Le 22 janvier dernier, le comédien Brad Pitt et le réalisateur David Fincher étaient venus présenter leur film évènement L'Etrange histoire de Benjamin Button à l'avant première française. Quelques heures plus tôt, ils répondaient aux questions d'une presse apparemment conquise. En voici un compte-rendu.
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Quelles ont été les circonstances ayant amené la naissance de Benjamin Button?
David Fincher : Brad était sur le projet depuis le début. Pour ma part j'ai eu une version avancée du scénario en 1991 alors que Brad en avait lu plusieurs déjà. Je l'avais consulté en sachant que le projet avait connu des abandons successifs. Un de mes amis réalisateurs,
Spike Jonze, avait échoué à le porter à l'écran. Je l'ai reçu sous la forme d'un script volumineux d'environ 240 pages et mon objectif a été de le réduire d'une soixantaine afin de le vendre aux producteurs.
Brad Pitt : On a beaucoup discuté ensemble et une des choses sur laquelle nous devions êtres convaincants auprès de
Kathleen Kennedy et Franck Marshall, c'était la manière que nous allions employer pour utiliser un seul acteur afin d'interpréter le personnage… mais sans vraiment savoir à ce moment comment nous allions procéder, vu que cela n'avait jamais été fait avant.
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Vous portez énormément de maquillage durant le film. Quelle partie a été le plus difficile à jouer ? Lorsque Benjamin est vieux ou jeune ?
BP : Vous voulez dire quand il a 20 ans ou qu'il paraît en avoir 20 ?
DF : Oui parce que ce n'est pas la même chose (rires)
BP : Je dois dire une chose : je ne pensais pas accepter de faire un film avec énormément de prothèses et de maquillage. Mais aujourd'hui les techniques ont tellement évolué, se sont nettement améliorées et sont devenues moins douloureuses. Sinon, il a fallu que je me concentre sur l'état physique du personnage. J'ai bénéficié de l'aide de plusieurs personnes sur le plateau qui me dirigeaient dans mon comportement et ma gestuelle, pour rester fixé sur l'âge du personnage.
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A la lecture du script, n'avez-vous pas été effrayé par toute la logistique qu'un tel projet impliquerait en matière d'effets spéciaux ?
DF : Non. Vous savez, j'ai abordé Benjamin Button comme n'importe quel projet. On lit le scénario et on visualise des images dans sa tête et on voit ensuite la façon dont il s'adapte à notre imagination. Et on garde toujours un œil sur son évolution. A la lecture d'un script on ne se pose pas la question de la difficulté à concrétiser cela.
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Comment avez-vous abordé l'expérience d'incarner l'enfant puis le vieil homme, monsieur Pitt ?
BP : J'ai réfléchi sur le fait que les choses ne sont pas faites pour durer, qu'il y a peut-être des moments de la vie sur lesquelles il faut davantage s'arrêter et non pas demeurer fixé sur la vieillesse qui arrive, sur la question du temps qu'il nous reste à vivre, … ce genre d'interrogations.
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Avant de mourir, le père de Benjamin Button désire voir une dernière fois un coucher de soleil. Pour tous les deux, est-ce qu'il y a une image que vous voudriez garder avant de disparaître ?
DF : Non.
BP : Non, pas vraiment. L'intérêt est la façon dont vous avez profité des moments passés de votre vie. Car la mort est la seule vérité inéluctable pour tous. Je me dis qu'il est inutile de passer son temps à lutter contre, où à se quereller : tout ça c'est une perte de temps qui vous détourne de ce qui est vraiment important.
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Est-ce que vous avez senti qu'avec ce film vous poussiez plus loin vos capacités de comédien ?
BP : Non je suis plutôt bon. En fait je suis toujours bon (rires). Plus sérieusement je ne crois pas. Ce qui m'intéresse en tant qu'acteur c'est la nouveauté, aller vers l'inconnu et j'avais ce sentiment avec Benjamin Button. Quand vous avez un bon feeling avec un scénario comme celui-ci, je pense qu'il faut y aller. En tout cas c'est ce type de projet que je recherche.
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Vous avez l'habitude de vous lancer dans des adaptations de romans jugés inadaptables (Fight Club, Benjamin Button), avez-vous l'intention de vous attaquer à une autre œuvre littéraire dans vos projets actuels ?
