Que cela fasse plaisir ou non, force est de constater que Jason Statham est devenu l'une des stars incontournables du cinéma d'action de ce XXIème siècle.
Cet Anglais pure souche, que rien ne prédestinait à une quelconque carrière artistique, a en seulement quelques années mené sa barque tambour battant au point de devenir aujourd'hui le successeur de vedettes musclées des années 90, avec tous les défauts et les qualités immanents à cette position. La sortie ces jours-ci du troisième volet du
Transporteur devrait logiquement renforcer un peu plus ce statut. L'occasion donc de revenir sur dix années de succès sur les écrans, arrivé de manière atypique.
Sport, larcins et mannequinat
Atypique parce que comme dit ci-dessus, ce second enfant, né à Sydenham le 12 septembre 1972, d'un chanteur et d'une ancienne couturière reconvertie en danseuse ne se destinait pas à prolonger la tradition familiale, encore moins à se retrouver sur les écrans du monde entier. La forte tête est plutôt décidée à barboter dans les piscines olympiques. Athlétique,
Jason Statham se distingue dans la natation après avoir intégré en 1988 l'équipe nationale de plongée sous-marine qui lui permet de décrocher une douzième place lors des championnats du monde en 1992. Parallèlement, l'athlète possède d'autres activités moins reluisantes. En effet, s'il est remarqué pour son physique et recruté par des agences publicitaires qui l'utilisent pour vanter leurs produits (notamment dans une pub pour
Levi's), il lui arrive de faire de la vente de produits de luxe au noir. C'est d'ailleurs dans la peau d'un vendeur de bijoux à la sauvette qu'il fera son premier rôle dans
Arnaques, crimes et botanique après que le directeur de la société de ligne de vêtements
French Connection (alors producteur exécutif du film) lui a fait rencontrer l'homme qui allait complètement changer sa vie :
Guy Ritchie. Comme rite de passage, le baroudeur devait justement réussir à lui vendre une de ses babioles. A en croire le cours des évènements futurs, il semblerait que la vente ait été conclue.
Association (fructueuse) de malfaiteurs
Après dix années de bon et loyaux services et autant d'entrainements dans l'équipe britannique de natation,
Jason Statham quitte définitivement le monde sportif lorsque le triomphe international d'
Arnaques, crimes et botanique et son essai réussi en tant que comédien le convainc de pousser l'expérience plus loin.
Jason Statham a fait son entrée dans le monde du 7ème art, et personne ne le mettra à la porte. Devenu ami avec le réalisateur considéré à l'époque comme l'une des figures du renouveau du cinéma anglais, l'acteur à l'indéniable charisme continue sa collaboration aux côtés de
Ritchie et se retrouve logiquement dans son second opus, Snatch – tu braques ou tu raques. Dans la prolongation de son précédent ouvrage, le film du futur ex-monsieur
Madonna est une œuvre chorale traitant le monde du gangstérisme sur un mode à la
Quentin Tarantino : violence décomplexée encadrée d'un ton caustique et déjanté, dans une mise en scène multipliant les effets de styles. La recette fonctionne et
Statham s'émancipe pleinement dans un rôle plus fourni et n'a aucun mal à exister au milieu d'un parterre de partenaires plus expérimentés, notamment un
Brad Pitt hilarant en boxeur manouche au langage abscons.
Débuts difficiles à Hollywood
Il n'en faut pas plus pour que les Etats-Unis lui fassent les yeux doux. Son entrée au pays de l'oncle Sam,
Jason Statham la fait par l'intermédiaire d'un petit thriller passé inaperçu, Turn it Up, un véhicule cinématographie pour le rappeur
Ja Rule faisant alors ses débuts. Un premier ratage qui n'a aucune conséquence sur le bon déroulement des propositions à venir puisque l'année suivante il obtient une place dans la dernière production de
John Carpenter,
Ghosts of Mars. Même s'il ne joue que les seconds couteaux dézinguant des hordes de zombies extra-terrestres sur la planète rouge, le comédien sait que son association avec le maître de l'horreur a davantage de chances de lui ouvrir les portes d'Hollywood que celle avec
Neil Marshall pour
Dog Soldiers, une production horrifique anglaise fauchée, dans laquelle il se voit proposer de figurer (c'est finalement
Kevin McKidd qui reprendra le fusil du soldat Cooper). Le choix est tout à fait légitime mais demeurera une erreur,
Ghosts of Mars étant un sérieux bide partout dans le monde alors que
Dog Soldiers fait un véritable carton Outre-Manche et devient l'objet d'un petit culte. A cet échec s'ajoute les scores honorables mais pas extravagants de
The One de
James Wong dans lequel
Statham joue un flic censé arrêter un méchant
Jet Li multiple et surpuissant. En plus d'être médiocre, le scénario de
The One évince très vite son personnage au profit d'un duel entre deux variations de la star d'art martiaux asiatique faisant depuis
L'Arme fatale 4 une percée aux USA. La renommée mondiale n'est pas pour tout de suite.
