Quand le réalisateur de Resident Evil s'attaque au remake d'une bande politiquement incorrecte de 1975, ça carbure à toute vitesse avec du sans plomb dans la tête.
Sortie le 15 avril.
Caractéristiques :
Format : 2.35 - 16/9 compatible 4/3 - Couleur - 1h46
Langues : français et angalis Dolby Digital 5.1
Sous-titres : français
Le film :
L'histoire :
Ancienne gloire des circuits, Jensen Ames est injustement accusé et emprisonné pour le meurtre de sa femme. Sa seule chance de revoir un jour sa fille placée dans une famille d'accueil s'avère de participer à jeu médiatisé appelé Death Race. Il prend alors l'identité secrète de Frankenstein, candidat vedette de cette course dans laquelle les concurrents doivent s'éliminer les uns les autres aux moyens d'engins surarmés. En plus des divers détenus désirant faire la peau au quadruple champion masqué, unique garant des bonnes audiences du show, Jensen devra faire très attention à la directrice de la prison Hennessey qu'il comprend être celle tirant les ficelles et la responsable de sa présence au sein de cette impitoyable compétition…
L'annonce d'un remake de
La course à la mort de l'an 2000 – vraie série B culte et irrévérencieuse des années 70 tout droit sortie de l'écurie
Roger Corman - par le tâcheron nuisible qu'est
Paul W.S. Anderson avait largement de quoi inquiéter les indicibles gardiens du temple que sont les cinéphiles de tout poil. Et comme prévu l'homme ne fait pas défaut à sa réputation et transforme une œuvre politique contestataire sans le sou en un gros blockbuster pétaradant, farouchement aseptisé dans sa verve rebelle mais voulant se donner des airs de vilain garçon. A tel point qu'on se demande finalement ce qui peu bien rattacher les deux films ensemble hormis leur titre, leur concept de course de voiture meurtrière et quelques noms de personnages communs… Réponse : pratiquement plus rien.
Considérer
Course à la mort comme une nouvelle monture du travail de
Paul Bartel c'est se méprendre sur les véritables intentions de ce faux fan d'
Anderson, n'ayant retenu que le côté fun de l'entreprise originale qui fustigeait sur un ton semi-décalé et semi-parodique la société de divertissement américaine présentée à l'identique d'une dictature antique obtenant les faveurs du peuple par la diffusion d'un jeu sanglant, décadent et barbare où écraser le plus de citoyens permettait de remporter la victoire.
Discourir sur un sujet sérieux sans se prendre pour un sage, l'inverse total du réalisateur de Alien vs Predator qui adopte le premier degré pour faire l'apologie du néant intellectuel. A nul moment, l'histoire ne remet en cause les fondements bestiaux et inhumains de cette pratique aux cours de laquelle des prisonniers s'entretuent dans des arènes de bitume dans l'espoir de décrocher la victoire suprême, tout cela devant les yeux des téléspectateurs du monde entier dont aucune incarnation n'est proposée. La directrice de la prison (
Joan Allen dans sa pire prestation) n'arbore donc pas la position de méchante garce parce qu'elle est l'organisatrice de ces combats de gladiateurs modernes, mais seulement parce qu'elle a comploté la mise en cage du héros (où est passé l'aura ambivalente de
Frankenstein ?), ne se battant que pour retrouver sa liberté et sa fille, et non pour destituer un système corrompu et malade qui en définitive n'est aucunement ébranlé, à l'inverse de ce qui se passe dans
La course à la mort de l'an 2000.
C'est cet assainissement d'insurrection et cette édulcoration des personnages (le revirement moral de Machine Gun Joe) qui ébranle toute la mécanique du film de
Paul W.S. Anderson espérant obtenir l'esprit et la verve des péloches des années 70 en donnant une patine naturaliste crédible, notamment dans les affrontements routiers expurgés le plus possible d'effets numériques et d'infographie pour favoriser les cascades et différents trucages physiques réalisés sur le plateau de tournage. C'est à coup sûr la meilleure idée de
Course à la mort, qui toutefois n'atteint jamais son potentiel maximum (car elle est fréquemment parasitée par des bévues formelles et conceptuelles qui portent la marque de leur géniteur) : en grand amateur de jeu vidéo, le metteur en scène ne peut s'empêcher d'en apposer grossièrement les codes visuels et certaines caractéristiques (présentation des participants, obtention d'armes et de boucliers en roulant sur des power-up…) font ressembler le métrage à un Mario Kart live faussement transgressif et violent sur les bords.
Pour limiter la casse,
Course à la mort ne peut compter que sur la prestance du dur à cuire
Jason Statham, qui, quel que soit le niveau de capacité du terrain de jeu dans lequel il évolue, demeure toujours à l'aise dans un spectacle bourrin agencé à sa personnalité ; et de l'immense
Ian McShane fournissant un peu de carburant à une production en nette baisse de régime lorsqu'elle fonce pied au plancher dans le mur du mauvais goût (l'arrivée de la bimbo de service sur fond de hip-hop et RN'B, la conclusion…).
