Après avoir connu des critiques très controversées, Vinyan arrive dans nos bacs avec un Fabrice du Welz prêt à s'assurer que cette fois, il n'y aura pas de malentendu sur ses intentions de réalisation.
Sortie le 2 avril 2009
Caractéristiques techniques
Format 1.85 - 16/9 compatible 4/3
Son : Anglais DTS 5.1 et Stereo 2.0
Sous-titres : Français
Couleur – 1h32
Le film
Jeanne (
Emmanuelle Béart) et Paul Bellmer (
Rufus Sewell) ont perdu leur fils Joshua dans le Tsunami qui a ravagé la côte Thaïlandaise. Six mois après le drame, ils restent inconsolables. A l'occasion d'une soirée pendant laquelle est diffusé un reportage sur les trafics d'enfants, le couple pense reconnaître Joshua. Pour en avoir le cœur net, mais surtout parce que le deuil est inconcevable, ils vont rejoindre le village où a été tournée la vidéo. Avec l'aide de Thaksin Gao, un guide motivé par l'argent des deux étrangers, ils vont aller de village en village, de déceptions en déceptions, de situations étranges en situations étranges. Ils finiront par atterrir dans une jungle reculée où les enfants règnent et sèment la terreur. Dans ce monde insoupçonné, les morts ne semblent plus l'être, tandis que les vivants luttent pour leur survie. Entre rêve, réalité et confusion mentale, jusqu'où iront-ils pour s'affranchir d'un deuil impossible ?
Difficile d'oublier l'époustouflant, le remarquable
Calvaire, grâce auquel
Fabrice Du Welz a su s'imposer en maître dans le cinéma de genre. Une fois de plus dans
Vinyan, force est de constater que le conformisme n'est pas son domaine de prédilection. Parti sur un fait on ne peut plus réel, le Tsunami de 2005,
Vinyan commencerait presqu'à la façon d'un documentaire. Des parents s'accrochent à l'espoir vain et touchant de trouver leur fils encore en vie. Le film ne cherche pas à verser dans le tragique, c'est pourquoi le Tsunami n'y est introduit que de façon symbolique au début du film. En captant les dessous d'une mer destructrice et sanglante, sans montrer de corps de cris ou de larmes, Fabrice du Welz prend un échantillon de la mort, juste ce qu'il faut pour servir de prétexte au surnaturel.
Vinyan va s'inscrire dans un cadre qui tout en étant réaliste, se teinte peu à peu de couleurs surréalistes monochromes. Le fil tendu entre ces deux perceptions est amené par l'avilissement mental de Jeanne et Paul. Plus ils approchent de la vérité, celle de la mort de leur fils, plus ils encouragent les situations les plus étranges et les comportements les plus délirants. Le mélange des genres fait passer le film du drame documentaire au fantastique, et nous place dans la même confusion psychédélique que les personnages, où la drogue hallucinogène n'est autre que la mort elle-même.
Au risque de déstabiliser le public, Fabrice du Welz prend le parti d'explorer les antres du cinéma par le biais de l'expérimentation visuelle. Sans jamais basculer dans un genre précis,
Vinyan est un kaléidoscope de tendances amenées par la déchéance mentale des deux protagonistes. Cette expérience est entièrement dirigée par leurs esprits torturés qu'ils tentent d'exorciser car accaparés d'une série d'affects contradictoires et tourbillonnants. Le cinéaste ne cache pas avoir puisé son inspiration dans
Les révoltés de l'an 2000 (où il est question d'enfants assassins) et
Ne vous retournez pas (dans lequel on y aborde également le thème du deuil impossible sur une toile de fond fantastique). Ce milkshake cinématographique qui, pour certains, pourraient attester d'un scénario pauvre, trouve toute sa force dans l'univers visuel qu'il dépeint qui permet d'échapper à cette impression de déjà-vu.
Emmanuelle Béart et
Rufus Sewell servent admirablement la narration. Portés par la mise à rude épreuve de leur mental, ils forment un duo complémentaire où la mortification devient leur lot quotidien. En sondant ce qui pourrait faire évoluer leur vie morale, ils ne font que révéler l'étendue de leur nécrose intérieure. Dans
Vinyan, nous sommes loin de la tendance chrétienne où la mortification est synonyme de progression. Ici, les personnages s'inscrivent peu à peu dans une recherche malsaine de souffrance et de mépris du corps.
