A l'inverse de son titre, Le Bannissement n'est pas un film à rejeter si l'on veut bien prendre la peine de faire un gros effort intellectuel pour l'apprécier.
Caractéristique :
Format film : scope – 16/9 compatible 4/3 – couleur – 2h30
Langues : russe
Sous-titres : français, anglais, allemand, norvégien et néerlandais
Le film :
L'étape du second film est toujours un obstacle difficile à franchir pour un cinéaste dont la première œuvre a été conjointement saluée et honorée de prix à travers le monde. Cela, Andreï Zviaguintsev se l'est vu maintes fois répété lors de la promotion de son remarquable Le Retour. Ce qui l'a passablement agacé mais pas pour autant démotivé dans la confection de
Le Bannissement, certes reparti avec le prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes de l'année dernière, mais qui n'a pas fait l'unanimité … un peu à raison.
Le réalisateur nous est revenu avec une œuvre dans la droite lignée de sa précédente. A savoir, le prolongement figuratif du travail de contemplation des grands maîtres russes (le fantôme d'
Andrei Tarkovsky hante
Zviaguintsev, c'est un fait), où chaque plan à la composition exemplaire et d'une beauté à couper le souffle devient le récipient d'une symbolique mystique, religieuse et spirituelle dans laquelle la nature entourant cette maison isolée habitée par une famille au bord de l'implosion devient le théâtre de l'incommutabilité humaine, des sentiments enfouis, du non-dit, de la répétition des erreurs passées, amenant à la destruction pure et simple.
Ce n'est pas tant l'histoire de ce mari rejetant sa femme adultère et enceinte d'un autre homme - au cœur d'un espace et d'une temporalité indéfinie (où et à quelle époque somme-nous ?) - qui importe ici, mais ce souffle sentimental introspectif, sublimé par le travail de photographie de
, envoûtant les sens. Seulement on aurait aimé que l'épure à laquelle s'applique Andreï Zviaguintsev se retrouve dans la temporalité de son film qui ne cache pas ses (vraiment trop) longues 150 minutes.
Aussi passionnant soit-il, Le Bannissement affiche un ennui palpable qu'heureusement repousse l'impeccable direction des acteurs, loin d'être sacrifiés sur l'autel de la composition picturale, insufflant ce courant de vie sans lequel Le Bannissement ne serait qu'un objet désincarné, prétentieux et fatiguant. C'est toujours le risque avec des œuvres aussi exigeantes.
Technique :
- Image :
On l'a dit plus haut, Le Bannissement a bénéficié d'un soin tout particulier concernant son aspect visuel. Dommage que la copie ne lui rende pas entièrement justice, avec la présence de petites taches blanches disséminées ici et là tout le long du métrage, un manqué de piqué et des défauts de compression parfois visibles … sûrement à mettre au crédit de la longueur excessive du film. Par contre rien à redire de la gestion des couleurs et des noirs s'affranchissant de la grande variété de palette chromatique proposée notamment entre les tons gris de la ville industrielle et ceux chauds de la campagne. Du bon travail même si imparfait.
- Son :
Adeptes de la VF, passez votre chemin! L'éditeur ne s'est pas risqué à encombrer un disque (déjà bien chargé) avec une troisième piste audio qui ne s'imposait pas. Au programme donc, une version originale en 2.0 et en 5.1. Si ce type de production n'est pas à même de satisfaire ceux aimant faire cracher les enceintes de leur home-cinéma, le Dolby présente d'évidentes qualités de rendu d'ambiance sonore nous plongeant facilement dans l'atmosphère sourde et pesante de l'œuvre.
Interactivité:
- Making of
- Entretien avec le réalisateur
- Images de Cannes 2007
- Bande-annonce
Côté interactivité, ce dvd se montre ultra light autant par son maigre contenu éditorial que par sa pertinence restant à démontrer. Si vous espériez une analyse ou quelques éclaircissements du film par des membres de l'équipe, c'est raté. Sans doute extirpé d'une émission de télé locale, le très court making-of (04 mn 40) et la rapide interview du réalisateur (06 mn 29) n'apportent aucune information susceptible de présenter un intérêt pour le cinéphile. Dans le premier, le discours des intervenants sent la promotion alors que dans le second module ce sont les questions qui manquent cruellement de pertinence.
La petite rétrospective du 60ème festival de Cannes au cours duquel l'équipe du film s'est prêté au jeu du photo-call et de la montée des marches est inintéressante. Curieusement, aucune image ne montre la remise du prix d'interprétation à Konstantin Lavronenko qui justifierait la présence de ce bonus. Mais cela le rendrait-il meilleur ? Probablement pas.
Que Le Bannissement ne soit pas destiné au grand public n'est aucunement une excuse pour le desservir par une édition pauvre qui aurait pu devenir la clé d'une approche éclairée des intentions d'Andreï Zviaguinstein.