Note : Il est à signaler que le film est proposé dans sa version longue comportant quelques scènes supplémentaires et des prolongements d'autres déjà existantes dans la version cinéma. Cela ne découle pas sur un profond bouleversement de la narration et il faudra bien connaître l'œuvre pour s'apercevoir de certains changements.
Technique :
Image :
De par ses atouts techniques, ce dvd (vantant les mérites du blu-ray !?) donnera de sérieux arguments aux réfractaires à la haute-définition. Car s'il est indéniable que le format BD offrira une qualité meilleure et une plus grande richesse de détails et de profondeur de champs que son grand frère numérique, ce dernier n'a pour autant pas encore dit son dernier mot avec son image impeccablement définie et contrastée, sa colorimétrie et sa palette chromatique qui respectent la photographie saturée vue en salle. Le constat s'applique évidemment aussi bien dans les moments d'accalmie que dans les séquences furieuses de course. Avec des avantages pareils, la seule question qui se pose est de savoir si on est prêt à dépenser quelques euros de plus pour des prestations certes plus élevées mais pas autant qu'elles le furent entre la vhs et le dvd. SD ou HD : choisis ton camp, camarade !
Son :
A première vue, l'absence de piste DTS est un sérieux frein à cette édition, et pourtant les deux « simples » Dolby Digital 5.1 ont suffisamment de pêche et de patate pour nous exploser les oreilles dans un déluge de bruit et de fureur parfaitement équilibré et réparti sur les différents canaux avant et arrières, qu'il s'agisse de la VO ou de la VF. Les tirs de sulfateuses, les carambolages et les explosions en sont le meilleur témoin et font de
Course à la mort une bonne bande test pour votre home cinéma.
Bonus :
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Commentaire audio du réalisateur Paul W.S. Anderson et du producteur Jeremy Bolt :
L'écoute de ce bonus est idéale pour saisir et comprendre l'étroitesse de réflexion de
Paul W.S. Anderson qui tend à tour de bras l'argument « réalisme » pour justifier tous ses choix artistiques et donner une légitimé à son bébé qu'il dit avoir été «
fait avec le cœur ». On lui sera gré avec son co-pilote
Jeremy Bolt de nous offrir un nombre conséquent d'anecdotes et différentes informations techniques pas inintéressantes du tout (comme de savoir que toutes les voitures ont été filmées à une vitesse de plus d'environ 80km/h ce qui est rarement le cas au cinéma dans les scènes de poursuites) mais pas de leurs discours auto-congratulant devenant pénibles sur la longueur et n'évitant pas certains sursauts d'hypocrisie mal venue (c'est l'auteur de boursouflures pixélisées comme
Mortal Kombat et
Resident Evil qui vient nous donner des leçons sur le bien-fondé des cascades exécutées sur le plateau) et des propos ridicules (faire tourner le logo de
Universal Pictures dans le sens inverse est un acte « subversif » selon
Anderson !) et de comparaisons qualitatives de
Course à la mort avec d'autres grands titres du cinéma des seventies (
French Connection,
Bullitt,
Mad max 2…), fortement déplacées. Autre détail gênant entendu, cet aveu concernant le changement de la fin - ou plutôt le rajout intempestif d'un happy-end - venant du propre chef du réalisateur alors que les projections-test de l'époque étaient très favorables. Aberrant à entendre.
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Chauffez les moteurs : Créer une Death Race (env. 19 min 44) :
Un making-of archi-promotionnel pas plus déshonorant qu'un autre, fait d'images de tournage et d'interviews des principales personnes impliquées dans la fabrication de
Course à la mort. Les compliments entre collègues vont bon train et tout le monde se félicite du résultat « unique », bien évidemment « jamais vu » à l'écran. Le document prend en compte les différents aspects de la production et aurait pu délivrer quelques infos appréciables si tout ce qui y est dit ne l'avait pas déjà été avant dans le commentaire audio.
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Au volant : Disséquer les cascades (env. 7 min 51) :
Un petit module dans la même veine que les précédents, entièrement dédié aux voitures (des bolides achetés pour trois fois rien dans des casses puis complètement démontées et reconstruites), cascades et différents effets spéciaux du film. Il offre un exhaustif résumé de toute la logistique mise en place pour obtenir un rendu réaliste et palpable à l'image, mais ne montre ni ne révèle rien de transcendant. Encore une fois, le commentaire audio s'en est chargé pour lui.
Technique au top, interactivité médiocre : soit ce qu'on était en droit d'attendre de l'édition de cette relecture sage et formatée d'un petit classique insolent des années 70. Paul W.S. Anderson a fait nettement pire par le passé mais ce n'est pas une raison pour cautionner un nivelage conceptuel vers le bas et un aspect fun tournant à vide.