Malgré un parcours tumultueux, Charlotte Gainsbourg est parvenue à se hisser parmi les valeurs sûres du cinéma français. Gros plan sur une actrice audacieuse… tel père, telle fille
Une double vocation, une affaire de famille
Charlotte Gainsbourg est née le 21 juillet 1971 à Londres. Fille du couple mythique
Jane Birkin et Serge Gainsbourg mais aussi filleule de
Yul Brynner, on peut dire que son ascendance est loin de nous être inconnue. En 1984, à l'âge de 13 ans, elle chante le célèbre et controversé
Lemon Incest avec son père, une chanson qui parle de l'amour qui unit un père à sa fille. Les paroles susciteront longtemps polémiques et indignation. Mais Serge Gainsbourg en bon provocateur ne s'arrêtera pas là. Suite à cette interprétation, il écrira en hommage à sa fille un album intitulé
Charlotte for ever, qui inspirera le film du même nom qu'il réalisera en 1986 et dans lequel il est toujours question de l'amour paternel, d'un amour ambigu. Le film connaîtra le même sort que
Lemon Incest. Discrédité par la presse et les spectateurs, il ne connaîtra pas l'unanimité du public.
Charlotte Gainsbourg intègre donc les plateaux de cinéma assez tôt. En 1984, pendant que
Jane Birkin est en tournage sur
La Pirate de
Jacques Doillon, cette dernière encourage Charlotte à passer le casting d'
Elie Chouraqui. Elle obtient ainsi son premier rôle dans
Paroles et Musiques où elle incarne la fille de
Catherine Deneuve.
Paroles et musiques
En 1985, elle jouera le temps de quelques répliques dans
La Tentation d'Isabelle de
Jacques Doillon qui n'est autre que son beau-père. Un film au succès relatif mais qui aura le mérite d'attirer l'attention de
Claude Miller qui, conquis par sa prestation, décide de la faire jouer dans son prochain film. Ainsi, elle obtiendra le rôle titre dans le célèbre
L'Effrontée. Incarnant le personnage de Charlotte, la jeune fille prête ses traits à une adolescente torturée, en proie à la tourmente. Un rôle très fort et un film qui connaît un franc succès tant dans les salles que dans la presse. Sa performance lui permet d'obtenir le César du meilleur espoir féminin en 1986. Après avoir joué avec son père dans
Charlotte for ever, elle rejoint cette fois sa mère,
Jane Birkin, en 1987 à l'occasion du tournage de la saga diptyque Varda / Birkin :
Kung-fu master et
Jane.B par Agnes V. (un documentaire sur la vie de l'actrice, chanteuse et compagne de
Serge Gainsbourg). La jeune Charlotte cède à la facilité de la notoriété familiale, n'accepte que des rôles qu'on lui propose, et affiche malgré elle une propension à n'incarner que des adolescentes sombres et torturées. Et les réalisateurs n'en démordent pas. Elle enchaîne donc les rôles de cette catégorie et rejoint pour la seconde fois la distribution de
Claude Miller en 1988 dans
La Petite Voleuse (dont le scénario a été écrit par
François Truffaut). Le film raconte comment une adolescente mène sa propre bataille contre un monde qu'elle déteste en s'adonnant au vol.
L'Effrontée
Charlotte Gainsbourg sourit au cinéma et à l'amour
Une ascendance omniprésente à ses débuts, des rôles sombres,
Charlotte Gainsbourg ne compose pas, elle pose. Ce n'est qu'à partir des années 90 qu'elle décide de s'impliquer dans des rôles plus variés, de se détacher de l'influence qu'exercent ses parents sur sa carrière. En jouant dans
Merci la vie de
Bertrand Blier aux côtés d'
Anouk Grinberg, elle commence à composer ses rôles au regard de sa propre sensibilité et personnalité. Ce film, qui aborde les aventures rocambolesque de deux femmes qui se sont rencontrées sur le bord d'une route (l'une poussant un caddie, l'autre en robe de mariée), considéré comme un OVNI du cinéma français, donne la possibilité à l'actrice de s'éloigner de l'univers
Birkin /
Gainsbourg pour s'essayer à des rôles plus complexes. Mais avec
Charlotte Gainsbourg le cinéma restera toujours une histoire de famille quoi qu'elle en dise. En 1990, elle tourne dans le film d'
Eric Rochant,
Aux yeux du monde. C'est au cours de ce tournage qu'elle rencontrera celui qui deviendra son mari et le père de ses enfants :
Yvan Attal.
Amoureuse
Simple coïncidence ou magie des sentiments, mais c'est à partir de là qu'elle décide définitivement d'élargir sa palette dramatique en se mettant à jouer dans des films différents de ce qu'on a pu voir à ses débuts, soit des films plus drôles, plus légers. Et c'est avec
Yvan Attal qu'elle franchit le cap. Ensemble, ils joueront dans
Amoureuse en 1992 (dans lequel elle obtient le rôle principal) le nouveau film de
Jacques Doillon, et dans
Love etc. de Marion Vernoux en 1996. Une affaire de famille on vous le dit ; car c'est sous la direction de son oncle,
Andrew Birkin, qu'elle tournera également en 1993 son premier film en anglais
Cement Garden. Il va sans dire que malgré la métamorphose de
Charlotte Gainsbourg, les propositions ne se bousculent toujours pas au portillon et sa carrière avance au ralenti. Alors en attendant, on la verra tenter sa première expérience théâtrale en 1994 aux côtés de
Maurice Bénichou dans
Oleanna une pièce de
David Mamet, puis retour à la case cinéma avec
Grosse Fatigue la même année et
Anna Oz en 1996 sous la direction d'Eric Rochant. Un film aux penchants fantastiques qui n'a pas obtenu les faveurs du public malgré le casting de choix (
Emmanuelle Devos et
Gérard Lanvin entre autres). Bien que le succès ne soit pas au rendez-vous,
Charlotte Gainsbourg parvient désormais à décrocher des rôles titres dans des films non francophones : en 1995 elle jouera dans le bouleversant
Jane Eyre, une adaptation du livre homonyme de
Charlotte Bronte. Quatre ans plus tard, elle rejoint le tournage de
Suspicion, un film britannique sombre qui tente malhabilement de marcher sur les traces d'
Hitchcock et
Polanski.
