Quand le créateur d’Alias décide de révolutionner le petit monde des séries télévisées, cela donne Lost, un feuilleton exceptionnel mettant en scène 48 survivants sur une île déserte. Véritable succès planétaire, Lost a créé un engouement rare auprès du public, et ce, rien qu’avec la première saison. Cinema-France.com vous propose son analyse du phénomène Lost dans ce dossier exclusif.
Tout a commencé dans l’esprit d’un homme, Lloyd Braun, directeur des programmes de la chaîne de télévision américaine ABC. Son idée était simple : raconter les péripéties de survivants d’un crash d’avion sur une île déserte. Rapidement, il contacte Abrams, le créateur de la série Alias, qui n’est pas du tout emballé par le projet. Mais Braun insiste et Abrams accepte, en posant ses conditions : il veut un scénariste avec lequel il puisse laisser libre cours à son imagination. Damon Lindelof est choisi quelques jours plus tard, malgré sa faible expérience. En moins de trois mois, le script est prêt, et le pilote tourné. Les dirigeants d’ABC sont sous le charme, et soutiennent financièrement Abrams et Lindelof pour toute une saison. Les audiences ne tardent pas à conforter leur choix : Lost attire plus de 17 millions de spectateurs chaque mercredi soir. Un score monumental pour une série qui ne l’est pas moins.
Le premier élément qu’Abrams n’a pas sous-estimé en réalisant Lost n’est autre que l’île. Alors qu’un grand nombre de séries et de films sont tournés en intérieur, ce qui rend bien souvent l’éclairage délicat pour les techniciens, les scènes extérieures de la première saison de Lost ont été intégralement tournées sur l’île d’Oahu à Hawaï. Résultats, les paysages sont véridiques, les couleurs sont superbes, et le spectateur plonge ainsi beaucoup plus facilement dans l’ambiance de la série. Mais au-delà du réalisme et de l’immersion, Abrams donne également à l’île le rôle du personnage principal. Que cache-t-elle ? Quels sont ces bruits terrifiants qui émanent du cœur de la jungle ? Ces murmures qu’entend Sayid ne sont-ils le fruit de son imagination ou bel et bien la voix de l’île ? Tant de questions auxquelles se greffent les premiers éléments de réponse dès la fin de la première saison. Puis il y a aussi ce contraste symbolique entre le paradis et la terreur, entre ceux qui en sont conscients et ceux qui pensent être sauvés. Shannon en sera l’illustration parfaite dans les premiers épisodes…
Quand Robinson rencontre Mulder
Ils sont un peu moins d’une cinquantaine à avoir survécu au crash, la plupart avec des blessures mineures. Le vol 815 d’Oceanic Air venait de décoller de Sydney en direction de Los Angeles, avant que la coque ne se scinde en trois parties. Miracle, destin, chance ? Personne ne peut expliquer comment toutes ces personnes ont survécu à un accident d’une telle violence. Que s’est-il passé ? Le regard fixé vers l’horizon, les rescapés ne cherchent aucune réponse pendant les premiers jours. Mais très vite, le doute envahit les plus réalistes d’entre eux : personne ne viendra les chercher. Perdus au milieu de nulle part, ils devront apprendre à survivre et à comprendre pourquoi ils sont là. « L’avion s’est écrasé pour une raison bien précise » a affirmé Lindelof, suite à une rumeur persistante qui suggérait que l’ensemble des survivants était mort. John Locke, l’un des personnages les plus énigmatiques de la série, s’en aperçoit rapidement. Les événements qui se déroulent autour d’eux sont bien trop étranges pour qu’il s’agisse d’une simple suite d’événements irrationnels.
