Ce lundi 17 décembre 2007, avait lieu au Georges V, la conférence de presse dédiée au film Je suis une légende, avec Will Smith en tête, accompagné du réalisateur Francis Lawrence et du producteur Akiva Goldsman. Compte-rendu.
Je suis une légende a mis plus de dix ans à voir le jour. L'équipe du film explique en effet la complexité à établir un équilibre entre un blockbuster énorme, exigeant des moyens colossaux, financiers et humains, et l'aspect minimaliste et confiné du film : un univers gigantesque dévoué entièrement à
Will Smith. Ces dix années ont malgré tout permis de repenser complètement le film pour qu'il prenne une autre tournure que ce qui avait été fait auparavant :
The last man on earth, en 1964 et
Omega man, en 1971. C'est ainsi la ville de New York qui est choisie comme décor du film, ville qui n'est pas sans poser problèmes, en raison de l'intensité du trafic, et de la foule ambiante. Il a fallu dresser une liste des lieux à filmer, boucler la circulation, faire intervenir les forces de l'ordre, et tout ça en évitant les débordements d'un population excitée.
Will Smith explique ensuite le processus d'imprégnation de son rôle, qui lui a pris six semaines. Six semaines pour se figer en homme vivant dans la culpabilité plutôt que dans l'espoir. Cette mise en condition fut aussi très bénéfique pour incarner le panel d'émotions proposées par ce film. Raccourcir un film de science-fiction sur une heure et demie oblige à concentrer le maximum d'émotion sur chaque scène, pour maintenir un certain rythme, et pour que la valeur émotionnelle soit la plus importante. Sur le plan du jeu,
Je suis une légende est selon
Will Smith son film le plus abouti. Cela s'explique aussi par l'approche adoptée par le film, pensé comme un film muet, la plupart des émotions ressenties par Robert Neville devant apparaître visuellement sur son visage de
Will Smith. Il appréhendait les scènes comme elles arrivaient, sûr de son personnage, de le maîtriser, n'avait qu'à suivre les instruction de
Francis Lawrence et
Akiva Goldsman.
Ce qui lui a paru le plus difficile, c'était d'essayer de donner vie à ce qui l'entourait pour s'extraire de cette solitude : c'est ainsi qu'il parle au chien comme s'il s'agissait de son enfant, qui donne corps à un objet, à un mannequin. La difficulté consistait à éviter la folie et la paranoïa. Robert Neville garde les pieds sur terre, c'est un peu comme un jeu, pour s'occuper, mais il ne fallait jamais que cela bascule dans la folie, car Neville garde une certaine notion de plaisir. L'anecdote du film
Shrek résulte aussi de ce principe. Neville connaît les répliques du film pour enfants par cœur, de la sorte sa solitude ressort par le simple fait de la récitation, mais elle témoigne aussi de la complexité qu'a Neville à aborder l'enfance et d'un sens plus général, la race humaine. Il tente de pallier à un problème de communication. Au contraire, pour
Will Smith, les effets spéciaux utilisés dans le film ont facilité son jeu d'acteur, plutôt que de s'énerver contre une balle de tennis, comme il le faisait dans
I, Robot ; ici, les vampires ont été remplacés par des figurants en combinaison de plongée. Cela lui a permis de voir précisément leur position, mais aussi de pouvoir ressentir plus facilement la sensation de peur, et de se sentir moins seul.
Par rapport au film lui-même, l'équipe explique qu'il s'agissait d'établir une connexion entre le public et un homme. Les spectateurs devaient en quelque sorte avoir rendez-vous avec
Will Smith, ce qui est aussi lié à la structure du roman de Matheson. C'est pourquoi, le film démarre directement dans un New York apocalyptique, et revient par de brefs flash-backs sur ce qui a amené cette apocalypse. C'est aussi pourquoi le film s'efforce de mixer science-fiction, horreur, et références aux comics. Robert Neville n'est pas un super héros, quelques indices sont utilisés pour l'évoquer. Il s'agit plutôt d'un homme ordinaire qui doit faire face. Robert Neville combat les vampires, mais pas suffisamment pour que
Je suis une légende se revendique film d'horreur. Enfin, le côté nature et végétal de New York contraste avec ce que l'on attribue au film de science-fiction. Ces contrastes sont volontaires ; ils servent à nous concentrer sur le développement du personnage de Robert Neville, pour que
Je suis une légende soit une expérience, une communion entre le personnage interprété par
Will Smith et le public.
Cette approche se conclut par un final judéo-chrétien, où est remis en cause l'existence de Dieu. Une fin qui a été modifiée et retournée précise
Will Smith parce qu'elle cadrait encore une fois beaucoup plus avec l'évolution du personnage de Robert Neville. C'est un scientifique, et la religion et la science sont intimement liées ; pour Robert Neville, la science est une religion, jusqu'à ce qu'il accepte son erreur. Parce que malgré sa culpabilité, c'est un homme d'espoir, satisfait par l'espoir de la continuité, par ce qui arrive au-delà de l'inconnu. Oulah, ça se complique, si vous ne suivez pas,
Akiva Goldsman est là pour nous rassurer : « Mais il fallait là encore ne pas trop insister ». Et donc cette notion intervient seulement à la fin. A y faire plus attention ajoute
Will Smith, la musique redondante de Bob Marley participe aussi finalement à cette thématique de manière plus subtile.
On nous annonce aussi que la fille de
Will Smith apparaît dans la séquence de l'hélicoptère, séquence qui ne l'a pas effrayée puisque l'hélicoptère n'a jamais décollé, ce sont les effets spéciaux qui ont fait le reste. Mais il l'a trouvé merveilleuse, a adoré tourner avec elle, et adore tourner avec sa famille en général, même si aucun projet, « business en famille » comme il l'appelle n'est encore envisagé. Enfin, et malgré le succès des séries américaines nouvelle génération, il est peu probable de revoir
Will Smith dans une série américaine. « Ma carrière au cinéma prend forme, elle va bien, et si l'on me revoit dans une série, c'est que quelque chose aura mal tourné dans ma carrière ». Il peut le dire, il vient d'ajouter ses empreintes au célèbre trottoir du Walk of Fame d'Hollywood et pour mériter sa place, espère que ses films seront encore visionnés dans 100 ou 200 ans.
C'est déjà le moment de la dernière question, alors
Will Smith, qu'est ce qui vous manquerais le plus si vous étiez vraiment le dernier homme sur terre ? "Du sexe" (rires). C'est ainsi que se termine notre rencontre avec l'équipe du film
Je suis une légende, face à un
Will Smith enjoué et souriant.