Le dernier film de Brad Anderson a filé direct vers la station dvd, mais ce n'est pas une raison pour le rater à l'embarcadère.
Sortie le 04 mars.
Caractéristiques :
Format : 2.35 – 16/9 compatible 4/3 – Couleur – 1h51
Langues : Dolby Stéréo 2.0 français & anglais
Sous-titres : français
A chaque inédit en salles parvenant directement dans nos bacs vidéo, on ne peut que légitimement se demander pourquoi celui-ci n'a pas eu droit aux honneurs d'un passage par le grand écran. A plus forte raison quand il est signé par un réalisateur talentueux tel que
Brad Anderson (auteur de
The Machinist, qui ne se résumait pas qu'à la stupéfiante prestation physique de
Christian Bale), que le casting international affiche les noms de
Woody Harrelson,
Ben Kingsley, Edouardo Noriega,
Emily Mortimer et, sûrement le détail le plus important, qu'à l'arrivée
Transsiberian demeure un bon film. Oui alors, pourquoi ? On le sait, en France, le flot hebdomadaire de sorties est aux bords de la saturation, ce qui naturellement pousse les distributeurs à faire une sélection, en revanche là encore revient la même interrogation. Pourquoi ne pas avoir pénalisé une comédie américaine de seconde zone ou une énième bande horrifique qui n'attirera que les clients peu exigeants de vidéos clubs ?
Toutefois la (ou les) raison(s) de l'éviction de
Transsiberian peut s'expliquer par l'échec de
The Machinist sur notre territoire et parce que ce thriller ferroviaire circule sur une voie d'accès peu empruntée de nos jours, fortement éloignée des canons actuels du genre et des attentes du public : pas de départ en trombe, pas de twist opportuniste tarabiscoté, ni de démesure stylistique à grands renforts d'effets spéciaux pour combler un vide narratif (cf.
L'Oeil du mal). Rien de cela dans cette histoire hitchcockienne suivant un couple d'Américains en voyage, quittant la Chine pour rejoindre Moscou et dont la rencontre apparemment fortuite avec un autre tandem de touristes va les précipiter tout droit dans un dangereux engrenage impliquant la police et des trafiquants de drogues.
A l'instar de son moyen de transport, décor mouvant quasi unique,
Brad Anderson ne se précipite pas, prend tout son temps d'admirer le paysage polaire de la Sibérie (comme d'ordinaire, excellent travail du directeur de la photographie
Xavi Giménez), de capter, derrière les bâtiments rustres et les comportements brutaux slaves, le désarçonnement et les désillusions du capitalisme sauvage. Derrière la faille, voilà ce qui intéresse le réalisateur soucieux d'effriter puis de briser la carapace polie de ses personnages. Ce n'est pas pour rien que l'un des objets moteurs du récit soit des matriochkas (des poupées russes). Tout n'est qu'apparence et leur vraie nature humaine ne se révèlera réellement que dans les instants de crise d'un climax ne ressortant qu'avec efficacité puisque le tissage du suspense a été méthodiquement, solidement et patiemment exécuté en amont.
Certes, l'exposition est longue et le schéma global du métrage n'est pas facile à saisir de prime abord. Or, c'est l'apparente banalité des évènements de la première partie qui permettra à l'action de décoller une fois que le basculement graduel vers un mal-être et une ambiance menaçante se fera sentir. Une atmosphère psychologique suffocante que sait manier
Brad Anderson - même éloigné du canevas fantastique qui a fait sa réputation – cela à défaut d'offrir une conclusion vraiment originale, qui n'est tout de même pas déméritante. Rappelons que c'était également le point faible de sa précédente œuvre.
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Technique :
- Image :
Une compression bien exécutée permettant d'obtenir une copie nette et fouillée dans les scènes extérieures enneigées, et dotée d'un contraste équilibré rendant parfaitement justice à la photographie tout en couleurs saturées et clairs-obscurs de
Xavi Giménez. On y découvre ainsi
Transsiberian dans d'agréables conditions.
- Son :
Pour un film aussi récent on était en droit d'attendre au moins un Dolby Digital 5.1 que se soit en VO ou en VF. Et pourtant il faudra se contenter de Stéréo 2.0 de très bonne qualité, complètement dénués de bruits vidéos, à l'écoute tout ce qui a de plus plaisant et gracieux. La déception est largement compensée.
Bonus :
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Making-of (env.34 min) : un documentaire classique et assez complet sur l'ensemble de la fabrication du film qui aurait gagné toutefois à retirer les propos consensuels redondants des participants pour se concentrer davantage sur les particularités de cette co-production américano-européenne. On retiendra surtout les passages expliquant le souci de réalisme que le réalisateur
Brad Anderson et son équipe voulaient absolument obtenir (d'où la forte utilisation d'une caméra portée à l'épaule) tant dans les décors naturels tournés en Lituanie (l'illusion avec la Sibérie est parfaite), que dans les intérieurs tous reconstitués en studio et dans l'approche de la photographie qui devait s'adapter aux éclairages mis en place par les techniciens. Quelques propos de Ben Kinsgley sur la nature et le symbolisme des personnages de
Transsiberian ne manquent pas d'intérêt non plus.
- Filmographies
- Bande-annonce
Un thriller à l'ancienne hautement recommandable, méritant un petit arrêt par votre lecteur dvd : vous ne serez pas déçus du voyage.