[DVD] W. - L'improbable président
Six mois après un accueil très mitigé en salle, la sortie en dvd du film d'Oliver Stone permet-elle de reconsidérer sa qualité ? Non mais elle peut concéder une réflexion constructive sur l'exercice.
Sortie le 5 mai.
Caractéristiques :
Format : 2.35 – 16/9 compatible 4/3 - couleur – 2h03
Langues : anglais et français Dolby Digital 5.1
Sous-titres : français
Le film :
W. – L'improbable président restera dans l'histoire du septième art pour être le premier film sur un homme d'état encore en fonction au moment de sa sortie en salles. Pour cette raison et uniquement pour celle-ci, car une fois passée cette palme de l'audace, ce prix novatoire du biopic présidentiel, le dernier ouvrage d'
Oliver Stone manque cruellement d'arguments pour convaincre de son bien fondé. Il était évidemment tentant de proposer un portrait sulfureux de George W. Bush, du personnage qui avec les images des attentats du 11 septembre 2001, demeure le meilleur symbole de notre époque tourmentée par le fanatisme religieux, le terrorisme, le communautarisme, la peur de l'autre, l'ignorance, le mensonge et le doute envers les figures politiques qui s'acharnent à nous mentir. Tentant d'égratigner le buste d'une Amérique bien pensante, suffisante et persuadée de la légitimité de sa conduite au niveau internationale ; mais à y réfléchir d'un peu plus près et après une mûre digestion des deux heures de bobines, le scepticisme monte au créneau et une seule question vient à l'esprit: était-ce réellement nécessaire de le faire en 2008 à quelques mois de la fin de son mandat? Aussi primordial que de faire un désopilant et larmoyant long-métrage sur la catastrophe du
World Trade Center seulement cinq ans après l'arrivée des faits.
On reproche souvent au cinéma de témoigner souvent trop tard des grands évènements et importants bouleversements de l'histoire (la guerre du Vietnam, le conflit algérien pour le cas de la France), pourtant cette tardiveté d'exécution a davantage de chances d'aboutir sur un résultat suffisamment distancé et pondéré pour prendre tous les paramètres indispensables à une vision objectivement valable et informative du passé. C'est justement cet horizon temporel qui fait défaut aux derniers travaux d'
Oliver Stone. Le réalisateur peut bien fournir un portrait contrasté et emphatique de cet invraisemblable chef de file de la « liberté », ne pas succomber aux sirènes de la propagande démocrate caricaturiste qui voudrait le réduire à un simple guignol bête comme ses pieds en guise d'unique explication aux dérèglements de notre monde, cela n'empêche pas
W. – L'improbable président d'échouer dans sa démarche, surtout quand il nous montre les coulisses de la Maison Blanche lors de la mise en place de l'invasion de l'Irak. Quoi, le gouvernement aurait su avant d'attaquer qu'il n'y avait pas d'armes de destructions massives ? Tout ceci n'aurait été qu'une excuse pour s'octroyer le monopole du pétrole et imposer la suprématie des Etats-Unis ? Quoi, Bush est un évangéliste manipulable, une personnalité maladroite ayant bénéficié de l'influence de son entourage pour arriver à ses fins, un être torturé par l'échec et par la relation conflictuelle avec son père autoritaire? Quoi, cet homme dénué d'instruction n'aurait jamais dû être le président de la première puissance économique mondiale ? Nous aurions été berné à l'insu de notre plein gré ?

123 minutes pour finalement nous expliquer la majorité de ce que nous savions pertinemment durant le cours des faits. Tout le reste demeurant des anecdotes, un lot de détails certes documenté et fouillé mais pouvant être jugé un brin encombrant et futile (le passage avec Tony Blair) sur l'existence haute en couleur de ce personnage réel rendant vivace l'expression « quand la réalité dépasse la fiction ». Assurément,
W. – L'improbable président est une œuvre conçue beaucoup trop tôt pour apporter un éclairage original et inédit sur un sujet potentiellement fort et passionnant qui se révèle ici d'un intérêt modeste et gentiment rasant malgré sa construction narrative (sur ?)découpée (on voit George W. Bush à 20, 40 ans et durant ses deux mandats), son comédien principal
Josh Brolin qui sans être génial reste convaincant à l'inverse de la plupart de ses partenaires chutant parfois dans la grosse imitation balourde appuyée à grands coups de maquillages et de mimiques surjouées :
Thandie Newton en Condoleezza Rice, faut-il en rire ou en pleurer ?
