Carrie Bradshaw et ses copines débarquent sur grand écran et ça cartonne. Pour l'occasion, retour sur la série qui a fait le film.
Un succès impressionnant
Les producteurs de
Sex & the City viennent d'offrir aux fans de la série un énorme cadeau : l'équivalent de près de 5 épisodes (rappelez-vous, ils ne duraient qu'une demi-heure) pour prolonger les aventures des quatre new-yorkaises. Et en plus, ça marche : en France, 140 000 fans se sont précipités au cinéma dès la première journée. L'occasion pour nous de replonger dans l'univers de la série : le but de ce dossier n'est pas de vous la présenter, mais de revenir sur le phénomène qu'elle a déclenché.
Sex and the City - le film vient de
Sex & the City la série qui vient elle-même de Sex and the City le livre. Il a été écrit par
Candace Bushnell, journaliste qui avait alors une rubrique dans le New York Observer – oui, comme Carrie Bradshaw. Le ton y était mordant et cynique, l'humour (très) noir. Le livre était moins assassin, et la série encore moins – ce qui la rendait parfaitement accessible. HBO tenait là la parfaite sitcom.

La série a été diffusée aux Etats-Unis de 1998 à 2004 pour un total de 94 épisodes répartis en 6 saisons. Les chiffres d'audience étaient très élevés : tournant autour de 7 millions de téléspectateurs lors de la première saison, la fin de la seconde a atteint plus de 9 millions par épisode et les chiffres n'ont jamais réellement baissé tout au long de la diffusion ; le season finale fut l'un des plus regardés de l'histoire des séries. Le public visé était les jeunes femmes, la case « 18-34 ans ». Mais le succès dépassa les prévisions et la série toucha rapidement les ados aussi, des deux sexes mêmes. Il y a même eu des sortes de clubs créés, où des fans se retrouvaient pour regarder ensemble les nouveaux épisodes.
Sex & the City a eu plusieurs récompenses de qualité : nominée chaque année aux la DGA awards, elle a gagné quatre Costumes Designers Guild Awards sur six (l'équivalent de la DGA pour les costumiers) et trois Make-Ups awards ; normal, pour une série qui s'appuie tant sur la mode. Elle a aussi toujours été très présente aux Emmys, même si n'en a pas gagné bcp.
Sarah Jessica Parker a gagné 4 Golden Globes, les autres actrices (principalement
Cynthia Nixon, Samantha) ont été nominées – au moins une chaque année. La série a gagné plusieurs SGA, et le casting y était très souvent nominé, pour un prix de groupe.
Des thèmes novateurs
La série nous fait partager la vie, les amours et les emmerdes, comme dirait l'autre, de quatre amies new-yorkaises bien ancrées dans la vie moderne. Elles ont des métiers dynamiques, des ennuis de copains et de talons cassés, et boivent des cocktails en riant très fort.
Sex & the City est connue comme représentant de façon très précise la new-yorkaise moderne, mais on lui a reproché le côté vain et absorbé par eux-mêmes de ses caractères. La critique n'est pas sans fondement, c'est vrai, mais après tout on n'est que dans une série et les traits sont donc forcés. Cependant, quoi qu'il arrive, leur amitié passe en premier, mais cette dernière n'évite pas les traditionnelles prises de bec sur des malentendus ou des problèmes de point de vue.
Elle a longtemps – jusqu'à l'arrivée de
Gossip Girl, pourrait-on dire – été considérée comme LA série de la mode et de son univers. Normal, à vrai dire, puisqu'elle vient d'un livre qui, lui, est en général vu comme étant à l'origine de la Chick Litt. Le tournage se faisait en studio bien sûr, mais aussi un peu partout dans Manhattan. D'un seul coup, New-York, déjà branchée, devient le symbole de la belle vie et des grandes marques. Grace à la série, la mode passe à la télévision. Les designers piochent dans les dernières collections des plus grands couturiers, et les plateaux de tournage deviennent de vrais défilés.
Sex & the City devient une référence, soudain tout le monde se met à baver devant des Manolos, des Jimmy Choo ou ces fameux sacs « baguettes » de Fendi (maintenant complètement mythiques) dont les ventes se sont envolées avec la série. Soudain les ados se précipitent pour acheter le même collier (pourtant terriblement kitsch) que Carrie, soudain le style « bobo chic » fait des ravages.

La série, pour beaucoup, représente aussi une nouvelle libération de la femme : finis les tabous, elle a le droit de dépenser des fortunes en sac à mains, d'avoir un placard plein de chaussures et de pleurer quand ses manolos sont égratignées. Le fantasme est là : on aligne les marques, on achète cher, on se retrouve entre copines entre deux rendez-vous pour ragoter. Et en plus, on couche pas mal et on parle sexe sans complexe. L'impact a été considérable, au point même que la conversation sur les fellations est vite devenue culte. Les héroïnes parlent de leurs fantasmes, comparent leurs expériences. Chacune a une « personnalité » sexuelle, allant de la coincée Charlotte à la débridée Samantha. Les chaines qui ont rediffusé la série après HBO ont d'ailleurs censuré les passages les plus explicites. Blagues cochonnes, allusions même pas voilées : la femme de
Sex & the City est libre et assume sa sexualité. Et, par effet de contagion, celle qui regarde la série aussi.
Et à une période où être célibataire était vue comme une terrible maladie,
Sex & the City rappela aussi aux femmes qu'elles n'avaient pas besoin d'avoir un copain pour être bien dans leur peau. Bien sûr, les quatre héroïnes cherchent souvent un partenaire, mais c'est plus pour satisfaire leur sexualité. Autre decomplexage : ce n'est pas grave d'avoir envie de coucher, nous crient les dynamiques new-yorkaises. Ce qui peut nous paraître aujourd'hui plutôt banal ne l'était pas tant que ça il y a dix ans, particulièrement aux Etats-Unis.
Sex & the City – la série a gouverné le monde des sitcoms de 1998 à 2004, et a eu le même genre d'impact que Friends, sa concurrente directe. Encore maintenant les rediffusions attirent des téléspectateurs, les coffrets DVD se vendent bien. On ne pourra sans doute pas mesurer l'impact qu'elle a eu sur toute une génération de jeunes femmes, mais il est certain qu'il est conséquent – il n'y a qu'à entendre les fans de la première heure en parler, si les chiffres d'audience et de vente de produits dérivés ne suffisent pas.