Après avoir édité plusieurs coffrets uniquement des mélodrames de Douglas Sirk, Carlotta rend enfin justice, avec Capitaine mystère, à ce cinéaste multiforme.
Sortie le 18 février
Caractéristiques :
Format : 2.35 respecté – 16/9 compatible 4/3 – couleur – 1h28
Langues : Stéréo Français et Anglais
Sous-titres : Français
Le film :
L'histoire : Dans l'Irlande occupée du début du XIXème siècle, l'impétueux bandit Michael Martin se voit obligé de quitter son village côtier après avoir détroussé l'intendant du seigneur local, provocant la colère des Anglais et du comité de résistance duquel il faisait partie. Dans sa fuite vers Dublin, Martin connaîtra l'aide d'un précieux allié, John Doherty. Un nom sous lequel se cache le fameux chef résistant « Capitaine Thunderbolt »…
Quand on pense à
Douglas Sirk, on pense forcément à l'auteur de
Tout ce que ciel veut,
There's Always Tomorrow,
Le Temps d'aimer et le temps de mourir et à tous ses brillants mélodrames de l'âge d'or hollywoodien. S'il mérite amplement le titre de « maître » du genre - il en a tourné un paquet et souvent des bons continuant d'inspirer les générations (il y a encore peu
Todd Haynes lui rendait un magnifique hommage, doublé d'une prolongation moderne de son travail dans
Loin du paradis) – pourtant comme toute étiquette celle-ci est forcément réductrice. Ce serait oublier que Sirk fut le réalisateur de comédies (
No Room for No Groom), de westerns (
Taza, fils de Cochise) et de films d'aventures parfois non négligeables du type de Capitaine Mystère (
Captain Lightfoot) dont la première sortie sur le format numérique nous permet de (re)découvrir une autre facette de son talent.
A l'instar de ses collègues de l'époque naviguant dans l'univers des studios californiens,
Douglas Sirk est avant tout un employé assujetti aux bons vouloirs des décisionnaires. Le choix des sujets n'est pas toujours de mise, et souvent, seule la capacité de certains à détourner adroitement et discrètement les contraintes commerciales peut empêcher un formatage trop pernicieux, annihilateur d'une vraie patine personnelle. Le succès de ses précédentes œuvres et l'intrigue de
Capitaine mystère, issue d'une nouvelle de W.R. Burnett (scénariste de
La grande évasion), offrent l'occasion à
Sirk de tourner son film dans les décors réels irlandais, loin, très loin d'Hollywood. Un court exil qui lui donne ainsi un regain de liberté qu'il mettra à profit pour narrer à sa façon un récit historique rocambolesque dans la plus pure tradition.
Mais au-delà de son héros courageux, de son immuable romance sur fond de résistance contre l'envahisseur anglais, ce qui détermine la singularité de
Capitaine mystère c'est le regard ironique plein de malice que pose dessus le réalisateur. Non pas qu'il prend le genre de haut. Cette touche de légèreté au sein d'une histoire à rebondissements devient un bon moyen de jouer sur les figures et codes imposés par les conventions, d'en dénaturer subtilement les contours parfois trop lisses et chargés, sans en dissiper leur dimension romanesque. Une double lecture synthétisée dans le jeu de la star en herbe
Rock Hudson (nous sommes en 1955, un an après sa mise en lumière sous les projecteurs par le même
Sirk et une année avant
Géant de
Georges Stevens), dont le cinéaste parvient à inverser les quelques lacunes scéniques en les transformant en une gaucherie paysanne, permettant ainsi d'apporter de l'humanité à une silhouette de papier glacé.
La carrure athlétique du comédien n'en est pas moins sublimée dans les bras de la pétillante
Barbara Rush et par un sens du cadre inouï et l'exécution parfaitement millimétrée d'un scope d'une beauté à faire pâlir de jalousie n'importe quel technicien tâcheron contemporain. Sûr qu'en matière de mise en scène,
Capitaine mystère est un cas d'école démontrant que l'on peut certainement se plier à la rigueur d'un exercice quadrillé sans renier son éthique d'artiste.
Technique :
- Image :
Résultat d'un travail de restauration complète, la copie proposée se pare d'un piqué saillant et d'une définition élégante permettant d'apprécier toutes les qualités visuelles du film, des couleurs vives de la campagne gaélique aux costumes capteurs, même si le technicolor accuse parfois de légères teintes cramoisies. Rien qui ne pourrait prendre le dessus sur une compression perfectible mais distinguée.
- Son :
Hormis quelques détails (un mixage plus prononcé sur les dialogues pour la VO) les deux stéréo proposées sont presque identiques.
Ils offrent chacun une bande son nettoyée et claire ne souffrant que d'un peu de souffle. Mais comme pour l'image, on sent réellement les bienfaits du nouveau master restauré.
- Bonus :
L'interactivité de ce dvd s'ouvre sur une bande-annonce d'époque comme on n'en fait plus aujourd'hui, pour s'achever sur le gros morceaux de cette édition : une analyse de
Capitaine mystère par
Bertrand Tavernier. En moins d'une demie heure le réalisateur (non sans s'empêcher d'introduire le film par le biais de sa personne) parvient à faire le tour des différents points à aborder sur le sujet. D'abord, une indispensable mise en lumière de la filmographie « oubliée » de
Douglas Sirk rappelant que le mélo n'était pas son unique cheval de bataille. Puis, accompagné de quelques anecdotes et de propos qualificatifs,
Tavernier donne un complet éclaircissement de l'œuvre, de sa production à son esthétisme (on retiendra l'utilisation qui a été faite du climat britannique et notamment de la pluie pour accentuer des éléments de fonds), en passant par les acteurs mais surtout le ton ironique, détachant
Capitaine mystère d'une production lambda. Un documentaire qui convaincra éventuellement ceux pensant a posteriori que le film est un objet de série vieillot.
En plus de nous proposer un très bon divertissement plein de charme, Carlotta nous donne envie de redécouvrir l'autre côté du miroir d'un cinéaste trop vite catalogué. Peu d'éditions peuvent en dire de même.