Halle Berry perd son mari et va apprendre à mieux connaître le meilleur ami de celui-ci, toxicomane, incarné par
Benicio Del Toro.
Susanne Bier fait sa première incursion à Hollywood avec
Nos souvenirs brûlés. La réalisatrice danoise a réalisé un parcours remarqué jusque-là avec un
Open Hearts ayant rencontré un très grand succès dans son pays d'origine, jusqu'à un très bon
After the wedding, sorti l'an dernier. Pour son passage chez l'oncle Sam, elle n'a rien perdu de son intégrité et réalise un film tout à elle, bien chouchoutée par
Sam Mendes, qui a produit le film. On suit donc ici l'histoire tragique d'un père de famille cueilli par un triste incident alors qu'il mène une vie de famille quasi-parfaite. La veuve, Audrey, va alors faire appel au meilleur ami de celui-ci, Jerry, un toxicomane qu'elle refusait de voir, afin qu'il l'aide à surmonter cette épreuve. Jerry tente de son côté de se sortir de l'enfer de l'héroïne et va donc par là même trouver un peu de soutien auprès d'Audrey.
Malgré une production toute hollywoodienne sous la bannière de
DreamWorks SKG,
Nos souvenirs brûlés est loin du film à grosses ficelles qu'on a trop tendance à voir sortir des tiroirs des grandes maisons de productions. Sur un double sujet casse-gueule – le deuil et la toxicomanie - ,
Susanne Bier fait preuve d'une grande pudeur dans le traitement du premier et d'un vrai sens du réalisme non surfait pour le second. Et dans son entreprise, la réalisatrice est bien aidée par une équipe technique et des acteurs au top.
En effet, au poste de directeur photo, on trouve Tom Stern, collaborateur attitré de
Clint Eastwood sur ses derniers films, qui réalise ici encore une fois un travail remarquable avec un jeu sur les lumières de toute beauté, à la musique
Gustavo Santaolalla, l'homme derrière
Le Secret de Brokeback Mountain, trouve encore un thème qui touche au cœur, tandis que le duo d'acteurs principaux est tout simplement formidable.
Halle Berry, que les grosses productions s'évertuent à imposer comme un simple sex-symbol, réalise ici une des meilleures performances de sa carrière, et que dire de
Benicio Del Toro, dont le charisme naturel envahit l'écran dès la première seconde. Les seconds rôles sont d'ailleurs au diapason, que ce soit le peu présent
David Duchovny, qui réussit tout de même à instaurer une empathie envers son personnage nous permettant de mieux ressentir le chagrin de la famille, ou
Alison Lohman en ex-toxicomane suivant Jerry de près.
Malgré une durée de deux heures entraînant quelques longueurs et quelques scènes quand même limite tire-larmes,
Susanne Bier évite la plupart du temps les écueils et nous offre une mise en scène léchée et fluide, ornée de plusieurs gros plans qui apportent au métrage une réelle touche artistique personnelle. On est bien là devant un film d'auteur pour lequel la réalisatrice semble avoir eu toutes les libertés qu'elle souhaitait. Film sur l'acceptation de la perte d'un être cher et sur l'acceptation de soi-même,
Nos souvenirs brûlés se pare d'une émotion permanente et non artificielle, et fait preuve d'une réelle intelligence dans son traitement grâce à un scénario assez solide, écrit par le débutant prometteur
Allan Loeb, qui a depuis enchaîné sur des projets tels que
Las Vegas21 ou encore
Un petit jeu sans conséquences, le remake orchestré par
Ang Lee. Il n'y a pas à dire,
Nos souvenirs brûlés bénéficie d'une équipe talentueuse et vaut vraiment le détour. Une œuvre sincère qui maîtrise plutôt bien son sujet. Pour son premier film hollywoodien, Susanne Bier réussit à livrer un vrai film personnel globalement maîtrisé et assez pudique sur un thème sensible. Avec en prime un duo Halle Berry / Benicio Del Toro très convainquant.