Opening sort de ses cartons une superproduction de guerre des années 50, Away All Boats (Brisants humains) réalisé par l'honnête artisan Joseph Pevney.
Sortie : le 18 février 2009
Caractéristiques :
Format : 1.33 16/9e compatible 4/3 – Couleur – 1h49
Langues : Français et Anglais Mono d'origine
Sous-titres : Français
Le film :
Des films sur les grands conflits militaires, le cinéma en regorge. Particulièrement sur la seconde guerre mondiale qui continue inlassablement d'inspirer les cinéastes. Rien qu'en ce court début d'année 2009 on en dénombre plusieurs (
Les Insurgés,
Walkyrie…et d'autres sont à venir). Depuis soixante six ans, tout a été dit ou presque sur le sujet : nous avons eu droit à des superproductions, des œuvres intimistes, poétiques, surréalistes, propagandistes, anti/pro militaristes, vantant l'héroïsme de ses participants ou bien dénonçant l'absurdité de la guerre, se situant derrière ou devant le front, prenant le point de vue du camp des alliés comme celui des ennemis, des civils comme des hautes sphères politiques…
Dans cet immense raz de marée,
Away All Boats (sorti en France durant l'automne 1956 sous le titre
Brisants humains) choisit une autre voie : celle de l'anthropologie. Au récit ponctué de scènes de batailles, le scénario mise plutôt sur un rapport détaillé et précis de la vie quotidienne d'un navire de l'U.S Navy en charge de transporter et d'acheminer les troupes terrestres sur différentes îles du Pacifique, points stratégiques occupés par les Japonais après l'assaut surprise de
Pearl Harbor. De la salle des machines à la cabine du commandant, du pont avant aux cuisines en passant par le dépôt des déchets (qu'il fallait finement broyer avant de jeter par dessus bord pour ne pas indiquer sa présence à un sous-marin ennemi), des tâches journalières de l'équipage aux instants de détente servant à éluder l'angoisse perpétuelle d'une attaque imprévisible de kamikazes,
Away All Boats s'attache à décrire méthodiquement les drames et joies d'un microcosme masculin pris dans la tourmente de l'Histoire.
Ce n'est peut-être pas la plus excitante des approches cinématographiquement parlant, mais l'arrivée de séquences d'actions de qualité signées
James C. Heavens (réalisateur de seconde équipe sur
20 000 lieues sous les mers et
La Poursuite infernale), n'en est que plus forte. D'autant que les longs portraits et caractérisations des personnages faits en amont permettent une empathie appréciable due au bon travail de
Joseph Pevney, personnalité du cinéma décédée en 2008 dans une grande discrétion médiatique. Sans doute parce que
Pevney ne fut ni un brillant artisan, ni un excellent cinéaste et encore moins un auteur à part entière : juste un technicien chevronné et appliqué dont la pratique et la rigueur d'exécution auront fait les beaux jours du petit écran (
Star Trek,
Mission : Impossible,
La Petite maison dans la prairie,
L'Incroyable Hulk,
Bonanza,
Alfred Hitchcock présente…), davantage que le grand.
Aux côtés de
L'Homme aux milles visages,
Away All Boats représente le haut du panier d'une filmographie dévouée aux commandes de studios et produits de séries B. Un film de bonne facture (on regrettera les quelques ajouts de la
Universal Pictures, comme la présence féminine imposée avec l'inutile flash back central), pas essentiel quoique se démarquant d'une production d'époque par son discours se situant dans un entre-deux idéologique : une démonstration des horreurs de la guerre en même temps qu'une célébration de la bravoure et du courage de ces hommes. A découvrir, ne serait-ce que pour s'amuser à y dénicher la présence en arrière plan d'un
Clint Eastwood à l'aube de sa carrière.
Technique :
• Image :
Mis à part une poignée de traces importantes d'usures et quelques plans aux couleurs « brûlées », l'image de ce dvd restitue le bel esthétisme du film de Pevney. Techniquement la compression (voyante par moment) et la définition sont largement à la hauteur de ce qu'on est désormais en droit d'attendre d'une œuvre de cet âge. Il est vrai que les dispositions de résistance contre la dégradation physique de la pellicule du technicolor y est pour quelque chose. Cela ne retire en rien les mérites d'un travail proprement exécuté.
• Son :
Si votre préférence va à la version française, un carton de l'éditeur vous mettra en garde contre des défauts majeurs (plusieurs sauts de la bande sonore surtout en début de film) qu'on devine être le résultat d'une copie abîmée. Dommage parce que celle-ci présentait un stéréo plus accentué sur les effets sonores arrières que sa comparse anglaise, bien que révélant un mixage moins nuancé. La différence se fait nettement sentir sur les scènes de batailles. Sinon, toutes deux présentent une clarté suffisante, encombrée d'un souffle vidéo supportable, présent tout au long de la piste.
• Bonus :
Seul bonus présent, une courte introduction du film par le critique
Dominique Rabourtin qui en une demi-douzaine de minutes resitue l'œuvre dans son contexte historique (la guerre de Corée vient de s'achever) et s'attache essentiellement à faire un rapide portrait de
Joseph Pevney. Les propos sont intéressants juste ce qu'il faut et font regretter l'absence de tout autre complément plus descriptif et complet sur
Away All Boats et son réalisateur. De ce point de vue, le dvd est une occasion partiellement manquée de faire découvrir un oublié du septième art. Pas le plus important, certes, mais qui mériterait qu'on s'y arrête un peu plus que six minutes.
Un bon film de guerre pour une édition maigrichonne au niveau du contenu éditorial. Away All Boats est loin d'être inoubliable mais une visite à son bord n'aurait pas été désagréable.