Opening ressort, avec l'aide du CNC, de la radio France Bleu et du magazine Positif, trois films qui ont marqué la filmographie du cinéaste Claude Lelouch. Une heureuse initiative.
Sortie des 3 DVD le 21 Janvier 2009
Vivre pour Vivre (1967)
Caractéristiques :
Format : 1.66 – 16/9 compatible 4/3
Son : mono
Langue : français
Sous-titres : aucun
Durée : 2h06 -couleurs
Le film :
Dans la prolifique filmographie de
Claude Lelouch (41 films à ce jour de
L'amour avec des si à
Roman de gare),
Vivre pour vivre se situe juste après le succès mondial de
Un homme et une femme qui se vit récompenser d'une palme d'Or au festival de Cannes en 1966 mais aussi de deux Oscars en 1967 (ceux du meilleur film étranger et du meilleur scénario). Malgré les appels du pied de l'industrie américaine,
Claude Lelouch (déjà auteur) préféra rester fidèle à son univers cinématographique en contant l'histoire d'un couple (
Annie Girardot et
Yves Montand) et de ses turpitudes. Grand reporter (comme
Claude Lelouch le fut à ses débuts), Robert Collomb profite de ses nombreux voyages pour tromper sa femme Catherine. En silence, celle-ci l'accepte jusqu'au jour où Robert tombe véritablement amoureux de Candice (la belle
Candice Bergen). Le couple résistera-t-il à cette épreuve ? C'est là tout l'enjeu du film qui, comme toutes les œuvres de
Claude Lelouch, navigue entre qualités et défauts qui sont souvent liés aux mêmes caractéristiques, appréciées ou détestées selon les spectateurs.
Le réalisateur dont « la caméra et la musique sont les principaux personnages de ses films » s'égare un peu dans ses images, filme tout ce qu'il a envie de voir à l'écran (mais qui n'est pas nécessaire à l'action), se perd dans un discours politico-social quand il filme l'interview de mercenaires en Afrique, une chasse aux animaux, la guerre au Vietnam sur fond de chanson (« Des ronds dans l'eau » interprété ici par
Annie Girardot et
Nicole Croisille). Comme tous les films de son auteur,
Vivre pour vivre peut se voir comme un opéra d'images et de sons, génial pour les uns, exécrable pour les autres. Ce qui reste indéniable, c'est que le cinéma de
Claude Lelouch utilise les comédiens comme nul autre ne sait le faire (sauf peut-être
Maïwenn Le Besco aujourd'hui) et que, malgré une filmographie en dents de scie, le cinéma lelouchien est toujours émouvant et unique même si souvent le récit tarde à démarrer. Les secondes parties sont toujours meilleures que les premières. C'est justement le cas dans
Vivre pour vivre qui aurait pu être plus court (il dure plus de deux heures). Il est néanmoins à voir ne serait-ce que pour la prestation incroyable d'
Annie Girardot et la musique de
Francis Lai (qui composera la plupart des thèmes des films de
Lelouch).
Interactivité :
Aucune et on regrettera l'absence de chapitrage sur ses trois nouvelles éditions.
Pas de piste pour les malentendants ce qui est également dommage.
Bonus :
- Une interview (28 min 22 sec) de
Claude Lelouch par le journaliste et critique Yves Alion, spécialiste du cinéma du réalisateur à propos duquel il a écrit un livre «
Claude Lelouch : mode d'emploi ».
Ses questions sont judicieuses et les réponses d'un grand intérêt partant de
Vivre pour vivre pour déboucher sur une compréhension plus large du cinéma de
Lelouch. De brèves images du film agrémentent l'entretien filmé, semble-t-il, dans le propre théâtre de
Lelouch. On y apprend, par exemple, comment le metteur en scène a géré l'après
Un homme et une femme, quelles sont la part de fiction et de réalité dans son film (et plus généralement dans ses films), le pourquoi du choix d'
Annie Girardot et d'
Yves Montand ou encore le véritable sujet de
Vivre pour vivre. Mais on y découvre également beaucoup d'autres choses. Une interview indispensable pour les fans du cinéma de l'auteur ou pour ceux qui le connaissent moins bien.