Le Transporteur : retour gagnant en Europe
Après ses petites déconvenues yankee,
Jason Statham retourne en Angleterre participer aux parties de foot carcérales musclées de
Carton Rouge de
Barry Skolnick, remake non officiel de Plein la Gueule de
Robert Aldrich produit par ses camarades
Guy Ritchie et
Matthew Vaughn. Mais la catapulte viendra de là où ne l'attendait pas : de la France, et plus précisément de
Luc Besson, qui, depuis sa mise en stand-by en tant que réalisateur, cherche à entendre son influence de producteur en dehors des simples frontières hexagonales par l'intermédiaire de productions d'action nourrie de la pluri-nationalité des individus travaillant dessus, et ce afin de faciliter leurs ventes sur les marchés étrangers.
Le Transporteur obéit à cette logique commerciale en intégrant un réalisateur français, un chorégraphe hong-kongais, une comédienne principale taïwanaise, un américain et une figure de proue anglaise avec
Statham dans le rôle de Franck Martin, un convoyeur illicite mettant ses talents de conducteur au service d'une clientèle pas toujours bonne sous tout rapport. Mixage hétéroclite d'influences cinés (mélanges des blockbusters américains et asiatiques dans un polar à la française) s'inscrivant dans l'air du temps,
Le Transporteur ne brille pas par une originalité folle ni par une quelconque communion de talents mais la prestance de
Statham, ses aptitudes martiales (il pratique les arts martiaux et surtout le kickboxing, ce qui lui permet d'exécuter la majorité des chorégraphies et des cascades) suffisent à lui faire remporter un vif succès auprès des adolescents - son principal cœur de cible - s'étendant dans différent pays et en l'occurrence de l'autre côté de l'Atlantique.
Pendant que le film se fait une petite réputation là-bas, le comédien continue d'officier à l'arrière plan du sympathique
Braquage à l'italienne de
F. Gary Gray (encore un remake), de faire un passage éclair dans l'introduction du
Collateral de
Michael Mann et de jouer les méchants kidnappeurs dans le thriller
Cellular de
David R. Ellis. Il devient évident que le visage et le nom de Statham commencent à devenir familiers au public, c'est pourquoi pour ce dernier projet il obtient son nom sur l'affiche. A peine trois ans après, afin d'enfoncer un peu plus le clou de sa popularité croissante, un second Transporteur est mis en chantier avec le partenariat des Etats-Unis. Comme le précédent,
Le Transporteur 2 est un tremplin entièrement pensé et conçu pour mettre en valeur sa star. Peu importe alors que le scénario ne soit qu'un prétexte à un amoncellement de déchainement de pyrotechnie et de combats dessapés (le but du jeu étant de montrer un maximum la musculature de son héros) tirant vers le cartoon et que la réalisation accumule les fautes de goûts, puisque financièrement les rentrées d'argent sont là : lors de sa première semaine d'exploitation sur le territoire US,
Le Transporteur 2 caracole en tête du box-office. Désormais
Jason Statham peut déambuler dans la cour des grands.
Revolver : l'erreur de parcours
Même lorsque l'on est une vedette du grand écran on ne peut pas faire n'importe quoi dans ses choix de carrière, et à plus forte raison quand on vient à peine de se faire connaître. Il es vrai que sur le papier
Revolver avait tout du projet gagnant : le retour de
Guy Ritchie au film de gangster (après le sérieux four rencontré par sa comédie
A la dérive),
Statham en tête d'affiche soutenu par
EuropaCorp (société de
Luc Besson). Mais c'était sans compter sur l'écart de conduite du réalisateur subissant l'influence néfaste de sa femme et de ses extravagances religieuses qui imprégneront ce thriller aux relents mystiques. Incompréhensible, pompeux, prétentieux, tordu, sans queue ni tête, formellement laid,
Revolver est un véritable OVNI laissant scrupuleusement de marbre. La critique est désastreuse et les spectateurs ne cautionnent pas l'incursion de l'acteur dans un registre « plus sérieux » dans lequel il montre d'évidentes déficiences de jeu quand il faut pratiquer autre chose que le froncement de sourcil. Il est certain que le flop de
Revolver demeura une leçon pour le comédien qui comprendra par la suite qu'il ne devra pas trop s'écarter de son carcan au sein de l'industrie cinématographique : c'est à dire le cinéma d'action décérébré.
