Avez-vous confiance en votre médecin ? Parce que Sept morts sur ordonnance n'est pas vraiment fait pour nous rassurer sur ce point.
Sortie le 2 avril 2009.
Caractéristiques :
Format : 16/9 compatible 4/3 – Couleur - 1h45
Langue : français mono Dolby Digital 2.0
Sous-titres : aucun
Le film :
Sept morts sur ordonnance est la seconde mise en scène de l'ancien assistant réalisateur
Jacques Rouffio après
L'Horizon (1967), gros insuccès public qui l'empêche de tourner à nouveau pendant presque dix ans. Son retour à la réalisation, c'est sous l'impulsion de son ami écrivain
Georges Conchon qu'il rencontre à l'occasion de son premier long-métrage (adapté de son livre «
L'Horizon, les Honneurs de la guerre ») et qui lui révèle un incroyable fait-divers s'étant déroulé dans la ville de Reims finissant par fournir la matière première au scénario, coécrit par les deux hommes.
D'une tragédie authentique arrivée plusieurs années avant l'entreprise,
Sept morts sur ordonnance en dégage un thriller politique et psychologique (et d'aucune façon un polar comme essaye de la vendre
TF1 vidéo dans sa collection de classiques français) dénonçant les dérives cupides des hautes sphères médicales hexagonales présentées ici semblablement à une mafia imposant sa loi ses règles et son silence sur la profession par le chantage, le dénigrement et le harcèlement. Des méfaits auxquels est la cible le docteur Pierre Losseray (
Michel Piccoli), chirurgien émérite faisant malgré lui de la concurrence à la clinique appartenant au clan puissant des Brézé, dirigé par le patriarche sournois et calculateur Antoine (
Charles Vanel). Celui-ci tente de recruter le médecin sans succès avant d'exercer une campagne de diffamation, qui remémore à certains proches de Losseray le cas terrible de Berg (
Gérard Depardieu), lui aussi brillant praticien du scalpel travaillant pour Brézé dix ans plus tôt et qui mis violemment fin à ses jours et aux siens.
Rétrospectivement, le film doit beaucoup son mérite et sa réputation à sa construction temporelle binaire échafaudant un parallélisme entre les destinés des deux médecins que pour sa forme frigide devenue aujourd'hui complètement caduc, dépourvue de relief et manquant parfois de rythme. Toute la force de
Sept morts sur ordonnance tient dans ce tissage impassible d'une toile d'araignée mortelle se refermant graduellement sur les débattements inutiles de Losseray, à mesure que son identification avec Berg se fait de plus en plus évidente, malgré leurs flagrantes dissemblances physiques et mentales mis en valeur par la force de la nature
Gérard Depardieu (révélé l'année d'avant par
Les Valseuses) massif, brusque et le plus réservé et pondéré
Michel Piccoli (entamant sa deuxième collaboration avec son (non)partenaire de jeu après Vincent, François, Paul et les autres) proposant un dosage équilibré dans ce film venimeux qui dans ces meilleurs moments retrouve le mordant et l'indiscipline des œuvres accusatrices de
Costa-Gavras.
Notamment dans ses sursauts de violences cérébrales et surtout physiques lors de la séquence du meurtre sanglant de la famille de Berg (on voit deux gosses et un bébé se faire abattre à bout portant tout de même !); ou bien dans sa description satirique faite du milieu hospitalier ne devenant qu'une quelconque entreprise sujette au seul intérêt et profit financier de ses gestionnaires, auxquels donne corps la carrure frêle mais dangereuse d'un
Charles Vanel aussi détestable que pathétique en patron prêt aux pires exactions morales dans le but d'arriver à ses fins. A l'heure de la grande crise financière de ce début de siècle, on ne peut s'empêcher d'y voir le reflet du monde des affaires avec ses banquiers jouant la bonne santé de l'économie mondiale sur des spéculations comme ses hommes de médecines avides de pouvoir et de richesses triturent au bistouri celle de leurs patients, comptant moins qu'un paquet de linge sale. Immanquablement grâce à ce rapprochement de la perdition du libéralisme,
Sept morts sur ordonnance gagne en profondeur et conserve une pertinence effective qu'il y a encore peu on ne lui aurait pas attribué d'emblée.
Technique :
- Image :
TF1 vidéo se vante de la remasterisation des titres de sa collection du cinéma français, pourtant à l'arrivée le résultat demeure moyen (en ce qui concerne
Sept morts sur ordonnance). Le détail le plus frappant sur le masters utilisé est sa qualité très fluctuante : quelques passages bien définis son noyés dans une copie générale conservant des traces d'usures, de poussières et une netteté pas des plus éclatantes. Les contours manque cruellement de précisions et un grain fortement accentué (notant d'une compression mal exécutée) parcours l'intégralité du film. Loin d'être irregardable mais le bilan pouvait être largement mieux vu les prouesses de certains éditeurs. Dès lors un doute plane sur les efforts mis dans cette édition.
- Son :
Le son est globalement du même ordre: le mono ne donne pas l'impression d'avoir été nettoyé comme il se doit et balance énormément de souffle à la sortie des enceintes avant. Le débit du parasite est pareil que l'image, fluctuant et n'entrave jamais réellement la bonne écoute des dialogues rendus convenablement. Toutefois, le sentiment que seul un strict minimum syndical a été réalisé continu de persister péniblement. Et les choses ne changeront pas avec l'interactivité.
- Bonus :
Un petit module de sept minutes faisant discourir
Jacques Rouffio dans un entretien récent entrecoupé d'interviews d'époques de
Michel Piccoli et
Charles Vanel (plus les inutiles extraits du film) ne permet pas de dégager des axes thématiques réellement intéressants. Pourtant le réalisateur semblait tout à fait disposé à répondre abondamment sur son travail. L'intérêt de ce complément est vite réduit à une poignée de minuscules anecdotes sur la production et les acteurs. Ça devient répétitif mais bon, on le dit une dernière fois: pouvait mieux faire.
Prestation technique et éditoriale médiocre de la part de TF1 vidéo qui pour la première édition dvd de cette intéressante dénonciation des dérives du monde médical, ne présente que peu de qualifications en ces temps de prouesses visuelles qualitatives et de haute définition.