-une galerie photos de 23 clichés
-le film annonce original (3min 10 sec) très rare et par conséquent, plutôt abimé.
-un documentaire de 8min 40 sec déjà présent sur la médiocre édition précédente, sorte de film publicitaire américain pour promouvoir le second film de l'auteur d'
Un homme et une femme qui fit un « tabac » sur le territoire américain. Filmé en noir et blanc, il nous apprend tout de même certaines choses sur la façon dont
Claude Lelouch use des comédiens ou sur sa vision du cinéma.
-un court métrage documentaire de 15 minutes, « Turquie » qui date de 1973 et atteste de l'aspect « reporter » de
Lelouch. Un peu fouilli, on y voit tout ce qui fait la particularité du pays : ses paysages, ses œuvres d'art, ses traditions et sa culture. De belles images sur un fond musical de (encore et toujours)
Francis Lai.
Cette nouvelle édition de Vivre pour vivre est essentielle pour ceux qui connaissent et apprécient déjà le film. Le DVD n'est pas d'une richesse abondante en bonus mais ils sont tous soit rares (la bande annonce, le court-métrage), soit passionnant (l'entretien).
Le voyou (1970)
Caractéristiques :
Format : 1.66 – 16/9 compatible 4/3
Son : mono
Langue : français
Sous-titres : aucun
Durée : 1h56 – couleurs
Le film :
Tourné après le sombre
La vie, l'amour, la mort qui dénonçait la peine de mort en France (sûrement le film le plus grave de
Claude Lelouch),
Le voyou est un polar ludique ne serait-ce que pour sa construction originale et le jeu des acteurs (
Charles Denner y est magnifique). On connaît la passion de
Lelouch pour les « petits » truands (voir
L'aventure, c'est l'aventure et
La bonne année qu'il tournera quelques années plus tard), ce mélange de charme et de violence, présent ici sous les traits de
Jean-Louis Trintignant.
Probablement le film le plus réussi parmi les trois rééditions de
Opening,
Le voyou peine à démarrer (encore !) mais, une fois le flash-back amorcé, le récit qui se déroule alors linéairement se suit avec un grand plaisir grâce à un scénario astucieux qui vire quelquefois à la loufoquerie.
Le voyou est pourtant l'histoire d'une vengeance. Simon sort de cinq années de prison qu'il a purgé pour un rapt d'enfant. Reprenant contact avec sa maîtresse et ses anciens complices, il va tenter de faire tomber le père du petit garçon (
Denner) qui a dénoncé Simon passant ainsi de l'état de complice à celui de traître.
Sur le papier, le sujet peut paraître sombre mais
Claude Lelouch en profite pour inventer le polar décomplexé qui navigue entre humour et règlement de compte.
Le voyou est un film léger (dans le bon sens du terme) et on sent que le metteur en scène s'est amusé avec les codes du polar comme il joue avec les images (ce qu'on voit trouve toujours sa justification après coup) : sa réalisation en trompe l'œil participe grandement au plaisir durable que procure le film. Réussi à tous les niveaux (polar et comédie),
Le voyou est le premier film policier de
Claude Lelouch qui, par intermittence, reviendra au genre tout au long de sa carrière, nous offrant du coup certains de ses films les plus réussis comme le tout dernier,
Roman de gare, également disponible en DVD. Tenez le coup la première demi-heure et vous verrez qu'ensuite,
Le voyou, c'est vachement bien !
Interactivité :
Toujours pas de chapitrage, ni de sous-titres pour les malentendants.
Bonus :
- Une interview de 22 minutes dans laquelle
Claude Lelouch revient entre autres sur son attirance pour les personnages de voyous, sur le choix de
Jean-Louis Trintignant et sa complicité avec
Charles Gérard, sur la judicieuse construction en flash-back du film et sur les raisons qui ont effrayé sa maison de distribution d'alors,
Les artistes associés, qui, au départ, ne voulait pas du projet du fait de son sujet (la rapt d'enfant) et de sa construction.
Claude Lelouch parle sans langue de bois et c'est, une nouvelle fois, passionnant.
- Une galerie de 16 photos (certaines en petite définition).
- La bande-annonce originale qui dure 2 minutes et 37 secondes.
