvall, prétextant qu'il est encore trop jeune, lui font rebrousser chemin. Cette période difficile de l'existence de l'adolescent n'est pas arrangée par la décision de sa mère de quitter son mari après plusieurs années passées sur les routes. Son père finit par abandonner sa carrière pour devenir son manager et ils déménagent pour Los Angeles où le jeune homme flirtera brièvement avec la délinquance et la drogue. En 1993, il se réfugie dans le travail et retrouve le chemin du drame historique dans
Swing Kids de
Thomas Carter, sur un groupe d'amis berlinois mélomanes intégrés dans les jeunesses hitlériennes allemandes. Le film se tourne à Prague non loin des plateaux de
La Liste de Schindler que prépare son ami
Steven Spielberg et est l'occasion de chaudes retrouvailles. Le comédien tente une fois de plus de prouver qu'il n'est pas juste « l'enfant de
L'Empire du Soleil ». Ce n'est pas avec celui-ci qu'il réussira à enlever cette étiquette,
Swing Kids étant un flop financier qui n'intéresse personne ou si peu de monde.
L'un de ses soutiens les plus importants viendra de l'actrice
Winona Ryder alors au firmament de sa popularité acquise avec
Beetlejuice de
Tim Burton. Amie avec
Bale depuis quelques temps (c'est elle qui lui présentera sa future épouse
Sibi Blazic), la vedette le pistonne pour qu'il intègre le casting des
Quatre filles du Docteur March (
Little Women, 1994) de
Gillian Armstrong qui comprend
Susan Sarandon,
Gabriel Byrne,
Eric Stoltz,
Kirsten Dunst et
Claire Danes. De femmes, l'acteur en est entouré dans le
Portrait de Femme (
The Portrait of a Lady,1996) de
Jane Campion, et débute une liste de longs-métrages adaptés d'œuvres littéraires : les romans de
Louisa May Alcott et
Henry James donc,
Joseph Conrad (
L'Agent secret (
The Secret Agent ,1996)),
Julian Barnes (
Metroland, 1997) et
William Shakespeare (
Le Prince de Jutland (
Prince of Jutland, 1994) et
Le Songe d'une nuit d'été (
A Midsummer Night's Dream , 1999)) qu'il faillit visiter une quatrième fois avec
Roméo + Juliette (
Romeo + Juliet, 1997) de
Baz Lhurmann pour lequel il auditionna pour le rôle de Mercutio. Il n'obtient pas toujours des grands rôles, loupe des opportunités et se contente de longs-métrages indépendants trouvant parfois difficilement leur public, à l'image de
All the Little Animals (1998) de
Jeremy Thomas dans lequel il interprète un arriéré mental en compagnie de
John Hurt. L'un des comédiens intellectuels reconnus ou étoiles d'Hollywood qu'il côtoie fréquemment dans sa filmographie. A force de naviguer au milieu de ces célébrités, il fallait bien que le nom du jeune homme (re)devienne connu de tous et qu'il se fasse rappeler aux yeux des majors qui ne s'intéressent qu'épisodiquement à lui.
D'abord avec
Velvet Goldmine (1999) de
Todd Haynes, qui revisite l'âge d'or du glam rock à travers l'enquête d'un journaliste sur la mort fabriquée d'une idole de la pop anglaise. Mais c'est surtout son interprétation du golden boy psychopathe d'
American Psycho de
Mary Harron, adaptation du roman polémique homonyme de
Brian Easton Ellis, qui va faire toute la différence.
Christian Bale ravit haut la main le rôle convoité alors par un
Leonardo Di Caprio jugé pas assez mature (détail amusant, sa victoire peut être vue comme une sorte de revanche sur la star qui lui avait chipé la place de Jack Dawson dans le
Titanic de
James Cameron deux ans plus tôt). La froideur et le faux angélisme teinté de folie qu'il inculque au personnage de Patrick Bateman bluffent tout ceux qu'ils l'on vu malgré la réception très mitigée du film à sa sortie (jugé trop aseptisée par rapport à l'œuvre originale). Dès lors, il accède à des productions plus grand public (le remake de
Shaft,
Capitaine Corelli,
Le Règne du Feu,
Equilibrium) accroissant sa popularité de manière fulgurante sur internet au fil de ses prestations parfois hors normes (
The Machinist (
El Maquinista, 2005) de
Brad Anderson). Face à ce gain d'intérêt, les studios pensent à lui pour trôner dans leurs blockbusters : il fut un temps considéré pour incarner Will Turner dans
Pirates des Caraïbes, la malédiction du Black Pearl et a même fait partie de la liste du successeur potentiel à
Pierce Brosnan dans le smoking de l'agent 007, James Bond, suite à sa nomination réussie dans le costume d'un autre personnage célèbre d'une franchise cinématographique en décrépitude: celle de Bruce Wayne/Batman, ranimée en 2005 avec
Batman Begins de
Christopher Nolan. Ce qui suit est connu de tous.
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