Thriller psychologique version La petite maison dans la prairie, American Haunting, sans réellement renouveler le genre, travaille la psychose pendant 90 minutes.
Réalisateur désireux de passer à autre chose après
Donjons et dragons – point de vue tout à fait louable –
Courtney Solomon propose avec
American Haunting une œuvre manquant d’envergure. L’idée est tirée d’un fait divers pour le moins surprenant. En 1817, des bruits étranges et surnaturels envahissent la ferme de la famille Bell. Un esprit sommeille dans ce qui reste jusqu’à présent la plus grosse maison hantée de toute l’histoire des Etats-Unis. Et oui, ce fantôme qui s’amusait à apeurer notre joyeuse famille, et surtout Betsy Bell, la petite dernière, finit par se prendre au jeu pour inquiéter tout le village.
Un plancher qui grince, des portes qui s’ouvrent, qui claquent, des draps qui glissent... L’esprit erre dans la maison, dans les murs. On apprécie les changements de tons du film : la perception de la réalité par l’esprit en noir et blanc, celle des personnages en couleurs. On navigue ainsi de l’un à l’autre avec aisance, fluidité et légèreté, et c’est appréciable. L’esprit possède les éléments : les flammes des bougies, le feu de la cheminée qui redoublent d’intensité lorsqu’il s’en empare. Le vent n’épargne pas non plus la famille Bell lorsqu’il vient frapper la maison, qui apparaît aussi fragilisée et dénuée de protection que ses occupants.
Ils sont contraints de combattre l’ennemi, un ennemi invisible, invincible, immortel. L’Entité semble capable de s’incarner en n’importe quel objet, il réquisitionne l’humain et la nature dans son ensemble pour parvenir à ses fins. Et, invariablement, la nature triomphe de l’homme, bien incapable ici encore de lui résister. C’est à l’évidence la réalité la plus effrayante du film. Un détail est tout de même troublant. Qu’a bien pu faire cette pauvre famille de fermiers américains pour être à tel point maudite ? C’est ce que tente de comprendre
American Haunting, proposant une alternative à la version officielle en refusant de croire au simple fantôme.
Malgré la présence majestueuse de
Donald Sutherland, qui sublime son rôle de patriarche désabusé, et plus généralement de l’ensemble des comédiens, tous excellents, le film ne parvient pas à nous faire frémir. La bande originale, plutôt réussie, les voix et les bruitages soutiennent toujours la surprise pour que l’esprit effraie autant les personnages que les spectateurs, mais en vain. Le genre est usé et plutôt que de se camoufler dans notre siège comme le fait Betsy dans son lit, on ressent plutôt une réelle pitié pour la famille Bell, totalement accablée par la malédiction. Nous ne pouvons qu’assister, malgré nous, à l’impuissance affichée par le père, bien incapable de protéger les siens. Une construction en flash-back classique mais qui permet encore d’entretenir la légende, deux siècles plus tard. Les enfants ont encore le droit de faire des cauchemars, mais leurs parents soupireront devant la morale éthiquement correcte qui conclut le film, comme trop souvent. American Haunting, c’est le film d’horreur accessible au cardiaque, mais qui a aussi l’ambition de réfléchir sur l’un des grands mystères de l’Histoire des Etats-Unis.