Jane Eyre
Une carrière qui finit par décoller… enfin
Malgré des prestations qui ne passent pas inaperçues, force est de constater que la carrière de
Charlotte Gainsbourg ne décolle toujours pas à la fin des années 90. Toujours embarquée dans des films qui expérimentent le cinéma ou qui n'affichent rien de concluant au box office, le déclic peine à arriver pour le spectateur. Elle devra attendre la sortie de
La Bûche en novembre 1999 pour connaître son premier vrai succès. Cette comédie festive lui permet d'entrer de plain pied dans le cinéma populaire. Dans ce film de
Danièle Thompson, elle rejoint un casting de qualité (
Sabine Azéma,
Emmanuelle Béart) et incarne le rôle d'une jeune célibataire endurcie qui retrouve sa famille pour fêter Noël. La presse et le public réagissent positivement à l'unanimité et reconnaissent enfin sa capacité à composer des rôles divers et variés.
Charlotte Gainsbourg brise la glace à l'occasion de cette victoire, pour contredire publiquement l'image qu'on lui a longtemps attribuée.
La Bûche
Sa convaincante prestation dans le registre comique sera récompensée en 2000 où la jeune actrice décrochera le César du Meilleur Second rôle. En 2001, elle retente l'expérience des plateaux avec
Yvan Attal dans
Ma femme est une actrice. Elle lui donnera la réplique mais jouera également sous sa direction. Le film, qui revient sur le métier d'acteur et les inconvénients qu'il pose dans la vie privée, est aussi une franche déclaration d'amour du cinéaste à celle avec qui il partage sa vie. Le film connaît un succès assez satisfaisant pour que le couple décide de renouveler cette collaboration dans
Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants en 2004. L'année 2001 marquera un nouveau tournant dans la carrière de
Charlotte Gainsbourg, car elle tournera également son premier film américain. Et pas n'importe lequel : 21 grammes d'Alejandro Gonzales Inarritu et dans lequel la comédienne prête ses traits à la femme de
Sean Penn. Le film devenu culte aujourd'hui, a été encensé par la critique au moment de sa sortie et primé au Festival de Venise. Charlotte fera également deux apparitions à la télévision dans
Nuremberg et
Les Misérables avant de jouer dans le nouveau film de
Patrice Leconte Felix & Lola. Après près de quatre ans d'absence, elle marque son retour en 2005 par sa collaboration avec
Claude Berri dans L'un reste, l'autre part où elle partage l'affiche avec le cinéaste et
Daniel Auteuil.
Ma femme est une actrice
21 grammes
Forte de son expérience dans l'expérimentation, le fantastique, les rôles sombres et décalés, elle sera également sollicitée pour jouer dans des films uniques dans le paysage cinématographique, tels que
Lemming de
Dominik Moll. Le réalisateur prouve avec brio que le cinéma français a plus d'une corde à son arc et peut montrer plus que des comédies trop convenues. Aussi dans
Lemming,
Charlotte Gainsbourg jouera aux côtés de
Charlotte Rampling et sera embarquée dans une histoire irrationnelle avec pour élément perturbateur le cadavre d'un rongeur. En 2006, elle sera à l'affiche du célèbre et coloré La Science des rêves de
Michel Gondry qui revitalise également le cinéma français avec une œuvre alliant burlesque, poésie, fantastique, comédie et onirisme.
Lemming
La même année, elle donnera la réplique à
Alain Chabat dans
Prête-moi ta main, une comédie légère qui a obtenu de beaux résultats au box office avec plus de 3,6 millions d'entrées. Après avoir fait une courte pause le temps d'enregistrer un nouvel album
5 :55, elle rejoint en 2007 le continent américain pour tourner le film
I'm not there, un biopic retraçant la vie du grand Bob Dylan. Le 27 février 2009, elle préside la 34e cérémonie des César animée par Antoine De Caunes. Mais on la retrouve aussi à l'occasion du 62ème Festival de Cannes où cette fois, elle vient présenter le dernier film de Lars Von Trier, le sulfureux
Antichrist, dans lequel elle partage l'affiche avec
Willem Dafoe. Le long-métrage suscite de vives réactions et pas des plus positives, mais sa prestation lui vaudra le prix d'Interprétation Féminine pour ce rôle aussi provocateur qu'intense.
Antichrist
Récapitulatif de ses récompenses et nominations :
Victoires :
-
1986 : César du meilleur espoir féminin pour
l'Effrontée
-
2000 : César de la meilleure actrice dans un second rôle pour
La Bûche
-
Festival de Cannes 2009 : Prix d'Interprétation féminine pour
Antichrist de Lars Von Trier.
Nominations :
-
1989 : Nomination au César de la meilleure actrice pour
La Petite Voleuse
-
1995 : nomination au Molière de la révélation théâtrale pour
Oleanna
-
1997 : nomination au César de la meilleure actrice pour
Love, etc.
-
2007 : nomination au César de la meilleure actrice pour
Prête-moi ta main