DF : Pour l'instant non. Je lis beaucoup de livres mais ils seraient tous faciles à retranscrire en film, je n'y voit pas d'intérêt, il n'y a pas de challenge. Mais ce n'est pas forcément ce que je recherche. Quand je suis entré dans la production de Benjamin Button je n'avais pas lu le roman original. J'ai l'habitude d'avoir des scénarios presque à l'état final. Ce fut le cas pour
Zodiac ou
Fight Club. Je suis d'ordinaire attaché au travail d'un autre.
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L'échec répétitif des autres réalisateurs et des précédentes versions ne vous a-t-il pas fait peur ?
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DF : Non, je crois que les ratés des précédents essais à porter à l'écran l'histoire de Benjamin Button étaient principalement dus au fait que le film aurait coûté trop cher à l'époque. Et peut-être aussi qu'ils ne savaient pas comment régler le problème de l'interprète du personnage autrement qu'en le faisant interpréter par plusieurs personnes (il cherche l'acquiescement de son collègue qui lui fait un signe de tête affirmatif).
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Comment est-ce de tourner avec Cate Blanchett ?
BP : C'est notre deuxième film ensemble. C'est une personne que j'apprécie énormément. Nous sommes amis et au moment de la production nous n'avions pas d'autres projets l'un et l'autre… dans ce métier, on a envie de travailler avec les meilleurs et elle est l'une des meilleures. Elle est douée et possède beaucoup d'humour. Elle est l'unes des rares qui peut me surprendre.
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Quel est le message du film en définitive ? Profiter au maximum de la vie ou ne pas avoir peur de la mort ?
DF : J'espère avoir montré une histoire particulière, parsemée de choses reconnaissables. J'aimerais que les gens puissent voir et reconnaître des choses qui peuvent leur parler. Qu'ils apprécient ces différentes étapes d'une existence qui laisse indéniablement des traces autour de chacun de nous.
BP : Un peu des deux.
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A propos du concept du temps qui passe : avez-vous vu des bouleversements dans son appréciation ? Est-ce que quelque chose a changé en vous ?
BP : Bien sûr. Je suis plus conscient de l'importance des choses qui m'entourent. Quand je vois mes enfants je me dis qu'il faut profiter des instants passés avec eux ; quand je les gronde, qu'il faut rapidement passer là-dessus. Le temps est précieux.
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C'est votre troisième collaboration avec David Fincher. Avez-vous d'autres projets communs et pourquoi lui ?
BP : Je ne veux travailler qu'avec des gens sympas et lui, il est sympa (rires). J'ai énormément de respect pour lui, pour son travail. Comme je l'ai déjà dit avant je veux travailler avec les meilleurs et il en fait partie. J'ai énormément de chance de le suivre dans sa carrière. J'aime les metteurs en scène capables de faire avancer le cinéma. Son travail est unique et par dessus tout authentique.
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Et avez-vous observé des changements dans vos relations de travail au fil des ans ?
BP : Non pas beaucoup. C'est un peu honteux à dire mais non.
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Vous vous êtes fait une réputation de précurseur dans toutes les nouvelles technologies liées au cinéma. A votre avis, à quoi ressembleront les films dans vingt ans ?
DF : Je ne sais pas. Je pense que le cinéma évolue, que le public est aujourd'hui à même de comprendre les images qu'on lui montre. Tout évolue : les méthodes dans la narration aussi.
Parce que les gens sont prédisposés à la manière dont on leur raconte une histoire. Peut-être que dans l'avenir nous n'utiliserons plus de plans rapprochés pour exprimer des émotions. La façon de faire du cinéma changera sûrement. Peut-être qu'il sera possible de boucler un film en 15 jours. On ne peut pas prévoir.
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L'action du livre se déroule à Baltimore à une période antérieure au film qui est situé à la Nouvelle-Orléans. Pourquoi avoir fait ces changements ? Cela avait t-il un sens pour vous ?
DF : Quand je suis arrivé sur le projet, il y avait déjà des changements par rapport au roman.
Ils sont l'œuvre d'
Eric Roth (le scénariste). Pour le lieu, l'action devait initialement se passer à Baltimore. Etant donné que je n'ai pas beaucoup d'imagination, nous nous sommes rendu là-bas en repérage. Nous voulions faire le film ici quand une personne a proposé la Nouvelle-Orléans qui présentait des avantages financiers, des exonérations d'impôts (rires). Vous savez ce que c'est, tout le monde veut des exonérations d'impôts. Nous sommes allé voir et on s'est rendu compte qu'il y avait des images extraordinaires à faire.
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Dans le film vous revêtez des maquillages compliqués. Cela ne vous a t-il pas posé problème ? Avez-vous un regret ?
