TF1 diffuse la série Bionic Woman. Pour une simple présentation de la série, voyez là. Nous ferons ici la critique de la première – et dernière – saison.
Bionic Woman était une série qui s'annonçait comme la grande révolution de la série de science fiction ; finalement,
FX, la chaîne qui la produisait, s'arrête à 8 épisodes et annonce rapidement que non, elle ne complètera pas la première saison après la fin de la grève des scénaristes, et ne commandera surtout pas de seconde saison. Pourtant, TF1 a curieusement acheté la série. Vraiment une mauvaise idée, comme nous allons vous le montrer.
C'est vrai que le principe était, sinon excitant, du moins plutôt curieux. Reprendre les aventures dépassées de la femme bionique, c'était tellement étrange qu'on ne pouvait qu'avoir envie de voir à quoi le résultat ressemblerait. Finalement : à rien. Pour commencer, les scénaristes, si du moins il y en a parce qu'on en est vraiment pas sûr, sont d'un niveau abyssal, et c'est sans doute de là que partent tous les problèmes.

Cela crée donc deux énormes gênes : le manque d'intérêt total de l'histoire, et la platitude effarante des personnages, qui sont d'une stupidité et d'une transparence affligeante. Ils n'évoluent en effet pas d'un pouce et sont d'une unilatéralité surprenante. Certes, en huit épisodes, on n'a pas le temps de vraiment décoller ; mais tout de même, le décor est censé être largement planté, et ce depuis longtemps. Pourtant, jusqu'au huitième, on dirait qu'ils tentent encore de nous expliquer ce qui se passe. Du coup, les personnages ne sont absolument pas attachants. Et en plus de leur manque total d'intérêt, les acteurs sont rarement bons. Tout s'appuie sur Jaime, au regard fixe et à la démarche entre la chaloupe et le militaire jouée par une
Michelle Ryan malheureusement mauvaise.
La « méchante » du début s'avère soudain vaguement gentille, ses problèmes sont superficiellement évoqués pour dire « attention on a fait dans le profond et on a creusé le personnage ». Bien sûr, ce n'est pas le cas, ce qui est vraiment dommage vu le potentiel du personnage, complètement voire méthodiquement ignoré. De la même façon, on ne comprend pas ce que fait là le père du mort, revenu de prison, qui fait une apparition en méchant tireur de ficelles pour tomber dans l'oubli, dans une absence totale de rigueur scénaristique et de logique élémentaire. D'un seul coup aussi surgit d'on ne sait trop où – mais à ce moment-là on a l'habitude des invraisemblances scénaristiques –
Isaiah Washington en agent super entraîné, mais il aurait dû rester au Seattle Grace Hospital : il était bien plus crédible en médecin arrogant se prenant pour Dieu qu'en collègue à la fonction pas réellement définie. Il court, prend des airs de conspirateur, est beaucoup trop fort pour être honnête, meurt stupidement.

Parmi les thèmes vaguement abordés, c'est celui de la famille qui est le plus marqué, à un point presque outrageux. On nous rabâche l'importance des responsabilités, qui vient d'une part du coup du « grand pouvoir qui engendre de grandes responsabilités » et d'autre part de l'importance du rôle de grande sœur. Autour du personnage principal, jeune adulte dépassée par les événements (mais pas trop quand même, parce que rappelons-le, les personnages sont plats), gravite sa petite sœur dont elle doit s'occuper (eh oui, on nous fait le coup de la fille ado révoltée mais en fait très gentille, c'est osé), et tout un tas de gens hétéroclites qui viennent de son tout nouveau travail. Le boulot devient alors une nouvelle famille, avec le papa poule, la maman/tata louche, le frère geek, … et tout s'enfonce encore plus bas.
L'absence de scénario est terrible. L'histoire n'a aucun mystère, on ne sait pas vraiment pourquoi s'embêter à regarder. En effet, les personnages n'évoluent pas, il n'y a pas de mystère général, pas de direction à la saison, les épisodes s'enchaînent sans qu'on veuille continuer. Dans un arc des plus stupides, on nous colle une histoire d'amour louche entre la femme bionique et un type transparent inintéressant au possible, sans doute en pretexte pour dire « oh il y a de la romance ». Finalement, on ne sait pas trop à qui la série s'adresse. Principalement aux très jeunes filles, genre préados, sans doute. Et, vue l'heure de la diffusion sur TF1, aux grands-mères aussi.

Dès le premier épisode, on craint le pire : hop l'accident, hop les super pouvoirs, et vite on les utilise. Tout s'enchaîne à une vitesse surprenante sans la moindre pause pour qu'on (les spectateurs, mais surtout les personnages) puisse assimiler les événements et y réfléchir. La pauvreté du scénario général fait qu'à aucun moment les (légères) pistes sont exploitées. Ainsi, on perd vite la question de la recherche scientifique, des particularités techniques, de toute piste qui aurait pu élever un peu la série à vrai dire. Inutile de s'ennuyer, le niveau s'aggrave au fur et à mesure – à moins que ce soit notre seuil de tolérance qui s'abaisse de plus en plus.
L'année dernière, toutes les séries ont souffert de la grève des scénaristes. Pas Bionic Woman : il semblerait que personne ne se préoccupait d'écrire quoi que ce soit, et encore moins de réfléchir une seule seconde, avant le tournage de chaque épisode. C'est la rentrée, vous avez sans doute autre chose à faire de votre dimanche après-midi. Laissez tomber la femme bionique, si TF1 l'a programmée un dimanche après-midi, il y a une raison : c'est nul. Allons, si vous ne savez pas quoi regarder à ce moment-là, mettez Veronica Mars ; au moins il y a une histoire continue.