- Le court-métrage « C'était un rendez-vous » dans lequel une voiture de course traverse Paris en caméra subjective en huit minutes. Très connu pour sa virtuosité et donc assez souvent vu, le court reste vraiment impressionnant et montre comment Paris a changé depuis 1976.
Un peu moins de bonus sur cette édition du Voyou mais, à eux seuls, le film et l'interview justifient l'achat du DVD.
Si c'était à refaire (1976)
Caractéristiques :
Format : 1.66 – 16/9 compatible 4/3
Son : mono
Langue : français
Sous-titres : aucun
Durée : 1h
36 – couleurs
Le film :
Premier film de
Claude Lelouch avec
Catherine Deneuve (qu'il reprendra en 1979 pour
A nous deux avec
Jacques Dutronc comme partenaire),
Si c'était à refaire, est, selon les dires mêmes du réalisateur, un semi-échec dans la mesure où il n'est pas entièrement satisfait du résultat (justement à cause de l'actrice qui s'est mal pliée à la méthode lelouchienne). Pourtant, le film est sacrément émouvant.
Catherine sort de prison après quinze années de réclusion pour meurtre. Au début de sa peine, celle-ci décide d'avoir un enfant (vous verrez par quel biais) pour supporter les années à venir et avoir un but dans la vie. En sortant, il lui faut réapprendre à vivre avec ce qui a changé dans la société, essayer de se réinsérer et surtout récupérer son fils qu'elle n'a jamais vu.
Si c'était à refaire commence par un long travelling en caméra subjective montrant la sortie de prison de l'héroïne.
Claude Lelouch prend son temps, sa façon de filmer est plus apaisée qu'auparavant : en 1976, contrairement à l'époque de
Vivre pour vivre, il ne montre que le strict nécessaire à l'action ce qui en fait un film chaleureux mais qui s'inscrit mal dans la filmographie de l'auteur. Son style est moins visible,
Catherine Deneuve n'arrive pas à donner à son personnage la spontanéité qui fait la marque de
Lelouch. Une fois de plus, la seconde partie est la meilleure et on regrette que les retrouvailles du personnage de Catherine avec celui de Sarah, connue en prison, arrive si tardivement. Sarah, c'est
Anouk Aimée, inoubliable personnage d'
Un homme et une femme, incarnation lelouchienne par excellence, ici, complètement solaire... Soit tout le contraire de
Catherine Deneuve à la beauté glacée.
Charles Denner, quant à lui, est toujours aussi génial. Pour sa première apparition dans un film de
Claude Lelouch,
Francis Huster est impeccable et
Jean-Jacques Briot, qui joue le rôle du fils, est désarmant de naturel (pourtant à part un film yougoslave au début des années 80, il ne tournera plus). Un excellent casting donc, hormis l'interprète principal, ce qui n'est pas le seul paradoxe du film dont le scénario peine à trouver une unité. Pourtant, le charme envoutant commun à toutes les œuvres de
Claude Lelouch est bel et bien là tout comme la musique de
Francis Lai qui nous offre un bien beau thème qu'on ne peut oublier après la vision du film.
Interactivité :
Voir les films précédents.
Bonus :
- Une interview exclusive de
Claude Lelouch (18 minutes) filmée en même temps que les deux autres où l'on retrouve, par conséquent, les questions pertinentes d'
Yves Alion. Au menu : comment
Catherine Deneuve s'est adaptée à la méthode Lelouch ? Quel est le vrai sujet du film ? Pourquoi
Lelouch filme si souvent l'intérieur des prisons ? En résumé, une entrevue moins intéressante que les deux autres dans laquelle la question principale n'est pas posée : si le duo
Deneuve/
Lelouch ne fonctionne pas, pourquoi celui-ci a-t-il retourné avec elle trois ans après ?
- Une galerie de 20 photos
- Le film annonce original constitué d'extraits très brefs qui remontent le film dans sa chronologie c'est-à-dire du début (la sortie de prison) jusqu'au dernier plan situé au sommet du Mont-Blanc.
Un film pas totalement réussi pour un DVD moins garni de bonus que les deux autres. Cependant, Si c'était à refaire est particulièrement attachant. Alors, pourquoi pas ?
Chez Opening, prix public conseillé : 14,99 € le DVD.