Hommage éclatant de génie au western d'antan, Exilé est une œuvre qu'il faut découvrir d'urgence si cela n'a pas été le cas au temps de sa sortie.
Sortie le 04 juin.
Caractéristiques :
Format : 1.85 – 16/9 compatible 4/3 – couleur – 1h40
Langues : cantonais Dolby Digital 5.1 et Dolby Digital stéréo 2.0, français Dolby Digital stéréo 2.0.
Sous-titres : français
Le film :
Popularisés et transcendés par le cinéma de
John Woo, les gunfights opératiques sont devenus en très peu de temps l'apanage attendu du polar hongkongais depuis le milieu des années 80, au point d'en devenir un élément indispensable pour toute œuvre policière qui se respecte. Ne pas assister à une déferlante de coups de feu filmés au ralenti dans une bande venue de l'ancienne colonie britannique, révèle de la déception pour le public occidental. C'était du moins le cas jusqu'à la fin du siècle dernier. Le départ aux Etats-Unis de ses vedettes et la crise en ayant suivit à forcer la production locale à dénicher de nouveaux talents qui ont su faire évoluer le genre dans une toute nouvelle direction, parfois drastiquement à l'opposée de celle du temps de son âge d'or. Une bonne partie des flingues se sont tu, certains ont finis de cracher leur débit exagérés de minutions pour laisser la place à une mesure plus réaliste (
Une Nuit à Mongkok), aux dialogues et aux manipulations tactiques (la trilogie
Infernal Affairs), les ballets de balles chorégraphiés se sont figés dans une pose iconique (
The Mission)… Pour la faire courte, les beaux jours d'un
À toute épreuve sont désormais terminés.
Cette vérité n'est certainement pas gravée dans le marbre, plusieurs exemples ont tentés de perpétuer la tradition avec plus ou moins d'intelligence et de nouveauté. Un seul cinéaste est toutefois parvenu ces dernières années à repousser la redite de l'exercice en faisant preuve de créativité :
Johnnie To, nouvelle tête de proue du polar made in HK, qui au fil de sa récente filmographie a alterné films psychologiques et introspectifs (
P.T.U,
Election 1 & 2 où pas une détonation ne se fait entendre) et les gourmandises pétaradantes rythmées au doux son des fusillades sans cesse en recherche d'innovations scéniques. Comment oublier des moments de bravoures comme l'ouverture en plan séquence de
Breaking News, le final de
Triangle, les scènes d'actions du récent
Vengeance et tout spécialement celle d'
Exilé, indiscutablement le sommet pyrotechnique et graphique de son auteur, et sommet artistique du genre depuis dix sept ans.
Chaque escarmouche est un pur délice pour les yeux, un défilé de bruit, de grandeur héroïque et d'amitié virile qui émaille cette fausse suite de
The Mission, étreignant connotations urbaines et westerniennes dans une voie de conduite à sens unique, entre tradition et invention visuelle (les tirs à l'aveugle dans l'envolée poétique de rideaux… à tomber à la reverse), hommages francs et spontanés aux pères cinématographiques et persévérance dans la construction d'une thématique singulière. Il est certain qu'en d'autres mains moins expertes, la simplification de ces retrouvailles entre un ancien gangster revenu à Macao après un long exil et ses anciens frères d'armes passerait aisément pour une faiblesse. Mais cette trompeuse fumisterie scénaristique dissimule en son sein le cœur émotionnel d'un récit basé sur le chaleureux retour en enfance de ces adultes s'étant égarés du chemin de la noblesse héroïque à force de naviguer dans un monde dépravé et corrupteur représenté par un
Simon Yam livrant un grand numéro de cabotinage décomplexé. Une forme primaire (le western n'est-il pas le genre originel du 7ième art ?) pour revenir à l'essentiel d'un optimisme perdu, véhiculé par le lien indéfectible de cette bande et leur camaraderie naïve, seul rempart contre l'abattement inactif. En cela on peut dire que cet opus Tonien est le plus proche du travail de son voisin
John Woo, à l'heure où la rétrocession de Hong Kong à la Chine se fait de plus en plus sentir pour ses artistes craignant le désagrégation de leur identité nationale, autrefois répandue dans les salles obscures et les vidéos clubs du monde entier. Quand l'Ouest mythique et ces valeurs disparaissaient avec, Sam Peckinpah et
Sergio Leone en chantait le requiem, quand la péninsule se noie dans la République populaire de Chine,
Johnnie To fait de même.
Technique :
Image :
Pour un film aussi léché du point de vue de l'esthétique qu'
Exilé, on était en droit d'attendre une attention et d'un soin tout particulier de
TF1 vidéo. Loupé ! Si le transfert proposé n'a rien de dégradant, n'est ni farouchement moins bon que d'autres concurrents, il faut bien noter que chaque élément n'est pas à son plus haut niveau de perfection: la gestion des couleurs possède la même tenue que notre souvenir en salle mais la précision de l'image elle présente parfois quelques faiblesses. Tout comme les noirs manquent de profondeur à certains moments (ce qui se remarque d'emblée quand un film joue continuellement sur les contrastes de lumières). La compression elle aussi laisse apparaître une abondance de grain pas toujours naturel. Soyons clairs, encore une fois, cette copie ne vous empêchera pas de prendre du plaisir devant l'objet filmique mais avec une mise en scène aussi excellente et poussée que celle-ci, on n'attendait pas moins que la perfection. Exigeant nous ? Oui.
Son :
On apprécie que l'éditeur ait judicieusement choisi d'offrir un Dolby Digital 5.1 sur la piste originale (en plus d'un DD 2.0) et non sur la française qui doit se contenter d'un simple stéréo. Les films asiatiques étant inécoutables en VF du fait des doublages toujours décalés, grossièrement exagérés ou bénéficiant de voix inadaptées aux comédiens. On peut ainsi en prendre plein les oreilles durant les nombreuses séquences de fusillades même si les effets arrières ont tendances à demeurer très discrets. Toutefois le bénéfice de la spatialisation se fait sentir par rapport aux autres pistes sonores, également d'une qualité optimum (pas de souffle, ni de parasites frappants).
Interactivité :
Making-of (env. 12 min)
Bandes-annonces de la collection
Johnnie To :
Election 1 & 2,
Exilé,
Sparrow,
Filatures.
Bonus :
En guise de complément, une simple featurette promotionnelle pour la sortie du film en salles en guise de making-of (c'est d'ailleurs ce nom qui lui est donné) balançant sans cesse entre images de tournages et interviews des acteurs et du réalisateurs montées beaucoup trop rapidement pour dégager un quelconque intérêt. Les points importants à retenir sont le romantisme sous-jacent d'
Exilé, par le retour en enfance des personnages, la bonne humeur du tournage et la grand place du hasard et de l'improvisation donnée à la production par
Johnnie To qui avoue avoir presque travaillé à l'aveugle (on a dû mal à y croire) Un peu superficiel pour une œuvre dont on pourrait dire tellement plus.
Une pièce maîtresse du cinéma de Hong Kong et de son réalisateur éditée dans un écrin suffisant mais pas assez à l'égard du contenu qui méritait une édition à sa hauteur. Un jour peut-être.