A l'abordage ! Le Pirates de Roman Polanski accoste pour la première fois en dvd dans une édition qui est sûr de ne pas prendre la flotte.
Sortie le 02 avril.
Caractéristiques :
Format : 2.35 – 16/09 compatible 4/3 – couleur – 1h59
Langues : anglais 5.1 DTS & Stéréo Dolby Digital 2.0, français Dolby Digital 5.1
Sous-titres : français
Le film :
L'histoire : Sur un radeau en pleine mer, le célèbre pirate Capitaine Red que tout le monde croit mort (
Walter Matthau) et son second d'origine française La Grenouille (
Cris Campion) aperçoivent au loin un navire espagnol « Le Neptune ». Une fois à bord, ils découvrent que ses cales contiennent un trésor aztèque d'une grande valeur. Pour mettre la main dessus et se débarrasser de son cruel capitaine Don Alfonso (
Damien Thomas) qui l'a humilié, Red provoque une mutinerie. Les prisonniers dont la fille du gouverneur de Maracaïbo, Dolorès (
Charlotte Lewis), sont amenés sur une île dans l'optique de servir d'otages. Mais alors qu'il fête sa victoire avec son équipage Don Alfonso s'enfuit…
Même si elle ne peut décemment prétendre à l'appellation de « sawshbuckler » et n'a pas influée sur un réel retour du genre, la trilogie des
Pirates des Caraïbes aura au moins eu le mérite de mettre fin à la malédiction qui semblait peser sur toute production visant à faire revivre les corsaires et autres flibustiers des mers sur grand écran. Cet état de fait remonte plus loin que l'on ne pense car presque dix ans avant le naufrage toujours dans les mémoires de
L'île aux pirates de
Renny Harlin en 1996, un autre navire succomba non pas aux tirs de canons mais au boycott des spectateurs ayant désertés les salles obscures:
Pirates de
Roman Polanski.
Une coproduction européenne au budget mirobolant pour l'époque, un cinéaste vedette sortant de plusieurs succès, une infrastructure imposante comprenant notamment la construction en vrai d'un galion espagnol grandeur nature coûtant à lui seul la coquette somme de 8,2 millions de dollars… de quoi logiquement naviguer sur les eaux tranquilles du succès. C'était sans compter sur les aléas du destin qui n'ont pas arrêtés de parasiter un projet depuis les prémices de sa fabrication. Divers imbroglios qui ont menés à plusieurs changements de distributeurs américains : d'abord aux mains de la
Universal Pictures le film passe à celles de la
Metro Goldwyn Mayer pour finalement échoir à
Carolco Pictures Inc. (qui fera faillite en 1995 suite aux fours successifs de
Showgirls et…
!) découlant sur une coupe franche de son capital de départ et la perte de son Capitaine Red d'origine, Jack Nicholson ; de perpétuels ennuis de tournage (sérieux retard dans la confection du bateau qui sera ensuite abîmé par une tempête, équipe internationale de techniciens rendant la communication parfois difficile) … auront tôt fait de transformer la croisière s'amuse en véritable galère se concluant par une présentation tiède au Festival de Cannes et un sévère flop au box-office US. Les bons chiffres d'exploitation sur le territoire français ne suffiront pas à renverser la pression.
Pourquoi tant de haine envers une œuvre certes imparfaite mais certainement pas déméritante qui se voulait autant comme un profond hommage aux grandes productions en costumes hollywoodiennes du temps de son âge d'or, autant qu'une tentative de démystification de l'image romantique du pirate auquel le réalisateur du Bal des vampires a voulu insuffler son goût du décalage et de l'ironie. Humour et sens du burlesque se retrouvant dans la mine délicieusement affable, sale, gouaille, friponne et grotesque de Walter Matthau au cabotinage irrésistible dès les premières minutes du long-métrage, dont les savoureuses pitreries prouvent que parfois un mal peut être l'ami du bien (le résultat aurait-il le même avec l'ancien Joker de Tim Burton?). Dans un récit d'aventure traditionnel avec chasse au trésor, méchant bourgeois, belle damoiselle à fort caractère s'enamourant du jeune second renégat… le comédien est la figure de proue d'un spectacle fastueux, enjouée et délicieusement rétro auquel il aurait suffit de resserrer les boulons par-ci par-là pour gagner en excellence.
