Explorez en dvd le Dossier Secret d'Orson Welles et découvrez le mystère se dissimulant derrière l'une de ses réalisations les plus atypiques.
Caractéristiques :
Format film : 1.33 – 4/3 – noir & blanc – 1h33
Langues : français, anglais
Sous-titres : français
Le film :
L'histoire : Dans l'obscurité d'un port italien, un homme est agressé par un inconnu qui prend la fuite avant de se faire abattre par la police. Dans son dernier soupir, la victime prononce les noms d' « Arkadin » et « Sophie » à Guy Van Stratten (
Robert Arden), un minable contrebandier sentant l'opportunité de se faire une petite fortune. Le premier nom le mène sur la piste du richissime Guy Arkadin (
Orson Welles), mondain excentrique et inaccessible dont la richesse demeure énigmatique. Afin de l'approcher, Van Stratten se lie d'amitié avec sa fille
Raina (Paoloa Mori). C'est alors qu'Arkadin l'engage pour retracer son passé paraît-il effacé de sa mémoire. Commence alors une enquête ayant un tout autre but que celui annoncé …
Dans l'immense œuvre d'
Orson Welles,
Dossier Secret n'est pas la plus estimée ni la plus connue des cinéphiles. A côté de joyaux comme
Citizen Kane,
La Splendeur des Ambersons ou
La Dame de Shanghaï, l'objet ferait pâle figure, ne serait qu'une partition européenne sur un mode mineur du maître. Pas tant que ça.
Ce film est moins célèbre parce que situé entre les deux pièces maîtresses que sont
Othello (Palme d'or au festival de Cannes de 1952) et
La Soif du mal (qu'il réalisa trois ans après la sortie de
Dossier Secret, signant ainsi son grand retour aux Etats-Unis) ; parce que son identité est mal définie : Jeux de masques (Masquerade), Mr. Arkadin,
Dossier Secret (Confidential Report) sont les titres successifs sous lesquels se cachent plusieurs versions d'un seul et unique projet à la gestation longue et compliquée (environ deux ans de fabrication), hésitante et hasardeuse (le montage n'a jamais été vraiment terminé par
Welles qui improvisait sans cesse), donnant lieu à un résultat aussi singulier que perfectible.
C'est cet aspect « imparfait » - à l'inverse de ses travaux antérieurs - qui explique cette distance du public. Mais c'est justement ses défauts qui font toute la richesse de ce récit policier pouvant se voir comme un double difforme (sans être péjoratif) de
Citizen Kane. Après tout on retrouve des éléments majeurs, l'investigation du passé énigmatique du personnage principal, la structure narrative construite sur un long flash-back, la scène du bal …, inséminés dans une intrigue de feuilleton radio menée tambour battant, permettant à
Orson Welles d'explorer la faille de l'être humain. Plus précisément celle de cette figure massive et impénétrable qu'est l'inoubliable Mr. Arkadin.
Il est un protagoniste dissonant résumant à lui tout seul une œuvre ne faisant que multiplier les contrastes violents : galerie de seconds couteaux pittoresques/acteurs principaux translucides (les fades
Robert Arden et
Paola Mori), script fignolé/mise en scène outrancière à la limite de la singerie du style wellesien (contre-plongée oppressive, style baroque appuyé), décors réels fastueux/ceux rachitiques de studio … Ce sont là les répercussions involontaires d'une production qui n'a fait que pratiquer l'oxymore entre ses notes d'intentions et ses maigres moyens dévolus, entre la maitrise formelle habituelle de son auteur et la cassure délibérée des sacro-saintes règles établies du cinéma (les faux raccords sont légion).
Si
Dossier Secret ne bénéficiera jamais du statut de chef-d'œuvre d'
Orson Welles - car il n'en est pas un - il obtient en revanche celui beaucoup plus rare d'électron libre. Le type de métrage rarement cité comme exemple, mais qui a une place bien à part dans la filmographie d'un auteur.
Technique :
-Image :
Quelques tâches, poussières, petites dégradations du temps et une compression pas toujours invisible (le grain est parfois très prononcé) ne suffisent pas à gâter une copie de bonne facture pour un film de cet âge et à la définition suffisamment claire.
- Son :
Contrairement à la VO, la piste française offre des dialogues davantage mis en avant par rapport au fond sonore. Mais dans un cas comme dans l'autre, il s'agit d'un mono d'origine proposant toute la limpidité et le confort qu'on était en droit d'attendre.
- Bonus :
A première vue, l'interactivité de ce DVD peut paraître maigrelette car ne dépassant pas les cinquante minutes de bonus, mais l'immense qualité de son plat principal, l'interview de l'historien
Jean-Pierre Berthomé, a tôt fait de remplir l'estomac de n'importe quel cinéphile et de le régaler. En un peu plus de ¾ d'heure, le spécialiste y décortique tous les aspects du film : son origine, sa place dans l'œuvre de Welles, sa conception houleuse et tarabiscotée jusqu'à son succès relatif en Europe qui n'incita pas la
Warner Bros. à se risquer à une sortie sur le territoire américain … Le tout agrémenté d'une myriade d'anecdotes plus intéressantes les unes que les autres, faisant le portrait d'un personnage de cinéma hors du commun. Le genre de compléments que toute bonne édition se soit de posséder.
Pour finir, le dvd nous propose deux minutes de rushes ne présentant qu'un intérêt tout relatif, celui de voir le cinéaste au travail (et encore), et une galerie de photos à laquelle l'éditeur a eu la bonne idée d'inclure une légende des personnes photographiées.
Interactivité :
-
Interview de
Jean-Pierre Berthomé, historien du cinéma, auteur du livre «
Orson Welles au travail ».
- Rushes inédits.
- Galerie photos.
Avec cette excellente édition, le vilain petit canard cinématographique du réalisateur de Vérités et Mensonges n'aura plus aucun secret pour vous.