Opening continue dans sa reconstitution du répertoire Italien en nous offrant l'édition du film Lucky Luciano de Francesco Rosi.
Caractéristiques :
Format : 1.77 – 16/9 compatible 4/3
Couleur - 1h45
Langue : italien - français
Sous titres : français
Son : Mono d'origine
Le film :
Lucky Luciano fait partie des chefs d'œuvres incontournables de la filmographie de
Francesco Rosi. Connu pour avoir une approche assez historique, proche du néo-réalisme italien, le cinéaste prône une réalité à l'état pur en limitant la part de fiction. Ses premiers pas aux côtés de
Luchino Visconti (il a été son assistant dans
La terre tremble) semblent avoir laissé des marques. Dans le film, on suit
Lucky Luciano, homme condamné à 50 ans de prison pour avoir organisé le massacre de la Saint-Valentin en 1931, tuerie qui lui a permis de prendre la tête de la Mafia à New York. En 1945 après avoir purgé neuf ans de sa peine, il est gracié contre toute attente pour avoir rendu service à l'Amérique. De retour en Italie, le trafic de drogue reprend de plus belle sans néanmoins avoir la moindre preuve d'un lien quelconque avec le retour de Luciano. A partir de dates clés, le cinéaste nous livre le récit du plus grand criminel de l'histoire.
Lucky Luciano reste le film de référence sur la Mafia new-yorkaise et italienne. Parfaitement documenté, il ne doit pas être comparé à un thriller mais à la véritable œuvre d'un historien qui nous livre les plus grands tournants de la vie du criminel. Le film permet de reconstituer le puzzle des évènements historiques à l'origine de la Mafia actuelle. Un « volume » supplémentaire dans un cinéma italien complémentaire car il prend en quelque sorte la relève sur
L'affaire Mori, film de
Pasquale Squittieri qui précède chronologiquement
Lucky Luciano (le récit sur la Mafia s'arrêtant en 1938). Ce film est intéressant d'un point de vue historique car il fait le portrait d'un homme qui tente de ressouder les liens entre la Cosa Nostra (la Mafia sicilienne) et la Mafia américaine.

Le point de vue adopté par le cinéaste permet d'échapper à un manichéisme qui pourrait être trop évident. Nous ne verrons jamais Luciano à l'œuvre de ses magouilles. Un parallèle intéressant est dressé entre ses collaborateurs que nous verrons payer à la place de Luciano, les recherches de la police, les évènements qui ne sont pas censés le concerner puisqu'il était en Amérique à ce moment là, et la vie si (trop et c'est ce qui le trahit) paisible du célèbre mafieux. Tantôt donnant un chèque à son ami et prêtre pour que celui-ci éponge les dettes de l'église, tantôt en le montrant tenant avec affection un chien minuscule et répéter inlassablement (même à ceux qui pourraient être dans la confidence) qu'il ne fait aucun trafic. Portrait intéressant que celui d'un homme qui a tellement de sang sur ses mains, que nous verrons pourtant toujours impeccablement vêtu, souriant stoïquement. Mais ce sont également les performances de l'acteur
Gian Maria Volonté que l'on retiendra. Une interprétation d'autant plus remarquable que sa ressemblance physique avec
Lucky Luciano est frappante.
Technique :
- Image :
L'image a gardé son aspect « vieillot » des années 70. Elle est néanmoins propre, pas de tâches de poussières bien qu'elle reste de qualité moyenne. De plus, son calibre n'est pas uniforme. On passe d'une image nette à une autre où les piqués ne sont pas satisfaisants. Les profondeurs de champ ne sont pas assez démarquées, la faute à une absence de contraste. De plus, le tournage en extérieur pose le problème de l'éclairage naturel qui obstrue le cadre par sa luminosité accentuée et qui parfois provoque un contre jour involontaire où, ébloui par le soleil, nous ne pouvons voir ce qu'il se passe derrière le personnage. En revanche, pas de problème de compression. Le film est fluide, l'image saute à un moment (est-ce dû à l'absence d'un photogramme ?) mais n'est en aucun cas gênant.
- Son :
Piste sonore en VO sous-titrée en français et VD en français.
Le son mono d'origine est propre et clair (avec parfois un léger souffle), les dialogues sont audibles. La version doublée est de bonne qualité, pas de problème de synchronisation. Les dialogues semblent parfois étouffés mais restent également audibles.
A noter que les sous-titres peuvent-être retirés pour ne laisser que la version originale. Utile pour ceux qui parlent italien et qui ne veulent pas s'encombrer de sous-titres.
Lucky Luciano, les bonus :
Le moins que l'on puisse dire c'est qu'on ne risque pas de passer beaucoup de temps devant les bonus. Le DVD contient une interview du réalisateur
Francesco Rosi réalisée par
Michel Ciment en 1973 à l'occasion de la sortie du film. Il s'agit plutôt d'une archive sonore de 57 minutes sur un montage d'images du film. Le contenu est intéressant, mais peut-être l'intérêt aurait-il été maintenu jusqu'à la fin de l'interview s'il avait été un peu raccourci. Car certains passages traînent en longueur et le réalisateur se répète. De plus, une heure de son avec les mêmes images qui passent et repassent en boucle, sans voir ni l'intervieweur, ni l'interviewé, peut finir par être lassant. La piste sonore n'est pas nettoyée et laisse entendre du souffle et des craquements pendant toute la durée de l'échange. Les voix sont audibles mais pas du tout au même niveau, ce qui altère la compréhension. Michel Ciment que l'on entendra que trop rarement, a une voix très lointaine que l'on peine à comprendre, dû probablement au fait que le micro se trouvait devant Francesco durant l'entretien.
L'interview est plutôt un monologue du réalisateur qui aborde des thématiques relatives à l'histoire de la Mafia et qu'il rapporte à son film. Nous ne sommes pas guidés par
Michel Ciment car nous ne l'entendrons pour ainsi dire pas poser de questions. En revanche, des intertitres nous aident à déterminer le sujet qui sera abordé. Le cinéaste spécialisé dans les films à caractère historico-politique, revient principalement sur des anecdotes biographiques de
Lucky Luciano, et sur les connivences entre l'histoire de la Mafia et son film. Un entretien renseigné mais basique en somme. La bande sonore se divise donc en plusieurs parties :
- Le tournant de la prohibition
- La mafia et le(s) pouvoir(s)
- Remerciements pour services rendus
- Un instrument politique
- Francesco rosi et le film politique
- Le refus des films à thèse
- Luciano et le trafic de drogue
- Une anecdote éclairante
Interactivité :
-
Interview de
Francesco Rosi réalisée par
Michel Ciment (octobre 1973)
Remarque : l'édition Coming semble décidément bouder le chapitrage. Il n'y aucune possibilité d'accès via le menu aux différents chapitres du film. Il faut donc, soit bien connaître la chronologie du film, soit se fier à son instinct.
Une édition modeste qui peut néanmoins se féliciter d'avoir ressorti les grands classiques italiens de ses tiroirs. Les fans de l'histoire de la Mafia italienne trouveront leur bonheur dans une édition DVD qui prend enfin le relais sur les VHS poussiéreuses que l'on ne trouve d'ailleurs plus. Un tirage pauvre en bonus mais ce n'est pas cela que l'on recherche, sinon le bonheur de retrouver un film du répertoire qui mérite de figurer à nouveau dans nos commerces.
Sortie le 8 octobre.
Prix public conseillé : 19,99 €