L'amour de la castagne
Hormis une petite apparition non créditée dans la comédie
La Panthère Rose, Jason Stahtam n'œuvrera dans les années à venir que dans des productions musclées dans lesquelles l'action-man ne fait que se reposer sur ses lauriers: il évince un
Wesley Snipes en pleine déchéance dans l'anecdotique
Chaos de
Tony Giglio avant de se ridiculiser (comme tout le reste du casting) dans In The Name Of The King : A Dungeon Siege Tale, une adaptation d'un jeu vidéo par le « spécialiste » du sous-genre, l'allemand
Uwe Boll, et d'affronter de nouveau
Jet Li (à arme égale cette fois-ci) dans
Rogue l'ultime affrontement de
Philip G. Atwell. Des budgets modestes pour des exploitations devenant surtout rentables (hormis le film de
Boll qui a connu un énorme bide aux Etats-Unis) grâce au marché de la vidéo. Qu'est ce qui empêche alors l'adepte de la baston de sombrer dans les méandres des direct-to vidéo à l'instar de nombre de ses confrères? Réponse :
Hyper Tension.
Avec cette petite bande modeste (12 millions de $, même pas le budget moyen d'une production standard), signée par le duo novice
Mark Neveldine et
Brian Taylor,
Jason Statham déniche l'un de ses plus grand succès, gonflant encore sa célébrité auprès de la jeune audience plébiscitant largement ce type de métrage complètement barré et fun… et indubitablement pourvoyeur d'une crétinerie assumée. Récit de la course contre la montre d'un tueur à gage empoisonné par ses employeurs et devant maintenir son niveau d'adrénaline élevé s'il veut continuer à vivre,
Hyper Tension cultive l'excès, la démesure et l'outrance dans un flot violent ininterrompu d'images brutes, une sorte de condensé de jeux vidéos (sa connivence avec la série
GTA n'a pas échappé aux gamers), de clip
MTV et de
Google. A propos du métrage les avis tranchent généreusement : certains y voient déjà l'avenir du cinéma d'action, d'autres le nivellement cérébral toujours plus bas du genre. L'indécis tranchera en faveur des deux camps. L'année suivante, l'acteur continue de rouler des mécaniques dans l'actionner pur et dur avec
Course à la mort de
Paul W.S. Anderson, remake aseptisé de la série B culte issue de l'écurie
Roger Corman La Course à la mort de l'an 2000. Juste avant, il délaissait un temps la castagne et les marathons meurtriers pour orchestrer le plaisant
Braquage à l'anglaise dans lequel il démontre son aisance à se mettre dans les baskets de gentils malfrats, sa bonhomie naturelle (l'homme affiche un capital sympathie avéré) y contribuant grandement.
Le secret de cette réussite est peut-être à chercher dans ce mélange de prestance physique et d'apparente simplicité, doublée d'un vrai amour pour ce qu'il fait (il adore jouer les héros, casser du méchant et faire tout exploser sur son passage et ça se voit) qui font de
Jason Statham un personnage efficace et attachant, faisant parfois oublier le caractère très souvent médiocre – et parfois pire - de sa filmographie. Car le problème de notre transporteur est qu'il n'a pas (encore ?) su se faire désirer par des réalisateurs compétents autres que de vulgaires tâcherons ou de petits faiseurs capables de le faire grimper vers des sommets plus élevés que la luxueuse série B. Cette personne pourrait-elle être
Guy Ritchie ? A l'époque de Snatch – tu braques ou tu raques l'affirmation aurait été de mise mais aujourd'hui celui-ci est tombé tellement bas qu'il doit d'abord refaire complètement ses preuves afin de retrouver une certaine légitimité.
Les projets à venir
La suite directe de sa carrière ne laisse pas présager un renouveau étant donné que les trois prochains projets du bonhomme sont des suites de ses succès : il y a d'abord le troisième volet des péripéties de Franck Martin qui même s'il change de réalisateur et s'annonce comme un opus mieux travaillé (pas bien difficile il faut dire) ne s'imposera probablement pas en-dehors d'une séance d'un samedi soir entre amis. Le second sera
Hyper Tension 2, une suite improbable (Chev Chelios, son personnage, meurt à la fin du précédent) promis comme encore plus frappadingue et toujours plus bête. Le dernier,
The Brazillian Job, est la suite de
Braquage à l'italienne qui logiquement devrait voir le rôle d'arrière-plan tenu par
Statham s'épaissir s'il on considère qu'il n'est plus ce relatif inconnu d'avant
Le Transporteur.
Beaucoup plus intéressante s'annonce ses participations à
The Expendables de
Sylvester Stallone, œuvre guerrière dans laquelle le comédien pourrait trouver une position de choix entre l'interprète et auteur de
John Rambo et
Jet Li (qu'il retrouvera pour la troisième fois), et à
13, un nouveau remake (son quatrième) de l'intéressant thriller français
13 (Tzameti) de
Géla Babluani s'occupant lui-même de cette version américaine au casting aguicheur. Son dernier en date,
The Grabbers, n'est pas encore sur pied et demeure assez vague si ce n'est que le script du film se veut dans les grandes lignes comme une variation moderne du Trésor de la Sierra Madre de
John Huston.