Technique :
Image :
Si on peut reprocher ou pinailler sur bien des choses au film en lui-même, il n'en va pas ainsi pour son transfert sur le format numérique qui ne souffre d'aucun défaut notable : définition, contraste, gestion des couleurs, luminosité… tout est à l'avant des prestations techniques d'aujourd'hui. Pareil pour la compression ne se faisant pas remarquer plus qu'outre mesure. Impeccable tout simplement.
Son :
Rien à redire non plus sur aucun des deux Dolby Digital 5.1 qui offrent une qualité d'écoute irréprochable même si celle-ci ne restera pas dans les annales : le film n'offrant que peu d'occasion de solliciter les canaux arrières (sauf pour offrir un sentiment d'immersion suffisant) toutes l'attention sonore se trouve concentrée sur les enceintes avant. La version originale possède un net meilleur rendu naturel que son homologue française dont l'imbuvable doublage devrait logiquement vous pousser vers la première.
Interactivié :
- Commentaire audio d'
Oliver Stone
- L'homme derrière le président : le regard d'
Oliver Stone (env. 15 min 52)
- Scènes coupées
- Bande-annonce
- Lien internet
Bonus :
La plus grande qualité de compléments pour une œuvre qu'on ne juge pas excellente c'est de pouvoir nous offrir des éclairages sincères et argumentés sur les intentions de ses concepteurs. En cela, cette édition s'avère avantageuse pour non pas forcément cautionner, mais comprendre le point de vue du réalisateur qui a tout le loisir de s'exprimer et de défendre son travail durant un commentaire audio abondant. A l'aise avec l'exercice, l'orateur explique chaque détail de son film, justifiant le moindre parti pris, revenant sur les importantes recherches effectuées au préalable (avec citation des ouvrages consultés à l'appui !) et les quelques libertés prises avec l'exactitude des faits, notamment la simplification de l'entourage du président, réduit aux principaux protagoniste de l'Histoire comme lors des réunions ministérielles.
Oliver Stone prend également la parole lors des six scènes coupées visibles avec ou sans son commentaire. Au programme : une séance de pilotage arguant sur l'inconscience de Bush, sa rencontre avec l'évangéliste Arthur Blessitt (interprété par l'excellent
Michael Shannon finalement occulté du métrage), la version longue de son entretien avec le premier ministre anglais, un déplacement de porte-avion… on retiendra surtout la version alternative de l'épisode du bretzel où apparaît la figure de Saddam Hussein et une séquence de rêve poussant vers un second degré faisant cruellement défaut au montage final.
Moins qu'un making-of, « L'homme derrière le président » est un documentaire sur la personnalité de George W. Bush dans lequel
Oliver Stone et les autres proposent leurs avis sur celui qui se cache sous le costume de chef d'état. Ce bonus fait un peu office d' « explication pour les nuls » qui n'auraient pas saisis le propos de W. – L'improbable président paraphrasé et résumé en un quart d'heure. Seul quelques anecdotes sur l'obstination de
Stone à vouloir engager
Josh Brolin pour incarner W. apportent un peu de grain au moulin.
Que l'on aime ou que l'on déteste ce portrait présidentiel signé par l'autrefois plus « rentre dans le lard » et impertinent Oliver Stone, W. – L'improbable président est une œuvre qu'il faut juger pour ce qu'elle est et non pour ce qu'on en espérait. Ce dvd est un moyen de se faire une opinion en connaissance de cause.