Si The Mission fut la révélation occidentale pour Johnnie To, PTU et Breaking News la popularisation, alors le diptyque Election en est la consécration artistique.
Sortie le 04 juin.
Caractéristiques :
Format : 1.85 – 16/9 compatible 4/3 – couleur – 1h41 et 1h33
Langues : cantonais Dolby Digital 5.1 et stéréo 2.0, français DD 2.0
Sous-titres : français
Le film :
Au moment de présenter son
Election 1 au Festival de Cannes de 2005,
Johnnie To répondait aux journalistes pressentant les actes du réalisateur qu'il ne donnerait pas une suite à son film malgré les apparences. L'année suivante voyait évidemment débarquer l'objet du délit. Un heureux mensonge pas bien méchant, tant le final inattendu (la
Nai-Hoi Yau touch) et furieusement médusant de cette première course au pouvoir entre les deux favoris à l'élection rituelle du chef de la Wo Shing, la plus vieille triade de Hong Kong, appelait logiquement une séquelle, même si pris isolement le métrage se suffisait sans problèmes. Notez l'emploi de l'imparfait car si avant d'être lié à ce second opus pouvait encore prétendre à une autonomie ce n'est plus du tout le cas,
Election 2 étant à
Election 1 ce que fût
Le Parrain 2 pour
Le Parrain premier du nom, c'est à dire une pièce de puzzle parfaitement complémentaire rendant les deux indissociables l'un de l'autre et formant un véritable tout organique.
L'ascension et la déchéance de Lok (
Simon Yam) trouvant un écho intime dans celle à venir de Jimmy (
Louis Koo), au même titre que l'échec de Don Corleone se faisait l'avertissement tragédien pour le fils Michael dans la saga de
Francis Ford Coppola. Ce n'est évidemment pas par hasard, ni par laconisme comparatif si ces deux grands pavés dévolus au monde mafieux ont été très tôt rapprochés ensemble.
Johnnie To étant certainement un grand admirateur de la peinture de la mafia américano-italienne ayant certainement nourrie la sienne consacrée aux triades de l'ex colonie britannique sans jouer du copier/coller. Les règles entre la cosa-nostra et l'ancienne milice chinoise divergeant sur bien des points. Détails véridiques et inhérent à la situation de la ville (certains clans y élisent bel et bien fréquemment un nouveau leader par le vote) que le nouveau maître du cinéma de Hong Kong sait mettre en valeur avec une audace dans la crudité de son naturalisme faisant abstraction de la moindre extravagance cinématographique (dans un soucis de discrétion les gangsters de là-bas utilisent rarement des pistolets ce qui casse un peu le mythe perpétré par les films de
John Woo) ou bien d'une quelconque glorification des personnages anti manichéistes.
Pas de gentils, pas d'honneur, pas de rédemption dans ces deux polars pessimistes à la dominante noire (le massacre dans le chenil restera comme l'un des plus glaçants et atroces du genre), à l'atmosphère parfois suffocante au fur et mesure que le récit global mène vers la déchéance et l'emprisonnement affectif des acteurs (tous géniaux dans le minimalisme hormis un
Tony Leung Ka Fai extraverti car inconscient des enjeux primordiaux que son comportement outrancier provoque) dont on saisit parfois le désir d'évasion. Mais à l'instar de Jimmy dans
Election 2, nous comprenons douloureusement que la seule échappatoire à ce milieu est inévitablement la mort et non l'impossible rachat d'une honnêteté et d'une conscience démocratique - autrefois bradées en faveur de l'élévation sociale et capitaliste – a un gouvernement corrompu, manipulateur et politiquement agressif (celui de la république populaire de Chine auquel il est clairement fait allusion) qui s'infiltre insidieusement dans tous les orifices économiques d'un territoire pris dans un dangereux engrenage. Dès lors laissée à la merci du pays quel sort réserve l'avenir de Hong Kong ? Peut-être une réponse nous sera t-elle offerte dans le futur avec un troisième épisode venant définitivement conclure la destinée d'une sphère souterraine agonisante.
Notons que
TF1 vend à l'unité ou conjointement les deux films. Rien que pour la différence de prix (avec le coffret vous gagnez presque un film gratuit) on ne saurais que trop vous conseiller de prendre les deux d'un bloc.
Technique :
Image :
Election 2 acquiert aisément le meilleur transfert des deux films, qui se montrent d'une bonne tenue même si assez éloigné de la perfection. On note que le contraste se fait inégal selon la luminosité des scènes, avec des noirs ayant tendance à baver où a perdre en profondeur quand l'action se déroule la nuit. La compression n'est pas toujours un modèle de discrétion lorsque un grain parfois un peu trop prononcé (et pas désiré) se fait sentir mais cela reste très correct. Tous ces petits défauts se font davantage remarquer sur le premier opus plus vieux, bien que la différence d'âge (seulement un an !) ne devrait logiquement pas se voir. Pour finir, la définition d'
Election 1 & 2 apparaît comme satisfaisante malgré quelques pics d'imprécision par-ci par-là. Bon élève mais pouvait mieux faire s'il l'avait vraiment voulu.
Son :
Pour les deux films, les pistes originales en Dolby Digital 5.1 s'avèrent suffisamment agréables et propres pour satisfaire. On ne note pas de détail gênant particulier sauf sans doute une légère sensation de voix plus étouffées qu'elles ne le devraient à de rapides et instants. Le version françaises et VO en Dolby Digital 2.0 conservent les mêmes qualités, le sentiment de spatialisation en moins.
Interactivité:
- Making-of (7 min 17 et 7 min 01)
- Bandes-annonces de la collection
Johnnie To :
Election 1 & 2,
Exilé,
Sparrow et
Filatures.
Bonus :
Il y aurait tant de choses à dire sur ce diptyque majeur du film sur la mafia et pourtant l'éditeur n'offre que deux minis making-of (un pour chaque disque) pour satisfaire notre curiosité et notre soif de connaissance. Trop peu. A chaque propos se révélant pertinent, la parole est donnée à un autre intervenant, coupant ainsi l'herbe sous le pied d'une véritable analyse du milieu des triades, de l'approche des œuvres… Très regrettable.
Un diptyque indispensable par son approche réaliste des triades qui méritait une édition mille fois mieux que celle proposée. Techniquement honnête mais n'allant pas chercher très loin dans l'excellence. Mais après plus de deux ans d'attentes, difficile de faire la fine bouche.