Prix du 60ème Anniversaire de Cannes, Paranoid Park poursuit l'exploration des malaises adolescents par Gus Van Sant.
Encore une histoire d'adolescents et de fait divers sordide pour
Gus Van Sant après
Elephant,
Gerry et
Last Days. On a d'ailleurs peine à croire que ce
Paranoid Park est une adaptation tant la trame semble être du
Gus Van Sant tout craché, soit un adolescent skateur qui tue par accident un agent de sécurité et décide de se murer dans son silence. L'ado en question, Alex, (
Gabe Nevins, excellent) a d'ailleurs le look typique de
John Robinson dans
Elephant,
Michael Pitt dans
Last Days, ou encore
Gaspard Ulliel dans
Paris, je t'aime, avec cheveux dans les yeux, jeans trop grands et moue boudeuse.
Bonne surprise pour ceux qui n'auraient pas forcément accroché aux précédentes œuvres du chouchou cannois :
Paranoid Park semble marquer l'effacement de cet aspect glacial et dénué de vie qui faisait grandement tort à ses précédents films. En laissant dans son film une place pour la chaleur humaine,
Gus Van Sant permet – enfin – l'empathie avec son personnage principal, touchant comme rarement un héros du cinéaste l'aura jamais été. Le cinéaste a mis en place un équilibre d'une très grande justesse entre la révélation du jardin intérieur d'Alex, et l'aura de mystère douloureux autour de son personnage. On est ici en droit d'employer les grands mots : la mise en scène est tout simplement sublime, d'une maîtrise et d'une beauté à couper le souffle. On navigue tout à tour entre onirisme, épurement, et même un poil d'expressionnisme, avec un je-ne-sais-quoi d'une indéfinissable magie qui est indéniablement la patte d'un
Gus Van Sant au sommet de son art. On n'est pas prêt d'oublier la superbe et puissante scène de la douche, pendant laquelle Alex, cherchant à se laver de son péché, s'enfonce au contraire plus avant dans sa culpabilité et semble se noyer sous une eau devenue châtiment.
Evidemment,
Paranoid Park se perd parfois un peu dans sa narration en faisant le choix d'une construction éclatée. A quoi bon introduire une enquête policière puisque celle-ci n'ira jamais nulle part et n'a aucun rapport avec le sujet ? Car c'est bel et bien des turpitudes de l'âge adolescent, et de rien d'autre, que veut nous parler
Gus Van Sant. Mais ce-dernier n'étant jamais aussi bon que lorsqu'il nous décrit la solitude, les scènes où Alex se retrouve avec ses amis ou son insupportable tête à claques de petite amie paraissent bien plus banales et moins intéressantes. Elles souffrent la comparaison avec le portrait touchant de ce gosse, confronté à un drame qu'il ne peut assumer car il est incapable d'en mesurer les conséquences. Cette disproportion effrayante est marquée par un plan gore furtif et choc du cadavre démembré de l'agent de sécurité, qui prouve la démesure de l'horreur à laquelle est confronté le jeune garçon. On aura rarement illustré un trauma de si belle et poignante manière que par ce
Paranoid Park. Voilà un Prix Spécial qui n'a pas été volé. Gus Van Sant parvient au sommet de son art avec un film d’une beauté à couper le souffle au service d’une histoire simple, belle et profonde. Le regard du jeune Alex restera gravé dans nos cœurs bien longtemps…