Quelque peu entaché à cause d'une pré-production précipitée car devant mettre impérativement une copie à disposition de la Croisette, Pirates souffre de petits défauts dépréciateurs. Surtout un montage qui mériterait d'être pressé pour mieux mettre en valeur ses scènes de combats à l'épée et d'abordages un brin moulles, une poignée d'effets vieillots (l'épisode du serpent en caoutchouc pas crédible même en 1986) et une fin trop abrupte dénotant sûrement d'un manque d'argent, comme ce sera le cas plus tard sur La Neuvième porte qui empêcha Roman Polanski de donner une conclusion digne de ce nom à son film.
Technique :
- Image :
L'éditeur n'a pas menti quand il parlait d'une restauration et d'une copie remasterisée jamais vu pour le film de Roman Polanski. Si on omet les tous premiers plans dont les larges étendues de ciel font apparaître un grain prononcé, le reste fait démonstration d'un net et meilleur résultat : l'image est d'une saillante propreté et offre un piqué exemplaire pour le format, faisant ressortir l'imposante abondance de détails présents à l'écran (costumes, décors…) qui décuple la beauté du cinémascope. Les couleurs sont éclatantes (en ce qui concerne les palettes chaudes, les tons froids se montrant moins précis), sans donner l'impression d'avoir été artificiellement boostées. L'ensemble est soutenu par une compression tout simplement fameuse et d'une percutante profondeur de champs. On n'en attendait pas tant. Une heureuse et agréable surprise.
- Son :
TF1 vidéo pense à tout le monde et propose pas moins de trois pistes sonores : les plus puristes trouveront un stéréo 2.0 Dolby Digital d'origine et les réfractaires à la VO se satisferont d'un Dolby Digital 5.1 qui n'a presque rien à envier à son homologue DTS certes meilleur dans la spatialisation et le rendu mais ne se démarquant plus qu'outre mesure (pour une œuvre de cette époque on ne peut pas espérer une explosion des enceintes arrières). Quel que soit votre choix, vous êtes certain d'apprécier les qualités de masters limpides complètement nettoyés et affranchit de la moindre carence auditive.
- Bonus :
L'interactivité de Pirates dresse peut-être le pavillon de la défection avec son unique bonus mais c'est pour mieux dissimulé sa force d'attaque : mélange d'interviews récentes et d'images d'archives d'époques, ce making-of conséquent (52 minutes) est une mine d'informations et d'anecdotes. Les principaux intervenants – le producteur Tarak Ben Amar, le monteur Hervé de Luze, le chef décorateur Pierre Guffroy et le comédien Cris Campion – nous font part de leurs expériences et ne cache rien des problèmes survenus tout le long de la production sans langues de bois ni discours gentiment voilé.
Cette vue d'horizon sur les permanents complications du projet (on apprend que Timothy Dalton devait un temps jouer le méchant avant qu'il ne se retire en pleine préparation pour aller faire James Bond), des faux démarrages au tournage jusqu'à son cuisant échec aux Etats-Unis et sa miraculeuse remontée des eaux financières avec le temps, permet d'appréhender différemment le travail de Polanski et mieux comprendre le pourquoi des défauts du film.
Surtout qu'aucune personnes discourant ici ne cache sa responsabilité et avoue qu'en d'autres circonstances et avec plus de recul, Pirates aurait pu s'avérer meilleur, bien que pour beaucoup l'aventure fut enrichissante et inoubliable. Des mots trop rares dans un module trop souvent englué dans la promotion et l'autocongratulation déplacée.
Vous pensiez que Terry Gilliam était le seul cinéaste à être victime du mauvais sort ? Si c'est le cas alors la vision de ce dvd vous démontrera le contraire. On tire notre chapeau à l'éditeur qui d'ordinaire n'est pas extrêmement reconnu pour le grand soin technique et éditorial apporté aux éditions vidéo issues de son catalogue. Dans le cas de Pirates, on peut le dire franchement : bravo !