L’irrationnel, voilà justement la substance qui se trouve au cœur de la série. A quoi bon faire une série où l’on aurait simplement narré l’histoire d’une bande de personnes échouée sur une île déserte ? Le cinéma est déjà passé par là, de même que les émissions télévisées. Non, il fallait aller plus loin, proposer quelque chose de plus profond, quelque chose capable d’hypnotiser le spectateur devant son écran, et de lui faire se poser un nombre incalculable de questions. Après tout, c’est ce suspense qui tient en haleine le spectateur, on a envie d’en savoir plus, mais on a peur de ce qui pourrait arriver. Chris Carter, avec son gigantesque complot dans X-Files : Aux Frontières du Réel, a été le premier réalisateur de séries TV à véritablement démocratiser ce genre de démarche scénaristique. Pas étonnant que J.J. Abrams fasse référence à la série de Mulder et Scully dans plusieurs interviews…
Si le scénario de Lost, les disparus ne semble pas aller aussi loin que celui de X-Files (quoique certaines théories issues de l’esprit de quelques fans font aussi état d’extra-terrestres), force est de constater que de nombreux événements apparus dans la première saison laissent entrevoir quelque chose de colossal. Tout d’abord, il y a ce « monstre », cette chose qui arrache les arbres et qui, dès le second épisode, tue le pilote de l’avion avec une violence inouïe. Un dinosaure vous dites ? Non, Lost n’a rien à voir avec Jurassic Park. Il s’agit d’autre chose, une sorte de système d’alarme de l’île, à en croire Danielle Rousseau, habitante de l’île depuis 16 ans. Ensuite, il y a cet ours polaire, abattu par Sawyer là encore dans le deuxième épisode. Que vient faire un ours polaire sur une île du Pacifique ? Comment a-t-il pu survivre à ce climat ? Les survivants commencent à se rendre à l’évidence : cette île cache des choses qu’il ne vaudrait mieux pas découvrir. Il faut partir de là et vite. Mais il n’y a rien à l’horizon. Aucun bateau, aucun hélicoptère, personne ne vient les secourir. Et lorsque Sayid s’échappe de chez Rousseau et entend des murmures dans la jungle, la théorie de la française semble s’avérer exacte : il y a d’autres personnes sur l'archipel. Ethan sera le premier des Autres à se montrer. Les premiers jours, il se fond dans la masse. Mais Hurley va découvrir que son nom ne figure pas sur la liste des passagers. Qui est-il ? Que veut-il ? Le bébé que porte Claire. Il ira jusqu’à pendre Charlie pour montrer sa détermination. Puis il y a ces nombres (4, 8, 15, 16, 23, 42) qui reviennent sans cesse, ce cylindre métallique trouvé au beau milieu de la jungle, ce bateau échoué à plusieurs kilomètres de la côte… Mais où sont-ils ?
Un casting efficace
L’autre atout de Lost, après son scénario torturé, c’est évidemment la justesse de son casting. Si certains acteurs ont déjà été aperçus dans quelques séries ou longs métrages (c’est notamment le cas d’Emilie de Ravin, vue dans Roswell, ou de Harold Perrineau, qui a joué dans la trilogie Matrix), la majorité d’entre eux n’est pas vraiment connue du grand public. Volonté des créateurs de la série ou bien restriction budgétaire ? Difficile à dire, mais lorsque l’on sait que la série a été tournée sur les îles d’Hawaï et que le pilote est le plus cher de toute l’histoire de la télévision (environ 12 millions de dollars), la seconde option semble s’imposer. Quoi qu’il en soit, une série se construit rarement avec des stars et les acteurs remplissent tous parfaitement leur contrat en étant particulièrement convaincants. Un vrai tour de force, d’autant plus que J.J. Abrams a tout de même dû diriger une vingtaine d’acteurs sur le tournage, sans compter les dizaines de figurants, ce qui est bien plus qu’une série TV habituelle.
En ce qui concerne les personnages à proprement parler, la grande force de Lost est de proposer un panel d’identités toutes complètement différentes les unes des autres. Selon Lindelof, il ne faut pas qu’une série repose sur des questions, mais sur des personnages. Dans Lost, chaque épisode est plus ou moins centré sur l’un des rescapés. Grâce aux flashbacks, le spectateur découvre le passé des différents protagonistes, passé bien souvent en rapport avec les événements qui se déroulent sur l’île. Aucun personnage ne se ressemble, chacun a son propre caractère et sa propre histoire. Chaque téléspectateur peut alors s’identifier aisément à l’un des rescapés pour mieux plonger au cœur de l’aventure.
Il y a ainsi des rires, des moments de complicité, mais aussi (et surtout), des conflits, aussi bien idéologiques que d’intérêts. Evidemment, coincés sur une île au beau milieu de nulle part, les caractères des personnages ressortent rapidement et l’on se fait vite une idée sur chaque protagoniste. Chose intéressante, chaque héros semble être une représentation partielle de notre société actuelle et de nos clichés. Il y a le médecin qui n’a peur de rien, l’obèse joviale et sympathique, la star du rock junky, la jolie fille au passé mystérieux, la bombe pourrie gâtée, la femme enceinte… Alors qu’ils avaient tous une place déterminée dans la société, leur arrivée sur l’île va remettre en question leurs manières d’agir et de penser. C’est par exemple le cas de Locke pour qui l’île va devenir une véritable obsession… Nous sommes bien loin de sa petite vie tranquille de vendeur de jouets.
Atout non négligeable dont Abrams dispose : une grande réserve de personnages qu’il n’hésitera pas à utiliser dans les prochaines saisons (Michelle Rodriguez dans la saison 2 par exemple).
