Documentaire écologique sensationnaliste, les révélations faites par Rob Stewart s'avère un peu décevantes.
Rob Stewart est bien plus passionné que réalisateur. Le nageur a 2
7 ans et réalise ici son premier film, un cri du cœur qui ne bouleversera pas l'avenir du documentaire au cinéma. Son ambition est ailleurs : rétablir la vérité sur le requin, sorte de contrepoint aux
Dents de la Mer de
Steven Spielberg et à tout l'imaginaire horrifique qui a pu en découler. Le requin n'est pas un animal dangereux.
Aidé par des images magnifiques, filmées avec des caméras à la pointe de la haute technologie, le réalisateur nous emmène nous baigner avec les requins. Etrangement, et malgré tout ce qu'il avance comme statistiques,
Rob Stewart entouré par un banc de requins ressemble plus à
Timothy Treadwell avec les ours de
Grizzly Man que Roger et Anita dans
Les 101 Dalmatiens. Les plans sont furieusement impressionnants, autant que les premières statistiques qui les soutiennent : Les requins tuent 5 hommes par an, les éléphants ou les tigres une centaine. Les requins ont tué en 100 ans autant d'hommes que les crocodiles l'année dernière et pourtant les crocodiles sont une espèce protégée. Et s'il fallait garder le meilleur pour la fin, sachez aussi que selon une statistique très sérieuse d'on ne sait pas qui : les requins tuent autant d'hommes en une année que les distributeurs de sodas.
Le problème du film est qu'il s'arrête là. La réutilisation répétitive des images du début pour combler le manque de propos de
Rob Stewart est symptomatique d'un film qui ne tient que sur un même propos : le requin n'est pas un animal dangereux. Il faut le protéger, non l'éradiquer. La mauvaise idée de nous le signaler d'emblée empêche toute progression du documentaire là où
Le Monde du Silence (Louis Malle et Jean-Yves Cousteau) y parvenait 50 ans plus tôt.
Après avoir fait trempette avec les requins, l'équipe du film part voir les baleines, deux minutes, à la recherche d'une info ; une tentative de second souffle. Non : les quarante-cinq dernières minutes sont suffisantes pour faire une revigorante sieste. Elle nous épargnera la tournure « écolo fout-la-merde » que prend le film. Dans un sursaut de sensationnalisme frelaté à la Michael Moore, Rob Stewart se met en scène. Il va changer le monde, et commence par l'attaque d'un petit bateau de pêche costaricain et la dénonciation de la mode Soupe au Requin en Chine. Rob Stewart en fait dès lors trop, beaucoup beaucoup trop.
L'essentiel, c'était le message. Rob Steward aime les requins, les tuer présente un grand danger pour l'écosystème sous-marin et par extrapolation pour la planète. Maintenant, je crois que c'est bon, on a compris ? Des révélations étonnantes dans un documentaire à la température de l’eau. Superficiel et peu documenté, Rob Stewart reste à la surface de ce qu’il veut montrer : son entreprise est valeureuse mais son manque de compétence en fait un divertissement bien plus léger qu’il ne l’aurait sans doute souhaité.