BP : Non, je ne comprends pas le regret. Je suis tellement nul quand je suis moi-même (rires). On a fait des mois de tests pour être sûr que je sois le plus libre possible dans la perception et la retranscription des émotions donc cela a été. Il y avait bien la colle qu'on m'appliquait chaque matin qui était gênante mais j'ai pris ça comme une sorte de défi et finalement j'y ai pris beaucoup de plaisir, même si je ne le ferai plus.
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Votre personnage n'est pas très actif. Il ne bouge pas beaucoup et subit plus qu'il ne provoque les événements de sa vie.
BP : C'est vrai qu'il se définit par rapport à son entourage, à ses rencontres qui agrémentent son existence, lui donnent cette dynamique. C'est pour cela qu'il nous fallait de bons acteurs pour les autres rôles. Pour moi, c'était une approche intérieure, faire attention à mes réactions sur le plateau et les effets cumulatifs qui construisent le personnage. Mais ce n'était pas pour me déplaire, je suis à l'aise avec ça. J'ai aimé le fait d'âtre assis et de laisser mûrir.
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Quelle est la différence entre David Fincher et Quentin Tarantino ?
BP : Chez Tarantino tout est plus sanglant (rires).
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Que pensiez-vous apporter de plus à la nouvelle originale ?
DF : Là encore, je n'ai pas démarré le projet par rapport à la nouvelle de F. Scott Fitzgerald. Quand je suis arrivé entre 2004 et 2006, je me suis basé sur un script. Je ne l'ai découverte que bien plus tard. De mon côté, j'étais intéressé par le fait d'essayer de trouver une alchimie entre les acteurs, de comprendre les relations de leurs personnages et de l'exprimer au mieux à l'écran.
BP : L'important était de trouver le ton adéquat, de ne pas tomber dans une histoire de co-dépendance entre deux individus, d'essayer de faire une œuvre différente du roman. C'est pour cela que l'on s'est concentré sur l'idée de l'instabilité du temps.
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Pourquoi vous ? Pourquoi le duo Pitt/Fincher ?
DF : Pourquoi nous deux ? Et bien,
Seven était plutôt marrant à faire, c'était une comédie sympa (rires)
BP : C'est vrai !
Seven est une comédie (rires à nouveau)
DF : Quand j'étais sur
Alien 3 c'était mon premier long-métrage, que j'ai plutôt fait en solitaire tellement j'étais concentré sur tous les problèmes et les détails à résoudre. Sur
Seven je me suis plus ouvert aux autres. Pour en revenir à la question, j'aime sa façon de faire son travail. C'est le genre d'acteurs qui arrive sur un plateau prêt à mettre en pratique toutes les recherches qu'il a faites en amont mais qui n'est pas réticent à l'idée d'explorer des voies différentes à la dernière minute quand on le lui demande. Il vous apporte sa curiosité et par dessus tout sa générosité.
BP : Non, c'est ma démarche (rires). Il aime ma démarche.
DF : Au moment de
Seven et puis
Fight Club, j'étais intéressé par le fait de prendre quelqu'un de sympathique et d'en faire une personne méchante, de faire ressortir son côté sombre.
BP : Et moi ? Hum… c'est l'heure des compliments, non je ne peux pas car il y a tellement de choses à dire… Sa maitrise des technologies, sa vision aigue de la nature humaine, son sérieux. J'ai toute confiance en lui, en son savoir faire des effets spéciaux qui m'ont convaincu de participer à des films que je ne pensais pas faits pour moi.
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Le film vous a t-il apporté quelque chose ? Un nouveau regard sur la mort ?
BP : Non, pas vraiment. Si c'est le cas, il a modifié mon approche des choses de la vie de manière inconsciente. Peut-être que maintenant, je me dis qu'il faut passer au plus vite sur les éléments qui encombrent notre existence. Par exemple quand mes enfants ont fait une bêtise et que je les gronde, j'essaye d'outrepasser ces instants pour aller à l'essentiel et passer à autre chose. J'ai sans doute aujourd'hui une meilleure acceptation de la mort.
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Vous êtes un homme comblé, un père, un philanthrope ; Vous reste t-il un grand rêve avant de quitter ce monde ?
BP : Parler le français (rires) car c'est difficile. Il y a tellement de possibilités, je ne sais pas, tellement de choix, d'opportunités qui se bloquent dans les synapses de mon cerveau que j'en viens à me demander comment tout faire avec le peu de temps qui reste.
L'Etrange histoire de Benjamin Button sera sur les écrans ce mercredi. Vous pouvez d'ores et déjà retrouver notre critique ici