Une mise en scène à la hauteur du contenu
Sur un faux rythme au départ, la série a pris de la vitesse au fur et à mesure de l’aventure comme si le spectateur vivait à la même allure que nos personnages sur l’île. Au même titre que 24 heures chrono ou Alias, Lost maintient un suspense qui laisse chaque semaine le spectateur sur sa faim. Vous hurlez à chaque fin d’épisode ? Vous préparez des hypothèses possibles sur la suite de chaque épisode ? Si oui, c’est trop tard, vous êtes déjà piégé et ce n’est que la première saison ! Un des facteurs de ce succès est donc incontestablement le rythme imposé par la série qui permet de se plonger intégralement dans l’univers si particulier de l’île.
La mise en scène est elle aussi parfaitement orchestrée et place le spectateur au centre de l’action. Il peut se retrouver dans la peau du personnage (quand Locke se fait poursuivre dans le dernier épisode), aux premières loges lors d’un moment intime (quand Sawyer et Kate se font des révélations autour d’un jeu avec de petites bouteilles d’alcool), ou encore seul dans la confidence (au moment où Charlie s’empare de la statuette remplie de drogue).
Comme dans tout film ou série à suspense qui se respecte, la bande sonore de Lost joue un rôle prépondérant tant au niveau de la mise en scène que du mystère entourant l’île. A ce titre, les bruitages d’ambiance et musiques ponctuelles coïncident parfaitement avec l’ambiance mystique qui règne tout au long de la série. En termes de symboles et d’indices, chaque musique et bruitage possède son lot d’indications. La Mer de Charles Trenet revient ainsi plusieurs fois au cours de la première saison, et nombreux sont les fans à y voir un indice sur la cause de l’accident. De même, la course-poursuite entre Locke et le « monstre » lors du dernier épisode dévoile certains éléments sur la nature de la bête, et ce, uniquement via les bruitages. Des sons métalliques, un bruit semblable à une chaîne, des pas qui font trembler le sol, un grondement sourd…
Bien entendu, Lost se devait d’avoir sa dose d’effets spéciaux. Vous pensez que vos personnages préférés sont tels qu’ils sont dans leur vie de tous les jours ? Et bien pas du tout, il a fallu une équipe de maquilleurs solides pour donner un cachet authentique à la série (pas question donc de voir un Sawyer rasé de près ou la blessure de Charlie guérie au bout d’un épisode). Les personnages sont ainsi quelque peu transformés pour les besoins du tournage. Mais au-delà du maquillage, les effets spéciaux numériques de Lost sont probablement les plus impressionnants jamais vus dans une série TV, l’étrange fumée du dernier épisode mise à part. Le crash de l’avion a nécessité plusieurs millions de dollars, mais lorsqu’on voit le résultat, à la hauteur des longs-métrages hollywoodiens, l’investissement en valait la peine. C’est aussi ça Lost, une mise en scène et des effets spéciaux bien supérieurs aux autres séries TV.
Ce que nous réserve la saison 2
Vous attendez tous la saison 2 avec impatience, c’est normal, la saison 1 de Lost a fait l’effet d’une bombe aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe. Tout d’abord, sachez que les fameux nombres vont à nouveau avoir un rôle important à jouer. Le secret de la trappe sera révélé au tout début de la prochaine saison, et à partir de là, l’attitude de Locke deviendra problématique pour les autres survivants. En ce qui concerne les Autres, des jumeaux ont été aperçus sur le bateau pendant le dernier épisode, ce qui a mis en ébullition les esprits de nombreux aficionados. Qu’est ce que cela signifie ? Faut-il y voir un indice sur la nature des Autres ? Peut-être… L’autre grande interrogation reste évidemment l’enlèvement de Walt. De toute évidence, les Autres ne recherchaient pas le bébé de Claire mais bel et bien Walt, cet enfant au pouvoir mystérieux…
Alors que la saison 2 débute dans quelques heures aux USA, nous autres français devrons probablement patienter jusqu’à l’été 2006 pour découvrir les nouvelles aventures des disparus. Un coup dur pour les millions de fans de la série diffusée sur TF1 qui n’auront de cesse de repenser à ce feuilleton décidément hors du commun. Que les plus impatients se rassurent, Cinema-France sera au rendez-vous et dévoilera aux intéressés les secrets de cette seconde saison. Mais surtout, gardez bien en tête une chose : ils ne sont pas les survivants qu’ils croyaient être…
Dossier rédigé par Damien Furst, Benjamin Molt et Audrey Fafet
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