Emmanuelle Béart nous entraîne dans sa chute hallucinante avec une justesse indicible tandis que
Rufus Sewell s'impose avec charisme et naturel. Des deux protagonistes, il est sans doute celui qui est le plus conscient du deuil qui les attend s'ils lâchent prise. Car lorsque la quête s'annoncera sans espoir, le fil tendu entre les deux perceptions se brisera et chacun rejoindra la projection mentale de sa vérité… au risque de renoncer à soi, à l'autre...
Technique
Côté image, Wild Side s'en tire avec tous les honneurs avec un transfert de qualité. Le travail sur la photographie de
Benoît Debie et
Fabrice Du Welz est fidèlement retranscrit. La première partie du film se déroule dans les quartiers populaires de Thaïlande. Les couleurs vives représentant le monde de la nuit et les bordels sont toujours aussi flamboyantes. Dans la seconde partie tournée dans la jungle, l'atmosphère lourde et humide garde son authenticité sur nos petits écrans.
Vinyan se situe dans l'expérimentation visuelle et sensorielle, il était donc primordial d'en conserver les partis pris et l'éditeur ne faillit pas à sa mission. La nature garde son côté mystique et mystérieux avec un piqué excellent.
Côté son, bien que les deux pistes soient dans la bonne moyenne, on préférera de loin le Dolby Digital 5.1 en VOST pour une bande-son optimale. La version doublée a le « défaut » d'avoir justement trop misé sur le doublage. L'atmosphère sonore est un peu passée à la trappe alors que l'expérience menée par le cinéaste exigeait une immersion totale des sens (dont l'ouïe évidemment). Or, la VF nous ramène trop souvent dans notre réalité, celle de notre salon. Dommage.
Intéractivité
- Chapitrage en 16 scènes
- Possibilité de sous-titrer le film en français
Contre toute attente, le DVD s'ouvre sur une présentation de deux minutes où le réalisateur tient à faire une mise au point sur ses intentions de réalisation. Une intervention brève mais qui se veut franche et modeste.
Bonus
- Le
Making-of de 50 minutes est réalisé sous forme de carnet de bord où l'on suit le tournage de façon linéaire. A la manière d'un documentaire, ce supplément se révèle être passionnant et riche en contenu. Chaque jour qui passe est une nouvelle aventure pour l'équipe de
Vinyan. On y voit les difficultés rencontrées, les imprévus liés aux intempéries, les bonnes surprises photographiques, la complémentarité entre
Benoît Debie et
Fabrice Du Welz. Mais aussi la pression, les doutes et les remises en question. Le making-of traditionnel, celui qui disperse ça et là des explications évasives, est délaissé au profit d'une seconde immersion en Thaïlande.
Le bonus nous fait découvrir comment le fantastique s'est infiltré dans la réalité filmique, par quels procédés il a « contaminé » (dixit Fabrice du Welz dans sa courte présentation) la deuxième partie du film. Et de nous laisser découvrir les différents choix de cadrage, les effets spéciaux, les scènes clés qui ont fait glisser le film vers l'expérimentation visuelle. La mixité culturelle présente dans l'équipe technique (Europe vs Asie) est également pointée en filigrane. L'éditeur prend le temps de nous faire découvrir les différents rituels de protection auxquels se livre l'équipe Thaïlandaise. Une façon de faire écho aux croyances déjà présentes dans le film.
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Entretien croisé entre Fabrice Du Welz et le directeur de la photographie Benoît Debie (20 mn) : dans ce supplément les deux hommes reviennent sur les circonstances de leur rencontre, sur la façon dont ils appréhendent l'image et sur leur complémentarité qui rend l'expérimentation cinématographique réussie. Un bonus enrichissant tant d'un point de vue humain que technique. On ressent de la part de ces deux professionnels tout l'amour qu'ils portent au cinéma et duquel ils exploitent des ressources encore inexploitées.
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Galerie photos (Tanaporn Arkmanon)
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Un carnet de dessins (que Jeanne possède dans le film, une sorte d'album photo surréaliste) inédits.
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Bande-annonce
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Liens internet
Wilde Side reste fidèle à sa réputation. Un bon catalogue de film, une édition de qualité, et des bonus passionnants. Gageons que cette sortie dans les bacs finira de convaincre les spectateurs frileux que le cinéma de Du Welz n'est pas sujet à polémique, mais offre avec humilité une véritable bouffée d'oxygène dans un paysage cinématographique asphyxié par le formatage