C'est au Ritz Club que nous avons la chance de rencontrer le réalisateur Tim Burton avec son acteur fétiche Johnny Depp. Après plus d'une heure d'attente, la conférence de presse peut alors commencer. Compte rendu.
La préparation du film.
L'écriture du scénario et des dialogues, fut une expérience longue et difficile pour
Tim Burton, et son scénariste Logan. Le premier jet était en effet trop riche en dialogues, il négligeait une bonne partie des morceaux chantés de la comédie musicale, la partition musicale était largement tronquée. C'est pourquoi, le scénario fut complètement réécrit pour transformer les dialogues en numéros chantés, mais de manière à ce que l'histoire conserve sa cohérence. Plus sur de lui aussi,
Tim Burton avoue se séparer progressivement de l'étape Story-board ; il dessine en fait des petits sketchs qu'il désire voir figurer dans son film, mais se contente du scénario pour ensuite construire son film, les séquences au jour le jour.
Tim Burton définit son film comme étant plus impressionniste que réaliste. La violence va aussi largement dans ce sens –giclées de Ketchup,…- mais il n'est pas aisé pour les acteurs, pour l'équipe technique aussi de s'imaginer le cadre, le décor, l'ambiance particulière du film. Les décors du film ne sont donc pas, dans la majeure partie, des insertions numériques. Les acteurs ne tournaient pas devant un horrible écran vert, proscrit pas
Tim Burton pour son caractère émétique. Toujours pour faciliter le travail de l'équipe, pour que l'équipe s'imprègne du film, elle évoluait aussi en permanence avec la musique du film qui tournait dans le studio. Tout le monde était alors emporté par la même énergie, de la sorte
Tim Burton à créer une symbiose, une unité d'avec tous les participants du film ; unité qui apparaît nettement à l'écran.
On a évoqué le rôle de la musique sur le tournage, c'est
Johnny Depp, pas mauvais chanteur du tout, qui évoque la préparation de la bande sonore et la phase d'enregistrement, à partir des morceaux de la comédie musicale de Broadway. Et non, il n'a pas pris de cours de chant, c'est comme un don caché, un talent inné (rires). L'homme est plutôt timide et ne se lancerait jamais de compliments si francs. Il avoue tout de même que
Vanessa Paradis l'a beaucoup aidé, notamment lors de la première démo, qu'il chantait devant elle, elle le conseillait, l'orientait. Ensuite, c'était comme « se jeter dans un bain d'eau glacée » : privilégier l'expérience, la découverte, ce qui eu pour effet d'allonger la phase enregistrement ; elle dura six semaines au total.
Johnny Depp, Tim Burton : leur collaboration, leur approche du film.
Cette manière d'appréhender la musique fait que beaucoup d'influence de
Johnny Depp ressort à travers sa voie, son placement. Lorsqu'on lui propose
Iggy Pop, il affirme que le journaliste n'est pas être forcément loin de la vérité, et admet par la même qu'inconsciemment quelque part il agit comme influence. Et à
Tim Burton de renchérir : « C'est quelque chose de moderne et d'uniques, une somme de plein de choses étranges et différentes mais qui font ce que Johnny est ». Idem pour les cours de rasage : « Non, je n'ai pris aucun cours de rasage » expédie
Johnny Depp, à la différence de
Sacha Baron Cohen (
Borat, leçons culturelles sur l'Amérique au profit glorieuse nation Kazakhstan) très professionnel pour le peu de barbe qu'il avait à raser.
L'aspect le plus déplaisant du travail de
Johnny Depp dans ce film était le fait de poser de la mousse à raser sur le visage d'un homme, chose dont il se serait bien passer. A l'inverse, quand on lui demande si tuer était pour lui, jouissif – le journaliste oubliait peut-être que si les décors ne sont pas des effets spéciaux ; les meurtres si –
Johnny Depp détourne la question et affirme que ce n'est pas le fait de tuer qui représente une joie en soi ; mais que la joie provient du défi, de l'idée que représente le fait d'incarner un tueur et de s'approprier son espace. « Le sang faisait évidemment partie de l'histoire, et il ne fallait pas s'autocensurer et faire quelque chose de consciencieux. Sweeney Todd, c'est pas la mélodie du bonheur, c'est un barbier qui tranche des gorges, il fallait le montrer comme tel ».
Le film réunit tous les ingrédients qui font un bon
Tim Burton, on retrouve des éléments récurrents de ces films,
Johnny Depp, qui figure pour la sixième fois à son générique, et sa femme
Helena Bonham Carter. Pour eux, le travail devient un plaisir, c'est une combinaison de talents mais aussi d'amis.
Johnny Depp affirme que la signature
Tim Burton est évidente en dehors du casting qu'il dirige, un
Tim Burton est reconnaissable entre mille films, il ne faut pas qu'il y ait
Johnny Depp, pour faire d'un film de
Tim Burton, un
Tim Burton pur style, si l'on peut dire. Leur collaboration longue durée s'explique d'après eux par une énergie, une connexion immédiate et naturelle qui s'est établit à leur première rencontre.
Johnny Depp et
Tim Burton ne se ressemble pas (rires), ils ne se connaissaient pas, et
Johnny Depp ne pensaient pas réussir le casting et pourtant il désirait tellement travailler avec ce réalisateur. Le reste apparut sous le coup de l'imprévu, des disponibilités, du pourquoi pas, et sans qu'il s'en aperçoivent, leur collaboration dure depuis près de vingt ans.
La fin de la conférence se déroule sur de courtes questions sans grand mordant. La grève des scénaristes à Hollywood, « et bien, tant mieux pour les Golden Globe, d'habitude ça ennuie tout le monde, là elle n'a jamais été aussi courte. » précise
Tim Burton, avant de concéder qu'il préfèrerait que ce soit résolu au plus vite. Il ne sont pas près de concevoir/de jouer dans une série télé bien que l'idée d'un personnage récurrent pourrait intéresser
Tim Burton (« Pourquoi pas ? »). Enfin, lorsqu'on lui demande s'il prend plaisir à tuer sa vraie femme dans ses films, il esquive par : « cette scène, on ne l'a fait qu'une fois parce qu'Helena était enceinte ». Voilà, c'est ainsi que ce termine cette plaisante conférence où les deux stars américaines sont apparus comme elles sont : timides, réservés, et pas très adeptes de l'aspect promotion qui précède la sortie d'un film ; clinquant, commercial, et pompeux.